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Visite du plateau du prochain film de Philippe Falardeau «Guibord s'en va-t-en guerre» avec Patrick Huard (PHOTOS)

10/11/2014 07:39 EST | Actualisé 10/11/2014 10:36 EST
Sarah-Émilie Nault

Dans le vestiaire des joueurs du Colisée de Laval, on fait quelques retouches maquillage à un Patrick Huard en habit de hockey. Tout près, quelques comédiens pour le moment moins connus, des figurants devenus journalistes le temps d’une scène et une horde de techniciens forts occupés. Au fond de la salle, Philippe Falardeau est concentré derrière son moniteur, lance des indications à son équipe, puis donne le signal à l’interprète de Guibord qui semble aussi détendu que de bonne humeur. Bienvenue sur le plateau du prochain long-métrage du père de Monsieur Lazhar, Guibord s’en va-t-en guerre.

Le plus beau tournage d’une vie

Guibord s’en va-t-en guerre, c’est une comédie – une première pour Philippe Falardeau – à saveur politique et humaine. Ce sont les péripéties du député fédéral d’un comté du nord du Québec interprété par Patrick Huard.

La scène qui se déroule devant nous se passe dans le vestiaire de hockey de la ville fictive de Rivière-aux-Outardes. «C’est le moment déclencheur du film, apprendra-t-on plus tard en conférence de presse. Le moment où le personnage apprend une nouvelle importante qui fera basculer non seulement sa vie dans les prochaines semaines, mais aussi peut-être la nation», explique Philippe Falardeau.

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«Guibord s'en va-t-en guerre» de Philippe Falardeau avec Patrick Huard


Le scénariste et réalisateur l’avoue d’emblée, il a souvent songé à abandonner ce projet.

«Cela représente quatre ans d’écriture et plusieurs dépressions, dit-il en riant. Moi, je fais les deux: j’écris mes textes et je me réalise. Je me suis souvent demandé si j’étais plus réalisateur ou plus scénariste. En faisant ce film, je me suis dit «Je pense que je suis plus réalisateur et que je dois arrêter de scénariser.» Ça a été long et pénible parce que je voulais faire une comédie, qui est un genre beaucoup plus difficile que le drame à mon avis.

Surtout quand on souhaite soutenir l’humour du début à la fin, et ce, sans jamais inhiber l’émotion. Trouver le point d’équilibre entre l’humour et l’émotion, c’est très, très difficile.»

«Philippe dit qu’il n’est pas scénariste, mais je ne suis pas d’accord avec lui, s’interpose Patrick Huard. Dès la première lecture, c’est justement le scénario qui m’a impressionné, c’était super drôle. C’est comme une leçon de démocratie 101 sans que ce ne soit jamais ennuyant. C’est presque un road-trip à travers un grand compté.

Ce ne sont pas des affaires intellectuelles, ce sont des personnages qui ont une réelle proximité, c’était vraiment fascinant dès la lecture. En trois dimensions, c’est encore plus organique et physique.»

C’est donc à cette dernière journée de tournage au Québec que nous avons la chance d’assister. Un tournage de 31 jours qui aura mené Falardeau et son équipe de Val-d’Or à Ottawa, en passant par Montréal, Laval et Mont-Tremblant. La semaine prochaine, c’est à Haïti qu’on bouclera la bouche Guibord s’en va-t-en guerre.

«C’est le plus beau tournage de ma vie, lance Patrick Huard. À cause de cette équipe de ligue nationale dirigée par un capitaine qui sait ce qu’il veut, qui explique les choses clairement dans la joie et la bonne humeur. Ce n’est peut-être pas garant d’un bon film, mais c’est garant d’une expérience humaine et professionnelle exceptionnelle dont je vais me souvenir toute ma vie. C’est une effervescence que je vais essayer de reproduire dans mes prochains projets, car j’ai eu la preuve que ça se peut.»

«Ça a été le tournage le plus plaisant de ma vie, acquiesce Philippe Falardeau. En plus, j’ai eu la chance d’offrir à des comédiens olympiens de petits rôles qu’ils ont acceptés. Je pense à Suzanne Clément, Paul Doucet, Robin Aubert, Alexis Martin et Paul Ahmarani que je vous mets au défi de reconnaître dans le film. Ce sont des mini personnages qui les rendent méconnaissables.»

Une aventure humaine

S’il semblait impossible pour le réalisateur de «passer à côté de conservateurs», il explique tout même ne pas avoir eu de véritable inspiration pour créer le personnage de Guidor.

«De tous les personnages que j’ai écrits, c’est la seule création, sauf peut-être en ce qui a trait à la dimension de la relation avec les autochtones. Cette facette me vient de Joé Juneau, un joueur de hockey de la ligne nationale qui travaille avec les jeunes autochtones à l’organisation de ligues de hockey. Cette dimension-là m’a été inspirée de lui, sinon ce fut vraiment une création fictive du début à la fin.»

Lorsqu’on lui demande de quoi parle son prochain film, Philippe Falardeau avoue lui-même ne pas réellement détenir la réponse.

«Ce dont un film parle, curieusement, on le sait une fois qu’il est fini. C’est sûr que j’aimerais que le film parle à tous les gens qui vivent dans une démocratie en Occident, pas juste aux Canadiens, pas juste aux Québécois. J’aimerais qu’on retienne que c’est d’abord une aventure humaine. D’ailleurs, à ce propos, moi qui était beaucoup obsédé par le côté comique du film, lors de la première rencontre avec Patrick, lui c’est le côté humain qui l’a intéressé dans le scénario. Je dirais que son apport m’a incité à beaucoup recentrer le film sur le rapport humain, à internaliser les rapports politiques à l’intérieur de la cellule familiale.»

«Ce que j’aimerais que les gens retiennent du film, c’est la découverte d’un talent extraordinaire qu’est celui d’Irdens Exantus, a ajouté, généreux, Patrick Huard. Vous êtes à quelques mois de découvrir quelqu’un qui a un talent fou, un charisme, un charme. Vous allez capoter sur lui, je vous le dis!»

On peut dire que le jeune comédien haïtien a gagné le gros lot en décrochant le rôle de Souverain lors de sa «première audition à vie». Et il semble que ce personnage de jeune étudiant en sciences politiques idéaliste qui se nouera d’amitié avec Guidor lui permette de montrer l’étendue de son talent.

«C’est un humour de regards, de points de vue et de situations, ajoute Philippe Falardeau. Il y a des blagues oui, bien sûr, mais je préfère que ce soit la surenchère et les contrastes qui créent l’humour. Il y a aussi cette amitié improbable qui est drôle et touchante en même temps, parce qu’improbable.»

«Philippe est un gars ultra-sensible. Ça m’a tout de suite accroché, dit Huard. Ça faisait longtemps que je voulais travailler avec lui, pour ses films, mais aussi pour des choses qu’il avait dites publiquement. Je trouvais que sa vision du cinéma rejoignait beaucoup la mienne.»

«L’histoire est très improbable, mais pas impossible. Je pense qu’en humour, on peut amplifier des situations potentielles et c’est ce que j’ai voulu faire», ajoute Philippe Falardeau.

Guibord s’en va-t-en guerre devrait se retrouver sur nos écrans au printemps ou à l’été prochain.

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