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« Demain, il sera trop tard, mon fils » : le cri du cœur de Lucie Pagé pour l'humanité (ENTREVUE)

17/11/2014 06:21 EST | Actualisé 17/11/2014 09:46 EST
Courtoisie

Demain, il sera trop tard, mon fils, tel est le constat de la journaliste et romancière Lucie Pagé, qui souhaite changer le monde une page à la fois, en entremêlant sa prose à celles de son mari Jay Naidoo, ex-ministre du gouvernement de Nelson Mandela, et de leur fils Kami Naidoo-Pagé.

Ensemble, ils réfléchissent à la destruction de l’environnement, aux tares de l’économie, à la dégradation de notre alimentation, ainsi qu’aux injustices judiciaires, sexuelles et raciales. Un véritable coup de poing au ventre, au cœur et à la tête.

demain il sera trop tard mon fils

Une lecture nécessaire, selon Lucie Pagé. « En Afrique du Sud, on dit que si la vérité fait mal, le silence tue. Personne ne peut nier l’état actuel de la planète. Plus de 97 % des scientifiques disent qu’on ne peut plus continuer dans cette voie. Notre diète a changé davantage en 40 ans qu’au cours des 10 000 précédents. Le Canada est le premier pays pour l’inaction face aux changements climatiques. Oui, c’est difficile à intégrer. Mais nous n’avons pas le loisir de seulement réfléchir à changer. »

Densément documenté, l’ouvrage laisse respirer les lecteurs à travers les échanges d’une mère et d’un fils, remplis d’anecdotes, d’amour et d’espoir. « Lors d’une conférence, une étudiante m’a dit, en larmes, qu’elle portait mon message à ses parents et ses amis depuis longtemps sans être écoutée, et qu’elle avait abandonné, mais que mon livre lui avait donné la permission de recommencer à rêver un monde meilleur. Il faut réveiller ce désir.»

Lucie Pagé vulgarise les faits. Son mari partage sa sagesse, en expliquant comment l’impossible a été accompli en Afrique du Sud et ailleurs dans le monde, afin d’appliquer le tout à grande échelle. Et Kami prend brutalement conscience de la chance qu’il a eu dans la vie, il chemine, observe, s’émeut, envisage des solutions et soulève nombre de questions.

Geste d’achat, geste de culte

Le trio s’attaque à la consommation, à l’obsolescence programmée et à l’accumulation de richesses qui est devenue un but dans la vie. « Avant, on accumulait la nourriture pour l’hiver, aujourd’hui la cupidité est reine.

Il faut se questionner sur un système qui permet à une personne d’avoir 60 milliards à elle seule, alors que d’autres meurent de faim. On est complètement fuckés! »

Qu’il soit question de famine, d’environnement ou de justice sociale, le nœud du problème n’est pourtant pas une affaire d’argent l’argent, selon plusieurs. « Mandela le répétait : on a tout l’argent nécessaire pour régler ces problèmes. Si on arrêtait la corruption demain matin, on pourrait enrayer la pauvreté et il resterait encore de l’argent. La solution est ailleurs. »

Quelle est-elle, alors? « La compassion. Si on en avait réellement, le gouvernement ne permettrait pas de vendre des vêtements faits par des "esclaves" au Bangladesh. La catastrophe de Mégantic n’a pas été causée par un problème de frein, mais par la pente de la cupidité reliée au transport du pétrole. Selon moi, l’intégrité, l’humilité et la compassion sont trois mots qui peuvent changer le monde. Mais présentement, comme Kami le dit, on assiste à un génocide des valeurs. »

Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous...

À la lecture du livre, on saisit pleinement la nuance entre changer le monde et espérer qu’il change. « Aimer une page Facebook et croiser les doigts pour que les choses évoluent, c’est différent d’aller dans la rue même s’il grêle, de bouger et de se faire entendre. Si on reste inactif et qu’on tolère les injustices, c’est comme si on les endossait. »

« Quand mon mari essayait de convaincre des travailleurs d’usine de se battre pour leurs droits, ils avaient peur de perdre leur travail ou leur vie, mais Jay répondait que s’ils ne disaient rien, l’injustice allait continuer. Il faut sortir de notre zone de confort. Oui, c’est dérangeant, mais extraordinairement stimulant. On devrait tous être révolutionnaires. On a encore le temps de se préparer. Il est là l’espoir. »

Jeunesse et sagesse réunies

L’idée d’un livre basé sur une correspondance mère-fils est née lorsque Kami a commencé à envoyer des lettres à sa mère, lors d’une année passée au Brésil, en Tunisie, en Inde et en Thaïlande, alors qu’il voulait mieux comprendre le monde avant de le changer. « Quand j’ai reçu sa première lettre de 14 pages, j’ai fait le saut! Je ne savais pas qu’il pouvait écrire comme ça. Dans le livre, il amène sa jeunesse, sa fraicheur, sa soif de justice et de nouvelles perspectives avec plusieurs questions pertinentes. »

Lorsqu’elle observe la détermination de son fils, Lucie Pagé se questionne parfois sur le rôle que son mari et elle ont joué pour le conscientiser à ce point. Mais au final, ce qu’elle voit la rassure. « Kami a appris des plus grands comme Mandela et le Dalaï-Lama. Il se bat pour la vérité et il possède un grand sens de la justice. Il porte ce livre avec des mots puissants et profonds. »

Des mots. Des livres. Des conférences. Tous les moyens sont utilisés par le clan Naidoo-Pagé pour conscientiser. « Il faut connecter les gens pour unir la masse. On doit redonner aux peuples la permission de croire en eux! »

Demain, il sera trop tard, mon fils est présentement en librairies.

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