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Le vol d'huile de patates frites vous coûte des millions par année

09/10/2014 12:44 EDT | Actualisé 09/10/2014 12:44 EDT
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french fried potatoes frying in ...

Le vol d'huile de cuisson usée devient un fléau qui coûte des millions de dollars en taxes perdues au Canada. En suivant la trace des voleurs, Enquête a découvert que de petites compagnies dûment enregistrées au Québec volent sans scrupules et écoulent leur marchandise sans difficulté sur le marché.

Un reportage de Sylvie Fournier

Selon l'industrie des recycleurs, 11 millions de dollars échappent chaque année au fisc canadien, dont 4 millions au Québec seulement. Les voleurs s'activent dans plusieurs régions, sous le couvert d'entreprises en apparence légitimes.

Le vol est devenu un problème endémique, selon Sanimax, une des plus grandes compagnies de récupération de sous-produits agroalimentaires au Québec. Pascal Demers, le directeur des ventes chez Sanimax, estime se faire dérober au moins 20 % de l'huile de cuisson usée qu'il devrait normalement récolter de ses clients, soit environ 150 tonnes métriques par semaine.

Une entreprise établie à Montréal-Nord, les Huiles Biocycle, affirme qu'elle n'était pas au courant que ses chauffeurs collectaient de l'huile usée, la nuit, dans des contenants appartenant à ses concurrents. Elle précise par ailleurs qu'elle comptait les congédier.

Longtemps considérée comme un déchet, l'huile de friture usée, qu'on appelle l'or liquide, est aujourd'hui une source de revenus pour les restaurateurs. La matière est utilisée dans la fabrication de produits cosmétiques et de nourriture animale, mais depuis l'avènement du biodiesel, la demande excède l'offre. L'huile de cuisson usée est aujourd'hui cotée en bourse et sa valeur a plus que triplé, pouvant atteindre jusqu'à 800 $ la tonne.

« Les gens que nous avons approchés savent qu'ils achètent de la marchandise volée, mais font la sourde oreille en disant qu'ils ont besoin d'avoir le volume », explique Pascal Demers, directeur des ventes chez Sanimax.

Peu de répression

Au Canada, les restaurateurs rejettent annuellement 200 millions de kilos d'huile de friture usée. Ce type de vol est un crime rarement puni parce que les autorités ne le prennent pas au sérieux, estime Robert Geoffrey. « Pour les policiers, c'est sans importance et c'est pire à Montréal », explique le président de Distribution Katrina, une autre entreprise de récupération.

« Les policiers ne voient pas les millions en arrière de ça, ils ne voient pas non plus les dommages. » Les grands récupérateurs ont investi des millions de dollars, ces dernières années, pour contrer le vandalisme et améliorer la sécurité de leurs contenants. Mais sans grand résultat.

Des mandats d'arrestation ont toutefois été émis contre neuf personnes ce matin dans les secteurs de Montréal et de Laval. Une opération policière menée par la Sûreté du Québec a mené à l'arrestation de sept d'entre elles. Elles feront face à des accusations de vol et de complot pour vol.

La Californie s'attaque au problème

Selon la National Renderers Association, le vol d'huile de cuisson usée prive le trésor public américain d'au moins 75 millions de dollars en taxes non perçues, chaque année.

Le 25 août dernier, la Californie a adopté un projet de loi pour contrer le phénomène et mieux protéger l'industrie du biodiesel. Les voleurs s'exposent dorénavant à des amendes pouvant atteindre 10 000 $. Les nouvelles dispositions de la loi autorisent les policiers à saisir leur véhicule et exigent des recycleurs qu'ils obtiennent un permis et que ce dernier soit affiché sur leur véhicule en tout temps.

La Californie encourage également les citoyens à rapporter les vols dont ils sont témoins, en mettant un site web ainsi qu'une ligne téléphonique à leur disposition.

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