DIVERTISSEMENT

«Body Language» à Canal D: votre corps parle... et vous trahit

07/11/2014 02:21 EST | Actualisé 07/11/2014 02:21 EST
Canal D

Saviez-vous que, lorsque l’inquiétude vous gagne, votre front se contracte naturellement? Qu’en cas de stress, le visage se creuse? Qu’une personne qui ment a tendance à avoir le regard fixe? Que le fait de se masser le cou trahit un inconfort psychologique?

Nos corps parlent sans même que nous en soyons conscients. Et ce langage automatique est fort utile aux policiers, qui mènent les interrogatoires serrés qui leur permettent de résoudre des affaires sordides. Cette science minutieuse, absolument fascinante, est au cœur de la série documentaire Body Language, que Canal D diffuse le vendredi, à 21h, à compter d’aujourd’hui.

Vous vous questionnerez inévitablement sur vos propres comportements après avoir visionné ne serait-ce qu’un seul des six épisodes de Body Language. Chacun d’eux reconstitue habilement l’histoire d’un crime tristement célèbre au Canada pour radiographier les moindres mouvements des suspects lorsqu’ils se retrouvent entre quatre murs, seuls à seuls avec l’enquêteur.

Aux saynètes dramatiques relatant la suite d’événements ayant conduit au méfait se greffent des reproductions exactes d’interrogatoires et des témoignages d’experts, qui décryptent dans le moindre détail les tics et manies des criminels. Parmi eux, se trouve Joe Navarro, ex-agent du contre-espionnage au FBI, expert en profilage racial et fondateur du programme d’analyse comportementale de la National Security Division, qui s’était d’ailleurs déplacé à Montréal pour rencontrer les journalistes au visionnement de presse de Body Language. Le spécialiste n’a pas dissimulé son enthousiasme devant le produit proposé par Canal D, qu’il a précisé être l’une des meilleures émissions qu’il ait vues en termes de criminalistique.

Toutes les portions «jouées» de Body Language sont interprétées par des comédiens professionnels. Roger LaRue, Élisabeth Locas, Henri Chassé et Pierre Mailloux sont du nombre. Les acteurs ont eu accès aux vidéos des véritables interrogatoires évoqués dans la série pour se préparer à bien jouer leur rôle.

Des cas fascinants

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La première heure de Body Language est d’autant plus captivante qu’elle s’attarde à une manchette encore bien gravée dans la mémoire collective des Québécois, celle du meurtre du jeune Alexandre Livernoche par Mario Bastien. Le 9 août 2000, Bastien était arrêté et interrogé, en lien avec la disparition et le décès de l’adolescent de 13 ans. Pendant plus de sept heures, les autorités l’ont talonné, et les gestes involontaires de l’homme leur ont fourni des pistes de réflexion fort intéressantes.

Par exemple, Mario Bastien serrait souvent le poing pendant qu’il répondait aux questions, un réflexe qui n’annonce non pas la violence, comme le veut la croyance populaire, mais indique plutôt un bouleversement émotionnel. Parce que le cerveau limbique, qui réagit notamment dans les moments d’agressivité et de peur, ordonne au corps de se protéger. La partie arrondie de son oreille est devenue rouge, preuve que le sang montait et s’y logeait. Son menton tremblant, son regard fuyant, son haussement d’épaules juste avant de cracher la vérité ont achevé les spéculations des détectives.

Au deuxième épisode, on fait la connaissance de Stéphanie (nom fictif), employée de banque irréprochable le jour et danseuse la nuit, accusée d’une fraude de 370 000 dollars et de complicité dans l’enlèvement d’un banquier. En tenant son sac à main serré contre son abdomen, à la façon d’une doudou ou d’une armure, en arborant un visage poker face, en gigotant, en ne clignant même pas des yeux, la femme à la double vie a fourni les indices nécessaires à son identification. Le policier a, de son côté, usé de ruse avec elle, en la touchant avec empathie, une marque de compassion qui affaiblit systématiquement les défenses de tout interrogé. Dans la réalité, le vrai récit de «Stéphanie» s’est déroulé à la fin des années 1980, début 1990, et la principale intéressée a quitté le pays avec ses enfants et changé d’identité pour effacer les traces de son passé.

Le cas Russell Williams, qui sera présenté le 21 novembre, est lui aussi captivant. L’ex-colonel avait été convoqué dans un poste de police d’Ottawa le 7 février 2010 à titre de témoin, dans la foulée de l’assassinat de la caporale Marie-France Comeau. Il est passé aux aveux après quatre heures de joute psychologique intense avec l’agent qui lui faisait face, non sans avoir laissé des actes en apparence innocents s’exprimer pour lui: mâcher une gomme (parce que tout geste répétitif du genre amène un apaisement), esquisser un sourire aux ombres rageuses, se tapoter le cou, etc. Finalement, Williams a plaidé coupable à 84 chefs d’accusation et a hérité d’une sentence de prison à vie.

Souci de vérité

On doit l’idée de Body Language à Renée-Claude Riendeau, ancienne journaliste qui a ensuite créé la série Coroner, avec Jean-Luc Mongrain, qui a abouti sur les ondes de TQS (maintenant V) en 1996. Après avoir ficelé des projets artistiques pour Radio-Canada et ARTV, dont L’art du nu, la productrice et scénariste s’est attelé à la conception de Body Language en 2011, aidée de la réalisatrice Chantal Limoges. Le travail de recherche a été long et fastidieux; il fallait avoir accès à tous les documents originaux des enquêtes reconstruites à l’écran, et on a étudié avec une rigueur impeccable tous les phénomènes du langage corporel, dans un souci de vérité irréprochable.

Pour ce faire, le psychologue judiciaire de la Sûreté du Québec, Michel St-Yves, a agi à titre de consultant sur Body Language. «Les gens ne sont pas meilleurs que pile ou face pour détecter le mensonge», a signalé Monsieur St-Yves pour souligner l’importance de pouvoir compter sur des technologies et des notions à la fine pointe de la science et de la neuroscience, dont sont dotés les institutions majeures comme le FBI ou la Sûreté du Québec, pour tirer des conclusions à partir du body language.

Body Language, le vendredi, à 21h, à Canal D, dès ce vendredi, 7 novembre. En rediffusion le samedi à 15h, le lundi à minuit, le mardi à 9h et le mercredi à 6h. Une application numérique comportant huit jeux d’enquête sera disponible sur le site web de Canal D.

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