DIVERTISSEMENT

« L'importance d'être Constant » au TNM : le triomphe hilarant des apparences (CRITIQUE/ PHOTOS)

14/11/2014 11:06 EST | Actualisé 14/11/2014 11:06 EST
Yves Renaud

Après avoir consacré une partie de son temps à l’image et aux discours de Pauline Marois, le metteur en scène Yves Desgagnés revient à ses premières amours théâtrales en se consacrant à une pièce où l’apparence et les beaux mots font foi de tout, L’importance d’être Constant, un texte d’Oscar Wilde, présenté au TNM.

Impossible de ne pas saluer la splendeurs des décors, principalement composés d’une tasse de plusieurs mètres de haut et de large sert d’élément principal au décor, tantôt affublée d’un sac de thé aux allures de coussin, tantôt accompagnée d’énormes blocs de sucre et d’un biscuit Social Tea géants, qui se transforment en table d’études. Le gigantisme des accessoires fait échos aux proportions grotesques, mais fort divertissantes, des mensonges que se racontent les protagonistes.

La pièce dévoile d’abord les intentions de Jack, gentilhomme amoureux de Gwendoline, la cousine d’Algernon, alors qu’il possède un porte-cigarette dans lequel a été gravé un mot d’amour d’une certaine Cecily. Pendant que le premier ment sur ses origines et prétend se nommer Constant, son ami Algernon se rend à la maison où demeure Cecily pour lui faire la cour, prétendant être le frère de Jack, lui aussi nommé Constant. Bien que le résumé de leur dynamique semble complexe, il n’en est rien.

On suit avec un indécrochable sourire les péripéties de ces beaux menteurs, qui entremêlent vanité, séduction et mensonges avec une aisance déconcertante. On s’amuse à observer les facéties de Maxime Dénommée, Vincent Fafard, Anne-Élizabeth Bossé et Virginie Ranger-Beauregard, qui chorégraphient leurs déplacements et à enveloppent leurs répliques d’une gestuelle tout à fait jouissive.

Le chuintement naturel de Bossé nous fait perdre quelques-unes de ses savoureuses répliques en français normatif, mais l’actrice génère une succession d’éclats de rire tout au long de la soirée. Ses mimiques parfaitement dosées et son fabuleux sens du timing contribuent au plaisir manifeste des spectateurs.

Certains des meilleurs moments de la soirée reviennent toutefois à Raymond Bouchard, le vétéran comédien qui s’insère, comme le veut la tradition de la pièce maintes fois montée à travers le monde, dans la robe de Lady Bracknell, gardienne impitoyable des bonnes mœurs.

Même si sa diction légèrement mollassonne nous a également fait perdre plusieurs passages, son entrée en scène lui a valu l’une des plus fortes réactions de la soirée. Attifé d’une robe aubergine avec un énorme postérieur, Bouchard avait la foule dans sa main chaque fois qu’il ouvrait la bouche.

Il faut dire que le texte d’Oscar Wilde mérite à lui seul une salve d’applaudissements. Bien qu’il soit construit sur des quiproquos que ne renierait pas un certain Molière, et que son histoire risquerait de perdre l’intérêt des spectateurs à quelques reprises, si ce n’était du génie des acteurs et de la mise en scène, le dramaturge livre un regard caustique sur la société victorienne, si proche de notre réalité contemporaine.

L’importance des apparences, le poids du statut social et la primauté de la superficie se retrouvent au cœur des préoccupations de ces jeunes gens. Wilde y va même d’une flèche envers le mariage, en affirmant que les fiançailles ne devraient jamais durer trop longtemps, car elles laissent aux futurs mariés le désagréable sentiment de se connaître réellement…

Le TNM présente une production inventive et furieusement drôle, dans laquelle les acteurs prennent un plaisir fou à déployer leur grand talent.

L'importance d'être Constant est à l’affiche du 11 novembre au 6 décembre 2014. Cliquez ici pour plus de détails.

L'importance d'être Constant