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Le jury au procès de Magnotta pourrait délibérer au début de décembre

17/11/2014 12:35 EST | Actualisé 17/01/2015 05:12 EST
AP

MONTRÉAL - Luka Rocco Magnotta a déjà confié à un psychiatre qu'il ignorait pourquoi il avait porté des vêtements de Jun Lin après le meurtre.

Poursuivant son témoignage pour la défense, lundi, le psychiatre Joel Watts a raconté qu'il avait déjà demandé à l'accusé pourquoi il portait la casquette de baseball et le t-shirt jaune de Jun Lin dans la vidéo de surveillance où on le voit vider son appartement. La même casquette a été plus tard retrouvée à Berlin lors de l'arrestation de Magnotta, en juin 2012.

Selon le psychiatre, Magnotta ne pouvait pas se rappeler pourquoi il avait décidé de porter ces vêtements, si ce n'est qu'il les aimait bien — particulièrement la casquette de baseball.

L'avocat de Magnotta, Luc Leclair, a aussi interrogé le docteur Watts sur le fameux «Manny», un homme du Nouveau-Mexique qui, selon l'accusé, aurait exercé sur lui une influence néfaste, notamment en le poussant à cesser de prendre ses antipsychotiques et à tourner des vidéos de chats tués. Ce personnage a été au coeur des séances de Magnotta chez les psychiatres, mais son existence réelle n'a jamais été démontrée.

Le docteur Watts a estimé que cet homme existait bel et bien, mais qu'à un certain point, Magnotta l'a intégré dans ses hallucinations.

En contre-interrogatoire, la Couronne a attaqué la crédibilité du psychiatre en soutenant que les notes prises lorsqu'il était à l'emploi de la police contredisent son évaluation de l'état mental de l'accusé. Le médecin avait alors écrit qu'il partageait l'opinion de la police selon laquelle Magnotta jouait la comédie lors de son arrestation à Berlin en juin 2012.

Dans un rapport de 124 pages rédigé pour la défense, le docteur Watts a conclu que Magnotta avait plutôt souffert d'un épisode psychotique.

Il a rappelé que son rôle pour la police s'est terminé lorsque l'avion ramenant l'accusé est arrivé à Montréal, ajoutant que l'opinion qu'il s'était alors forgée ne constituait pas un diagnostic. «Je ne dirais pas que j'ai changé de camp. J'ai été payé par la police pour accompagner quelqu'un qui était extradé», a-t-il dit. Le médecin a soutenu avoir joué un rôle limité d'un médecin-traitant.

M. Watts reconnaît que rien ne prouve l'existence de signes manifestes de psychose chez Magnotta pendant les deux semaines séparant le meurtre de Jun Lin et l'examen psychiatrique à la prison de Berlin. Un médecin avait alors indiqué que l'accusé vivait à ce moment un épisode psychotique. Toutefois, le psychiatre montréalais a indiqué qu'on ne relève pas de signes manifestes dans le profil historique de Magnotta. «On doit être prudent car ce n'est pas un interrupteur qu'on peut ouvrir ou fermer», a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le juge Guy Cournoyer a prévenu les jurés au procès, lundi matin, qu'il comptait leur livrer ses instructions dès le début de décembre, dans deux semaines. Le procès pour le meurtre prémédité de l'étudiant chinois Jun Lin a entamé sa huitième semaine d'audiences, lundi, avec la suite du témoignage du docteur Watts.

Magnotta a plaidé non coupable aux cinq accusations qui pèsent contre lui, même s'il a reconnu les faits qui lui sont reprochés. La défense a appelé à la barre deux témoins experts pour démontrer que Magnotta était dans un état de psychose lié à sa schizophrénie lorsqu'il a tué et démembré sa victime, en mai 2012. La défense tente de convaincre les jurés que Magnotta ne pouvait faire la différence entre le bien et le mal lors du meurtre.

La Couronne, elle, plaide que les gestes ont été planifiés et délibérés.

Magnotta est accusé de meurtre prémédité, d'outrage à un cadavre, de production et distribution de matériel obscène, d'utilisation de la poste pour envoyer du matériel obscène, et de harcèlement criminel (du premier ministre Harper et de plusieurs députés fédéraux non identifiés).

Le jury, bilingue, est composé de 14 personnes — six hommes et huit femmes; 12 d'entre elles devront finalement délibérer pour prononcer un verdict sur les cinq chefs d'accusation.

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