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Un camp pour décrocher du cellulaire

15/11/2014 01:43 EST | Actualisé 15/11/2014 05:38 EST
Lam Yik Fei via Getty Images
HONG KONG - SEPTEMBER 19: Customer looks at the new iPhones on display at the launch of the new Apple iPhone 6 and iphone 6 plus at the Apple IFC store on September 19, 2014 in Hong Kong, China. On September 19, Apple's new products, iPhone 6 and iPhone 6 Plus, with iOS 8 featuring 4.7-inch and 5.5-inch displays, have become available in the US, Australia, Canada, France, Germany, Hong Kong, Japan, Puerto Rico, Singapore and the UK, and will be available in more than 20 additional countries beginning on September 26.(Photo by Lam Yik Fei/Getty Images)

Le temps d'une fin de semaine, seriez-vous prêts à laisser votre téléphone intelligent, votre tablette ou tout autre appareil qui vous donne accès à Internet? C'est l'expérience que proposent les Oeuvres du Père-Sablon en février prochain, dans un camp de vacances des Laurentides. Après une 1re édition en juin, une 2e avait lieu en septembre. Privée de son téléphone elle aussi, notre reporter s'est jointe au groupe.

Un reportage de Myriam Fimbry

Ils ont dormi dans des lits superposés et se sont fait réveiller par les animateurs à 7 h 30 pour aller plonger dans le lac Quenouille. Ils ont fait de l'hébertisme, du BMX, du canot. Ils ont chanté au coin d'un feu géant. Ils se sont fait de nouveaux amis. Et pas moyen d'en témoigner, d'envoyer le moindre petit égoportrait à leurs amis Facebook, ni de se mettre le moindre petit « J'aime » sous la dent!

Comme tout le monde, j'ai laissé mon iPhone adoré dans une belle enveloppe brune à l'accueil de l'auberge du P'tit Bonheur, située au nord de Saint-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides. Le meilleur moyen de faire connaissance avec les 40 participants, majoritairement des professionnels âgés dans la trentaine.

Désintox numérique

Le camp Retour aux souches, m'ont expliqué les organisateurs, c'est à la fois de la désintox numérique, une connexion à la nature - des activités dehors, sur l'eau ou en forêt - et un retour aux camps de vacances de notre enfance.

Les Oeuvres du Père-Sablon, qui avaient déjà lancé l'an dernier un camp pour jeunes obèses, s'attaquent ici à une autre tendance sociale, en s'inspirant du Camp Grounded, en Californie, dans lequel, en plus d'être séparé de tout appareil électronique, il est même interdit de parler de travail.

Au coin du feu le premier soir, entre deux airs de guitare, Sébastien Roby, un informaticien de 38 ans, me raconte qu'il est responsable de 70 serveurs pour des grossistes en voyage. Il m'avoue être « constamment plogué » à son téléphone.

Toutes les 15 minutes, il met d'ailleurs la main à sa poche, pour réaliser que son téléphone n'y est plus, qu'il est dans une enveloppe brune. Il est bien content, en fait. « C'est une libération. Je viens de passer deux semaines de vacances et je n'ai pas décroché. Ces deux jours-ci, je sais que ce sont mes vraies vacances. »

Consulter en marchant

Sylvain Plante, lui, est un ingénieur électricien. Il ne perd pas une minute de son temps. « J'ai le data sur mon téléphone et c'est une plaie. » Il veut dire par là qu'à tout moment, il peut consulter sur son téléphone ses courriels, ses actualités Facebook, etc. « C'est vrai, je suis accro », dit-il.

Quand il se déplace d'un bureau à un autre sur son lieu de travail, il les consulte tout en marchant. Sinon, c'est du temps perdu. « Plus de 200 mètres de marche, ça vaut la peine de regarder le téléphone. » Mais il peste contre ceux qui font comme lui dans la rue et ne regardent pas où ils vont!

Depuis les téléphones intelligents, on ne peut plus perdre son temps. On ne peut plus s'ennuyer, rêvasser, se perdre dans ses propres pensées. Il y a toujours un truc à regarder sur le web. Le camp Retour aux souches ne laisse d'ailleurs aucune place à l'ennui. « Il faut combler tous les temps morts où d'habitude les gens iraient sur leur téléphone », dit l'un des animateurs, Jimmy. « Il faut maximiser leur fun. »

Du fun, Josée et Rebecca en ont eu beaucoup ensemble pendant la fin de semaine. Elles travaillent comme avocates à la Commission de la santé et de la sécurité du travail.

La nomophobie

L'étape suivante, après un camp comme celui-ci, ce serait donc d'être capable de s'ennuyer, sans recourir au pitonnage. Ce que les vrais « nomophobes », les dépendants au téléphone, sont incapables de faire.

Gino Simard, travailleur social au Centre de réadaptation en dépendances de Montréal, explique à partir de quand notre rapport au téléphone devient une dépendance. « C'est à partir du moment où il y a une perte de liberté, et que c'est difficile pour nous d'agir autrement. Lorsqu'on commence à ressentir une souffrance. »

La personne atteinte de dépendance voit se détériorer une ou plusieurs sphères de sa vie, à cause du temps consacré à utiliser son téléphone. Le travail, les études, les relations familiales ou amicales, la vie de couple. Elle voudrait se limiter, mais n'y arrive pas. Elle reporte ou annule des activités prévues avec les autres. Elle finit par s'isoler.

« Un camp comme celui-ci peut permettre une prise de conscience. Mais ce n'est pas un traitement. »

— Gino Simard, travailleur social au Centre de réadaptation en dépendances de Montréal

Les consultations dans un centre de réadaptation en dépendances, comme il y en a un peu partout sur le territoire du Québec, sont gratuites. Il est possible aussi de voir un psychologue dans un bureau privé.

Quelques statistiques

Plus de 300 millions de Nord-Américains utilisent Internet, soit 85 % de la population

Sur notre continent, plus d'une personne sur 2 a un compte Facebook

3 Canadiens sur 4 ont un téléphone intelligent

Ils passent en ligne environ 35 heures par mois, soit presque l'équivalent d'une semaine de travail

(sources : internetworldstats.com et firme comScore)

Le reportage radio de Myriam Fimbry sera diffusé à 10 h à Désautels le dimanche sur ICI Radio-Canada Première.

Qu'aimez-vous faire pour décrocher et rester zen?