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L'Isle-Verte: l'enquête publique est ouverte

17/11/2014 04:33 EST | Actualisé 17/01/2015 05:12 EST
François Drouin

RIVIÈRE-DU-LOUP, Qc - Des lacunes importantes minaient les efforts de lutte aux incendies à L'Isle-Verte, selon ce qu'on a pu apprendre à la première journée d'audience de l'enquête du coroner sur l'incendie de la Résidence du Havre, qui a fait 32 morts en janvier.

En effet, le schéma de couverture de risques de 2010-2015 de la MRC de Rivière-du-Loup relevait le manque de formation des pompiers volontaires, des problèmes d'alimentation en eau, ainsi que l'absence d'un système d'entraide automatique avec les municipalités environnantes.

Mais l'enquête révèle aussi que le schéma avait néanmoins été approuvé par Québec, même si les délais d'intervention tolérés pour les bâtiments à risques élevés étaient de pas moins de 25 minutes.

Le coroner et commissaire aux incendies Cyrille Delage a entrepris ces audiences lundi matin au palais de justice de Rivière-du-Loup, en vue de faire la lumière sur l'incendie qui a ravagé complètement un des deux bâtiments de la Résidence du Havre le 23 janvier dernier, par une nuit polaire. Le travail des pompiers a été maintes fois questionné et critiqué depuis.

Selon le schéma de couverture de risques de la MRC, qui se trouve à planifier le travail des pompiers sur le territoire, 10 des 16 pompiers volontaires de L'Isle-Verte n'étaient pas tenus de suivre des formations, parce que leur recrutement datait d'avant 1990. Seulement quatre avaient reçu la formation élémentaire de pompier et aucun officier n'avait complété la formation requise.

L'avocate du bureau du coroner, Marie Cossette, a interrogé le représentant de la MRC en matière de sécurité incendie, Christian Chénart-Guay.

«Ai-je raison de croire que les méthodes de lutte aux incendies d'il y a 20 ou 30 ans ne sont plus en vigueur aujourd'hui?» a-t-elle demandé à M. Chénart-Guay, qui a répondu «effectivement».

De même, malgré l'insistance de la MRC pour mettre en place un système d'entraide automatisé entre les municipalités, où le service 911 aurait appelé directement à l'aide les casernes avoisinantes en cas d'alerte incendie, rien n'a été fait entre les municipalités comme L'Isle-Verte et ses voisines. Il revenait à l'officier de contacter ses collègues des autres municipalités pour intervenir.

Quand Cyrille Delage a demandé à M. Chénart-Guay «qui bloque», il a répondu qu'il n'avait pas vu de «fermeture» ou d'«objection à collaborer», mais qu'il s'agissait de «nouvelle mentalité» et qu'«il y avait une compétition entre les organisations».

Daniel Brazeau, de l'Association des chefs de pompiers, a quant à lui évoqué dans son témoignage que les élus et les dirigeants des services de pompiers faisaient obstacle aux regroupements et à l'entraide automatique au Québec, ce qui explique qu'il y a 700 services de pompiers ici par rapport à 400 en Ontario.

Enfin, le schéma indiquait aussi que des problèmes de pression et de débit avaient été détectés aux bornes-fontaines de L'Isle-Verte.

Par ailleurs, on a pu apprendre que Québec avait approuvé le schéma de couverture de la MRC, même si le délai d'intervention prévu dans le cas d'un bâtiment à hauts risques comme la Résidence du Havre était de 25 minutes, alors que du même souffle on jugeait qu'un délai de plus de 15 minutes était préjudiciable à l'efficacité de l'intervention.

Le porte-parole du ministère de la Sécurité publique, Dany Lechasseur, a en effet déclaré qu'il fallait 25 minutes pour constituer la «force de frappe» des pompiers, parce que les effectifs requis n'étaient pas disponibles. Par là il entendait 12 pompiers, une autopompe et trois camions-citernes. Or L'Isle-Verte ne disposait que d'une autopompe et d'un camion-citerne; il fallait donc faire venir deux autres citernes des autres municipalités, de là le délai.

