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12/11/2014 04:58 EST

Pont Champlain : un projet banal et archaïque, dit Roger Taillibert (VIDÉO)

Radio-Canada.ca

« C'est un projet d'image soviétique. Je me suis posé la question si c'était pas le dernier pont qu'on faisait en Mongolie. » L'architecte Roger Taillibert ne mâche pas ses mots quand vient le temps de commenter le projet retenu par Ottawa pour remplacer le pont Champlain.

Un texte de Jean-François Bélanger

Roger Taillibert est un homme impatient et il en a long à dire. Malgré ses 88 ans, il ne tient pas en place. À peine a-t-on mis les pieds dans son cabinet dans le 16e arrondissement de Paris, qu'il se met à critiquer le dessin du Danois Poul Ove Jenssen, qu'il qualifie de banal et d'archaïque.

Le Français est catégorique : Montréal mérite mieux; un pont emblématique. Selon lui, les multiples piliers du pont envisagé poseraient aussi un problème environnemental.

Il s'interroge aussi sur la raison d'être des trois tabliers du pont envisagé et évoque le risque de surcoûts et de corruption accru lié à une structure complexe.

Le pont que propose l'architecte français, il le dit tout en courbes, tout en finesse, avec ses huit mâts inclinés et ses haubans qui évoquent les voiles d'un navire. Une référence au navigateur Samuel de Champlain. D'ailleurs, l'architecte ne s'en cache pas : il souhaite que le nouveau pont conserve le nom de celui qu'il remplace.

Le projet de Roger Taillibert arrive tardivement; il tombe un peu comme un cheveu dans la soupe. Quand on lui en fait la remarque, l'architecte français se met à critiquer le processus de sélection, qu'il considère opaque.

Il affirme que les Canadiens ont été mis devant le fait accompli en ce qui concerne le design du pont et déplore l'absence d'un concours ouvert qui aurait permis à tous les architectes de proposer leurs solutions. S'il a tout de même décidé de présenter son projet, ce n'est pas dans l'espoir qu'il soit construit. Il ne se fait aucune illusion à ce sujet. Il l'avoue, ce pont est son baroud d'honneur. Son but est plutôt de tenter de susciter un débat, qui doit, selon lui, avoir lieu.

L'architecte est cependant formel : son projet est sérieux et il affirme y avoir consacré plusieurs mois de travail. Ses collaborateurs nous montrent, en preuve, les multiples versions successives du dessin, modifié et remodifié avec pour objectif d'en réduire les coûts tout en remplissant le cahier des charges établi par le gouvernement fédéral : trois voies de circulation de chaque côté en plus de deux voies centrales, sur rails, pour les transports en commun.

Selon Roger Taillibert, son pont coûterait 1,2 milliard d'euros, soit environ 1,7 milliard de dollars au taux actuel, et, surtout, il serait prêt en moins de 40 mois, soit à peine plus de trois ans, « études comprises ».

Une rapidité de construction liée au choix du matériau : l'acier plutôt que le béton, qui permettrait la préfabrication du tablier par sections en usine. Selon lui, l'acier offre aussi l'avantage d'une durée de vie beaucoup plus élevée que le béton, poreux, donc vulnérable au gel, au dégel et à l'emploi de sel de déglaçage sur les routes québécoises.

« Moi j'ai pensé la priorité : pas d'entretien. Cet ouvrage, pendant un siècle, il n'y aura pas d'entretien. Il y aura peut-être quatre couches de peinture à donner tous les 25 ans. Mais l'acier a cet avantage aujourd'hui, on le démonte, regardez la tour Eiffel, regardez nos métros aériens, regardez tous les ouvrages en acier; ils tiennent depuis plus d'un siècle. »

— Roger Taillibert, architecte

Lorsqu'on lui demande s'il a déjà pris contact avec des acteurs du dossier au Canada, l'architecte répond que non, mais se dit disponible si jamais son projet devait susciter de l'attention ou engendrer le débat qu'il souhaite voir naître à propos d'une infrastructure que les Québécois, leurs enfants et leurs petits enfants auront sous les yeux pendant plus d'un siècle.

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