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«À table avec l'ennemi» à TV5: faire la paix après la guerre (PHOTOS)

10/11/2014 10:07 EST | Actualisé 10/11/2014 10:07 EST
Courtoisie TV5

Et si la paix dans le monde passait par la gastronomie? Ou, à tout le moins, par l’acte de s’asseoir et de discuter, simplement, autour d’un bon repas? C’est la proposition qu’amène À table avec l’ennemi, série documentaire en six épisodes, croisement entre l’émission de cuisine, le magazine social et la tribune d’affaires publiques, animée par le journaliste Frédérick Lavoie (Radio-Canada, La Presse) et le chef cuisinier Charles-Antoine Crête (Toqué!, Brasserie T), et tournée dans les points les plus chauds de la planète.

L’objectif? Réunir à une même table des ennemis jurés des plus importants conflits du monde (politiciens, militants, militaires, simples quidams) et tenter de trouver des solutions à la haine et la violence dans une discussion pacifique.

On se transporte ainsi à Bogota et Medellin, au cœur de la guerre civile colombienne (entre la gauche populiste symbolisée par les FARC et la droite gouvernementale, symbolisée par l’armée et les mouvements paramilitaires), dans la bande de Gaza, où s’affrontent membres du Fatah et du Hamas, à la frontière américano-mexicaine, où on tente de réunir immigrants mexicains illégaux et agents frontaliers américains, au Rwanda, où, 20 ans après le génocide qui a entraîné plus de 800 000 décès, les blessures sont encore vives entre les ethnies hutu et tutsi, au Chiapas, où la lutte du mouvement zapatiste pour redonner aux indigènes les terres perdues dure depuis deux décennies, et au Sri Lanka, où les hostilités font rage entre les Tigres du Nord (l’armée tamoule aux tactiques terroristes) et les Cinghalais du Sud.

Chaque fois, Frédérick Lavoie et Charles-Antoine Crête apprivoisent les acteurs de ces différentes guerres, belligérants et victimes, et les attirent à un «souper de la paix », qui permettra de surcroît aux téléspectateurs de découvrir les habitudes alimentaires de chaque région explorée.

En somme, pour ses artisans, À table avec l’ennemi représente «une quête pour mieux comprendre et mettre un visage sur les conflits». «Mettre des ennemis, des opposants à la même table, c’est bon dans n’importe quelle situation de conflit. Parfois, le dialogue est possible, et ça permet de se dire les choses en face, dans le respect. Devant nous, on avait d’abord des êtres humains et, accessoirement, des politiciens», estime Frédérick Lavoie.

Regarder ailleurs

Le concept d’origine d’À table avec l’ennemi, intitulé Til bords med fienden, est norvégien et c’est la première fois qu’on l’adapte ailleurs dans le monde. La productrice Sophie Ferron a éprouvé un véritable coup de cœur pour la formule au MIPCOM de Cannes, il y a deux ans, et tenait absolument à l’amener sur les ondes de TV5.

«On ne parle pas assez de ce qui se passe à l’international, fait valoir Sophie Ferron. Au Québec, on est l’endroit où il y a le moins de nouvelles internationales au Canada. J’espère que ça va toucher les gens de constater qu’on est tous égaux, que tous les conflits ont un effet sur notre vie.»

«Avec la globalisation des marchés, on ne peut pas vivre seuls dans notre coin. En regardant l’émission, on réalise qu’on n’est pas si différents des gens qui vivent en Colombie, à Gaza. On veut tous aimer nos enfants, nos parents. On veut tous la paix. Personne ne veut la guerre! On veut intéresser en exposant le visage humain de ces conflits-là. Et, devant la bouffe, on est tous égaux», poursuit Sophie Ferron, qui considère que, dans un tel contexte, la nourriture fait office de «moyen d’échange».

Préparation complexe

Pour la productrice, il va de soi que Frédérick Lavoie et Charles-Antoine Crête formaient le tandem parfait pour mener à terme le projet À table avec l’ennemi.

«Le nom de Charles-Antoine s’est imposé rapidement. Il a dit oui tout de suite, et c’a été extraordinaire. En ce qui concerne Frédérick, il fallait trouver quelqu’un qui allait être crédible à l’international, et qui serait ouvert à un type de production qui n’est pas facile. Rapidement, avec TV5, on a conclu que Frédérick était la meilleure personne. Par hasard, il est passé à Montréal, par hasard, Charles-Antoine venait de quitter le Toqué!, ça entrait tous les deux dans leur horaire, et ils étaient disponibles. Frédérick habitait Mumbaï à l’époque, il se mariait au début janvier et il a fallu arranger ça, mais tous les deux étaient intéressés, et c’a été ainsi plus simple.»

Les tournages d’À table avec l’ennemi ont eu lieu entre janvier et juin dernier. Au début du processus, l’équipe devait se rendre en Afghanistan, juste après les élections présidentielles de mars 2014 mais, à la même période, les tensions se sont intensifiées. On a donc préféré annuler le périple. Deux jours après que l’itinéraire eût été rayé de la liste, un attentat causait plusieurs morts à l’hôtel où les troupes d’À table avec l’ennemi devaient loger.

«On avait ici une recherchiste, Stacey Tenenbaum, qui a beaucoup d’expérience à l’international et, localement, on avait des journalistes et des cinéastes locaux qui aidaient notre recherchiste à établir des contacts et nous donnaient un coup de main au quotidien, relate Sophie Ferron. Parfois, les gens se désistaient, il y avait toutes sortes de changements, on s’adaptait chaque fois aux conditions. On a tous été impliqués dans le contenu. Charles-Antoine s’occupait de la recherche culinaire, et Frédérick était scénariste.»

Évidemment, la préparation des voyages n’a pas toujours été de tout repos, et mille précautions ont dû être envisagées pour assurer la sécurité de tous. Par exemple, les assurances pour tous les membres de la production ont coûté quatre fois plus cher qu’en temps normal, en raison d’une multitude de facteurs, et les deux animateurs, le réalisateur et le directeur photo ont dû suivre une formation en krav maga (une technique d’autodéfense militaire israélienne) avec un maître pour assurer leur sécurité personnelle en cas d’urgence. N’empêche, le duo Lavoie – Crête est déjà prêt à sauter dans l’avion pour filmer une deuxième saison d’À table avec l’ennemi.

À table avec l’ennemi, le jeudi, à 20h, à TV5, dès le 13 novembre. En rediffusion le vendredi, à 22h, et disponible en rattrapage sur ce site internet.

À table avec l'ennemi - TV5