Plus tôt en journée, la Régie du bâtiment n'a pas été pas en mesure d'affirmer avec certitude que la Résidence du Havre était parfaitement conforme aux normes de prévention des incendies.

La représentante de la Régie a indiqué que la phase 1 du bâtiment, qui a été incendiée, semblait conforme aux règles existantes, mais que cela dépendait du type de clientèle hébergée ainsi que des aménagements sécuritaires du rez-de-chaussée.

Cyrille Delage est intervenu vivement pendant la présentation de Lise Veilleux, qui expliquait de long en large les nombreux changements aux normes de sécurité dans le Code du bâtiment et le Code de sécurité.

«Est-ce que quelqu'un comprend quelque chose dans ces règles à part vous? a-t-il lancé avec une pointe d'impatience. Comment voulez-vous qu'on s'y retrouve?»

Il lui a demandé si la phase 1 dans la résidence, celle construite en 1997 et qui a été rasée par l'incendie, était conforme aux lois existantes. Mme Veilleux a répondu que oui, la résidence «semblait» conforme aux normes de prévention des incendies, en ajoutant toutefois que cela s'appliquait s'il n'y avait pas de «modification de clientèle».

En effet, si la clientèle était non autonome et nécessitait davantage d'assistance, les règles se devaient alors d'être renforcées. Il aurait fallu alors installer des gicleurs, entre autres, en plus d'autres mesures.

Mais la Régie ne pouvait savoir si des personnes en perte d'autonomie ou nécessitant de l'assistance en cas d'évacuation avaient été logées dans la phase 1, parce qu'il est de la responsabilité du propriétaire de le signaler, ou encore d'une autre personne d'en faire le signalement pour que l'Agence régionale de la santé vienne inspecter le bâtiment.

«J'espère que vous ne pensez pas que les gicleurs vont régler tous les problèmes, comme c'est la mode», a répliqué M. Delage, qui a fait valoir que les gicleurs étaient de peu d'utilité dans les feux de structure.

Une ancienne employée de la Résidence, Nicole Bélanger, a indiqué, en entrevue avec les médias, lundi midi, qu'à sa mémoire, une personne non autonome résidait dans la phase 1 du bâtiment. Il s'agissait d'une femme en chaise roulante qui logeait au rez-de-chaussée.

En outre, Mme Veilleux n'était pas en mesure de déterminer si des séparations coupe-feu existaient autour des chambres, ainsi que des corridors et des portes résistant au feu, au niveau du rez-de-chaussée, ce qui était requis, puisque des espaces voisins étaient aussi réservés à des activités commerciales, comme une pharmacie et une clinique médicale.

«Cela prend un signalement selon lequel la sécurité du public est mise en cause», pour justifier une intervention de la Régie, a dit Mme Veilleux.

Rappelons que dans ce dossier, la Sûreté du Québec a transmis la semaine dernière son rapport d'enquête au Directeur des poursuites criminelles et pénales de la région (DPCP). Il reviendra au bureau du procureur de décider s'il faut déposer des accusations.

Les propriétaires de la résidence, Irène Plante et Roch Bernier, ont accusé les pompiers d'avoir commis des erreurs et poursuivent la municipalité pour 4 millions $.

L'incendie s'est déclaré dans la nuit du 23 janvier 2014, une nuit particulièrement froide. Les vents forts n'ont pas aidé non plus le travail des pompiers.

La Résidence du Havre comptait 52 unités d'habitation: 18 logements pour personnes autonomes et 34 pour personnes semi-autonomes.

La partie plus ancienne du bâtiment n'était pas munie d'un système de gicleurs automatiques, contrairement à la partie plus récente du bâtiment, qui a été épargnée.

Les audiences reprendront mardi et se poursuivront jusqu'à mercredi. Elles reprendront ensuite lundi prochain.

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