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Les coopératives, ces mal-aimées à la conquête du monde

06/10/2014 03:01 EDT | Actualisé 06/10/2014 03:05 EDT
Bâtir son quartier

Méconnues et victimes de préjugés tenaces, les coopératives occupent pourtant une place de plus en plus grande dans l'économie mondiale. Mais pour quelles raisons? Comment ça fonctionne? Un modèle coopératif international est-il possible? Analyse.

Un texte de Danielle Beaudoin et de Mathieu Gobeil

Il y a 200 ans, lorsque des citoyens ont commencé à créer des coopératives, on les a traités d'utopistes et on ne les prenait pas au sérieux, rappelle Michel Lafleur, directeur de l'Institut de recherche et d'éducation pour les coopératives et les mutuelles de l'Université de Sherbrooke (IRECUS).

Aujourd'hui, on en compte près d'un million dans le monde dans presque tous les secteurs d'activités, et leur chiffre d'affaires équivaut au PIB du Canada, souligne l'expert en se basant sur les données les plus récentes dont il disposait quelques jours avant la tenue du Sommet international des coopératives.

D'après Michel Lafleur, le grand défi des coopératives - pour la plupart nées dans les milieux locaux et régionaux -, c'est d'entrer dans la mondialisation tout en conservant leurs valeurs d'égalité, d'équité, de prise en charge, de démocratie et de solidarité.

Un modèle coopératif mondial est-il possible? Comment s'y prendre? M. Lafleur explique que « ça bouge » de ce côté-là. Il donne notamment l'exemple du Mouvement Desjardins, qui a signé un accord de coopération avec le Crédit Mutuel, en France, afin de mieux servir leurs clients dans les deux pays.

Un modèle d'affaires enviable

Une chose est sûre, souligne l'expert, le modèle d'affaires des coopératives a fait ses preuves. Selon des études réalisées au Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique entre 2008 et 2011, les coopératives ont un taux de survie près de deux fois supérieur à celui des entreprises privées.

Les coopératives ont un taux de survie de 62 % après cinq ans et 44 % après 10 ans, comparativement à 35 % après cinq ans et 19,5 % après 10 ans pour les autres nouvelles entreprises (MDEIE, 2008)

Michel Lafleur explique que si les coopératives sont si résilientes, c'est notamment parce qu'elles sont nées d'un véritable besoin des citoyens. Il ajoute qu'elles ont traversé sans dommage la crise financière de 2008 parce qu'elles ne sont pas tributaires de la spéculation, mais de l'économie réelle, des échanges de biens et services.

« De par leur nombre et leur taille, les coopératives canadiennes ont indiscutablement une incidence sur l'économie. Elles ont fait preuve d'une remarquable résilience, et elles sont un élément clé de la reprise économique au Canada. » — Blake Richards, député conservateur et président du Comité spécial sur les coopératives - 17 septembre 2012

Non seulement cela, d'ajouter Michel Lafleur, mais le mouvement coopératif a déjà modifié l'économie. Il cite en exemple l'industrie funéraire québécoise, où les coopératives sont bien implantées. Lorsqu'elles détenaient 8 à 9 % du marché, il y a une dizaine d'années, les prix ont commencé à chuter. Depuis leur arrivée, les prix ont diminué de moitié, souligne le chercheur. Aujourd'hui, les coopératives représentent 15 % de ce marché :

« Les coopératives ont aussi réussi à fait reculer les quatre grandes multinationales qui voulaient prendre le marché, et augmenter les prix. Ces dernières ont quitté, en grande partie, le territoire québécois. » — Michel Lafleur

Malgré son succès, le mouvement coopératif est méconnu et victime de bien des préjugés. Pour Michel Lafleur, il faut enseigner le modèle coopératif dans nos écoles et universités.

Qu'est-ce qu'une coopérative?

Selon le gouvernement du Québec, une coopérative est « une personne morale regroupant des personnes ou sociétés qui ont des besoins économiques, sociaux ou culturels communs et qui, en vue de les satisfaire, s'associent pour exploiter une entreprise conformément aux règles d'action coopérative ».

La coopérative a pour objectif premier de répondre aux besoins économiques, sociaux ou culturels de ses membres. Elle se distingue à cet égard d'une compagnie qui, elle, vise à obtenir le rendement maximal sur des capitaux investis.

La coopérative et l'entreprise privée diffèrent surtout dans deux domaines, selon Michel Lafleur :

  • La prise de décision : Dans les coopératives, la prise de décision se base en toute démocratie sur le principe d'un membre, un vote. Chez les entreprises privées à capital-actions, ceux qui ont le plus d'actions ont davantage de pouvoir. « Ce n'est pas l'argent qui contrôle la coopérative; ce sont les utilisateurs! », précise Michel Lafleur.
  • La répartition de la richesse : Les surplus des coopératives sont distribués sous forme de ristournes aux membres, selon l'apport de chacun. Ainsi, plus un membre a utilisé la coopérative, plus la ristourne est élevée. Dans les entreprises privées, la distribution des dividendes se fait en fonction du nombre de parts détenues par les actionnaires.

L'éolienne des enfants

Invité à donner un exemple de coopérative hors de l'ordinaire, Michel Lafleur cite l'éolienne des enfants. L'éolienne de Mesnil-Église, en Belgique, tourne depuis 2006. Elle a une capacité de production de 800 kW, et elle alimente en électricité 400 logements.

Cette coopérative appartient exclusivement à des jeunes, qui ont pris des parts avec l'aide des parents et grands-parents. Les quelque 2000 parts ont permis de financer le quart de l'investissement. Chaque part rapporte 3 % d'intérêts bloqués sur 10 ans. L'association Vents d'Houyet, à l'origine du projet, veut ainsi sensibiliser les enfants aux enjeux énergétiques, à l'écologie et à l'économie.

Le Sommet international des coopératives se tient du 6 au 9 octobre à Québec, et la 60e Semaine de la coopération, du 12 au 18 octobre.

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