POLITIQUE

Pont Champlain: Couillard change d'idée

04/11/2014 02:00 EST | Actualisé 04/01/2015 05:12 EST
AFP via Getty Images
Quebec Liberal leader, Philippe Couillard(C), addresses the Board of Trade of Metropolitan Montreal April 1, 2014 in Montreal, Canada. The elections are scheduled for April 7, 2014. AFP PHOTO/Francois Laplante Delagrave (Photo credit should read Francois Laplante Delagrave/AFP/Getty Images)

QUÉBEC - Le premier ministre Philippe Couillard a enjoint le gouvernement fédéral à «considérer avec attention» la décision éventuelle de changer le nom du pont montréalais qui rend hommage au fondateur de Québec, Samuel de Champlain.

Alors qu'il avait affirmé en fin de semaine dernière qu'il n'était pas fermé à l'idée de baptiser le nouveau pont Champlain du nom du joueur de hockey Maurice Richard, M. Couillard était plus prudent, mardi.

Lors d'une conférence de presse conjointe avec le président français François Hollande, de passage à Québec, M. Couillard a regretté que la controverse suscitée par cette perspective mette en opposition deux personnages importants.

Le premier ministre a rappelé qu'Ottawa n'a pas encore pris de décision sur le nom du nouveau pont dont la construction n'a pas encore été commencée et qui doit remplacer l'actuel pont Champlain.

«C'est une décision qui appartient au gouvernement fédéral, mais je les enjoins à la considérer avec attention, à considérer l'importance de continuer à honorer la mémoire de Samuel de Champlain, peut-être trouver également une façon d'honorer la mémoire de Maurice Richard qui est un personnage important pour le Québec, pas uniquement sur le plan sportif», a-t-il dit.

En fin de semaine dernière, lors d'un déplacement à Reykjavik, M. Couillard avait affirmé qu'il n'était pas «fermé» ou «contre l'idée», évoquée samedi dans un reportage publié par le quotidien La Presse, sur la base de sources anonymes.

M. Couillard a noté, mardi, le débat suscité par la possibilité qu'Ottawa change le nom du pont sous juridiction fédérale baptisé en l'honneur de Samuel de Champlain, un explorateur et cartographe français, qui a fondé Québec en 1608.

«(Maurice Richard) fut un défenseur des Canadiens d'expression française, qui a affirmé leur désir d'émancipation, a-t-il dit. Cependant on assiste à une manifestation également de respect envers la mémoire de Samuel de Champlain, qui a contribué sur le plan historique et géographique bien sûr à l'édification du Québec.»

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, est apparu moins enthousiaste, mardi, que deux de ses députés, François Bonnardel et Gérard Deltell, qui avaient salué ce changement.

«Ils ont dit qu'il y avait une ouverture, a-t-il dit. Moi je pense qu'actuellement, les Québécois sont divisés, il y a une ouverture et avec la proposition de Maurice Richard et avec la proposition Samuel de Champlain. Il faut s'assurer d'honorer correctement les deux et effectivement, peut-être qu'en enlevant quelque chose qui existe déjà, comme le nom pont Champlain, que ce n'est peut-être pas approprié.»

Selon le chef caquiste, le débat doit se poursuivre et les Québécois doivent faire connaître leur préférence au gouvernement fédéral.

«La beauté de la controverse, c'est qu'on n'a jamais autant parlé de Samuel de Champlain, et je trouve que c'est une bonne chose qu'on en parle au Québec», a-t-il dit.

Le chef péquiste Stéphane Bédard a déploré le manque de consultation dans ce dossier. Selon M. Bédard, il est possible d'honorer M. Richard autrement qu'en changeant le nom du pont Champlain.

«Maurice Richard est un athlète formidable qui a incarné beaucoup dans l'histoire du Québec, mais Samuel de Champlain c'est quand même le père fondateur du Québec, a-t-il dit. Je pense que c'est une mauvaise idée dans le contexte actuel. Il est dommage d'associer M. Richard et sa famille à cette controverse et j'espère que M. Couillard sera clair quant à nos intentions.»

Même si le pont est de juridiction fédérale, M. Bédard croit que M. Couillard peut s'opposer à la volonté d'Ottawa, déjà exprimée dans le passé par le ministre de l'Infrastructure, Denis Lebel.

«On comprend que quand c'est le fédéral, ça reste nos taxes, ça nous appartient cette infrastructure, a-t-il dit. J'invite M. Couillard à bomber le torse et à prendre un peu plus d'aplomb sur des questions importantes.»

En Chambre, mardi, le Parti québécois n'a pas réussi à obtenir l'appui des libéraux pour déposer une motion suggérant que l'Assemblée nationale s'oppose au changement de nom du pont Champlain.

Lors d'un point de presse, le député péquiste Stéphane Bergeron a évoqué l'hypothèse que les libéraux reviendront peut-être à la charge avec leur propre motion.

«Manifestement, c'était peut-être encore trop 'hard' pour les fédéralistes qui siègent en cette Chambre», a-t-il dit.

Le député de Québec solidaire Amir Khadir a expliqué qu'il fallait refuser la proposition des conservateurs.

«Il n'y a que des ministres québécois, inféodés sous la botte de M. Harper comme M. Lebel, qui ont osé suggérer ça, a-t-il dit. Parce qu'une fois qu'on dit: c'est à nous que ça appartient, je pense que personne au Québec n'a jamais proposé ça.»

Aux côtés de M. Couillard, François Hollande, qui évoqué à deux reprises la mémoire de Champlain lors de ses étapes à Ottawa et Québec cette semaine, n'a pas voulu prendre position.

«La France ne fait pas pression pour qu'on baptise ou qu'on débaptise des ponts, des rues ou des avenues, a-t-il dit. Nous avons suffisamment confiance dans l'histoire pour savoir que ce n'est pas un pont, une rue, qui permet de cultiver la mémoire, c'est ce que nous sommes capables de faire par rapport à ce qu'a été l'histoire commune.»

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