DIVERTISSEMENT

Daniel Boucher le chante: « Toutte est temporaire » (ENTREVUE/ VIDÉO)

11/11/2014 01:40 EST | Actualisé 11/11/2014 01:41 EST
JFCYR

Voilà, l’homme de La désise réapparaît avec un quatrième album sous le bras. Mais au fond, Daniel Boucher n’est jamais disparu. Il vaquait à d’autres occupations, simplement. Toutte est temporaire est le titre de cette galette confectionnée selon les méthodes du musicien-chanteur: liberté, conviction et un brin d’excentricité.

N’importe qui cherchant Daniel Boucher ses dernières années pouvait le trouver sans grande difficulté, affairé à mettre de la vie dans un quelconque projet: première véritable expérience de jeu dans la comédie musicale Dracula (R.M. Renfield), rôle important dans l’opéra-folk Les Filles de Caleb (dans lequel il incarnait Ovila Pronovost), animateur, rédacteur et compositeur de musique dans la série documentaire La vie nous arrive, ou encore des apparitions ponctuelles au festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, péninsule qu’il chérie.

« Ça m’a pris six ans, envoie Daniel Boucher dans une forme étonnante, l’esprit bien ancré dans le moment présent. Ça paraît long, mais c’est mon rythme depuis le début. En 15 ans, c’est mon quatrième album studio. C’est dire que j’en fais un à peu près au quatre ou cinq ans. Ça dépend. Dix milles matin en 1999, La patente en 2004, Le soleil est sorti en 2008 pis, finalement, Toutte est temporaire. Entre tout ça, il y a eu les tournées et des projets parallèles… »

C’est toutte

style="float: « À travers ça, il y avait une idée qui passait et je la ramassais, explique-t-il accoudé au comptoir du bar Furco, à Montréal. Et un jour, j’ai décidé de m’atteler à les finir. Ça nous amène là, tout simplement. L’important, c’est que je sois en paix avec ce qui sort. C’est la seule chose qui compte vraiment. C’est toutte. C’est ce qui m’est arrivé. »

Ce qui arrive dans la vie de Daniel Boucher prend d’ailleurs davantage d’ampleur sur Toutte est temporaire. L’artiste a délaissé quelque peu les envolées hallucinatoires (pensons au complot machiavélique de La patente) pour nous permettre (est-ce volontaire ?) de se rapprocher un peu de lui. Comme si le cerveau du chanteur s’était posé au sol un temps. Comme si la verve de Boucher parlait plus la langue du cœur ou du vécu. Comme si l’homme de 43 ans avait envie de raconter une part de ses expériences (citons « le grand vide » de la chanson Mont-Louis ou le décès de son père sur la pièce Toutte est temporaire) cumulées au fil du temps.

Évidemment, Daniel Boucher se trahirait lui-même s’il boudait tout d’un coup son plaisir et sa sympathique folie que l’on retrouve encore sur des morceaux comme Salon magique, un véritable rêve transcrit dans lequel il serre la pince d’un chimpanzé, et Histoire de ma vie (scuzez menutte), tapissée de riffs de guitare. C’est encore un brin déjanté comme art, mais les thèmes semblent émerger d’un monde plus accessible, moins éclaté. Et ce, dans l’écriture comme dans l’interprétation. Quoique…

À deux

« C’est un album fait à deux du début à la fin, avec (le batteur et l’ami) Sylvain Clavette, tient à souligner l’auteur-compositeur-interprète. On joue ensemble depuis 14 ans. Si je recule il y a près un an, j’avais des débuts de tounes, des musiques pas de parole, des paroles pas de musique… J’avais des riffs de riffs… J’ai dit à Sylvain : " Je loue un local, on rentre ton stock, j’ai des bouttes de tounes, on enregistre pis ça va déclencher les choses. Il a dit OK. " C’est comme ça qu’on a commencé. »

Ainsi, durant des périodes de sessions ponctuelles, étalées sur quelques mois, les gars ont pratiquement créé tout l’album à deux.

« Je suis vraiment allé au feeling, affirme Boucher. Je travaillais un morceau à la fois. Quand on été rendu assez loin ou quand on était allé au fond de quelque chose, on embarquait sur une autre partie de chanson, sans se mettre aucune pression. Au fil du temps, c’est cette liste de dix morceaux qui est sortie. C’était écoeurant comme trip. Et là, j’ai hâte de continuer, parce que l’élan est pas fini, on dirait. Je suis encore sur le buzz. Le robinet est encore ouvert et ça continue de couler ! »

Le naturel de l’affaire

« Il y a une chose : j’ai vraiment axé le travail sur le naturel de l’affaire. Ça chante plus que sur les autres albums. Il y a moins de mots aussi… Je ne voulais pas qu’on s’enfarge dans la technique, surtout avec les voix et les guitares. On n’est pas devenus fous avec l’exécution des arrangements. On cherchait surtout à rendre cette spontanéité qu’on avait trouvée en arrivant dans ce local de pratique (transformé en studio). »

À ce naturel, Daniel Boucher s’est quand même permis d’ajouter une bonne dose d’échantillons. C’est le cas des chansons Embarques-tu ? (passages tirés de la pièce Je n’ai pas de roses pour ta fête du vieux groupe Les Karrik), Histoire de ma vie (passages tirés de la pièce Pollution de l’air de Jacques Desrosiers) et La langue (construite à partir d’un monologue d’Yvon Deschamps livré d’un spectacle de la Fête nationale de 1975.

« J’ai quelque chose à dire »

Questionné quant à la portée du texte engagé de Deschamps qui date de 40 ans, Daniel Boucher ne s’en cache pas : il croit que pour évoluer au Québec, on doit parler en français.

« Je suis un grand admirateur de l’esprit d’Yvon Deschamps. Quand je suis tombé sur ce texte-là, j’ai fait heeaaain !?! Je me suis mis à m’amuser avec le monologue. J’ai choisi mes extraits, pis je suis allé chercher l’essentiel du message que moi je voulais passer, et qui était pas mal le sien aussi, à savoir qu’un Québécois, c’est-à-dire quelqu’un qui vit au Québec, qui travaille au Québec, pour qu’il se sente bien et qu’il participe à cent pour cent à la vie collective, il faut qu’il parle français. C’est aussi simple que ça. Rien de plus, rien d’autre, rien de moins, juste ça. »

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Toutte est temporaire sera en vente dès mardi sous étiquette Boucane bleue.

Daniel Boucher sera en concert le 12 novembre en formule trio au Club Soda dans le cadre du festival Coup de cœur francophone.

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