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Harcèlement à Ottawa : deux députées parlent du sexisme sur la colline

08/11/2014 07:47 EST | Actualisé 08/11/2014 07:47 EST
Radio-Canada.ca

Les allégations de harcèlement à l'endroit de deux députés libéraux ont mis en lumière des relations hommes-femmes difficiles dans le milieu politique. En entrevue aux Coulisses du pouvoir, deux jeunes députées néo-démocrates racontent comment elles le vivent au quotidien.

Un texte de Mylène Crête

Les députées Ève Péclet et Mylène Freeman ont accepté de parler du sexisme qui existe sur la colline du Parlement parce qu'elles estiment avoir le devoir de le dénoncer.

« Malheureusement, c'est une chose à laquelle on est habituées et je pense que c'est dommage. »

— Ève Péclet, présidente du caucus fédéral des jeunes néo-démocrates

Elles pèsent chacun de leur mot parce qu'elles ne veulent pas donner de détails sur le harcèlement que leurs collègues féminines auraient vécu pour éviter d'en faire à nouveau des victimes.

Le harcèlement sur la colline du Parlement peut prendre la forme de commentaires ou de blagues sexistes et même de touchés inappropriés.

« Il ne faut pas porter une jupe courte et être saoule pour être harcelée, ça arrive dans des contextes très formels de travail qui sont enregistrés. »

— Mylène Freeman, présidente du caucus des femmes du Nouveau Parti démocratique

Ces comportements sexistes sont souvent accompagnés du sentiment de ne pas être prise au sérieux.

Ève Péclet se souvient des commentaires qu'elle a entendu l'une des premières fois qu'elle s'est levée pour parler en chambre. C'était le 8 mars 2012. Une vidéo où on la présente comme une hystérique existe toujours dans Internet. Elle dit plutôt avoir réagi aux insultes.

« Je parlais pendant 20 minutes et je me faisais crier des noms, se rappelle-t-elle. On me disait assis-toi, ferme-la, retourne à la maison. C'est vraiment une culture malsaine. »

L'arrivée d'une cohorte importante de jeunes femmes au Parlement avec la vague orange de 2011 fait partie de la solution parce que cette culture sexiste peut changer grâce à la force du nombre, selon elles.

« Quand on est dans une salle de comité et qu'on est la seule femme sur le comité avec dix hommes, on voit que le comportement est différent que dans un comité où il y a plus de femmes », constate Mylène Freeman.

La ministre québécoise, Christine St-Pierre, qui a longtemps été correspondante parlementaire, abonde dans le même sens.

« Quand on est toute seule dans une réunion avec plein de messieurs et qu'il y a toutes sortes de bêtises qui se disent, ce n'est pas toujours facile, remarque-t-elle. Si on est plusieurs, les choses peuvent être plus contrôlées. Il faut que nous soyons plus nombreuses. »

Elle craint toutefois que les récentes allégations de harcèlement freinent celles qui ont ce type d'ambitions.

« On sait que c'est encore très difficile de convaincre des femmes de se lancer en politique pour toutes sortes de raisons, poursuit-elle. Ça évidemment, ça ne vient pas aider. »

Christine St-Pierre croit que l'attitude du milieu politique l'égard des femmes a beaucoup changé au fil des décennies.

Les récentes allégations de harcèlement entre députés pourraient également contribuer à modifier les comportements. Elles ont au moins permis de mettre au jour l'absence de code de conduite pour les parlementaires et leurs employés.

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