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Les acteurs du récent film de Philippe Falardeau y reconnaissent un peu leur vie

02/10/2014 07:16 EDT | Actualisé 02/10/2014 07:16 EDT
Jeff Vespa via Getty Images
TORONTO, ON - SEPTEMBER 08: (EDITORS NOTE: This image was processed using digital filters) (L-R) (Top Row L-R) Actor Corey Stoll, actor Arnold Oceng, and actor Emmanuel Jal, actor Ger Duany, director Philippe Falardeau (bottome row L-R) actress Kuoth Wiel, actress Reese Witherspoon and screenwriter Margaret Nagle of 'The Good Lie' pose for a portrait during the 2014 Toronto International Film Festival on September 8, 2014 in Toronto, Ontario. (Photo by Jeff Vespa/WireImage)

Les interprètes des «garçons perdus du Soudan» dans le plus récent film de Philippe Falardeau, The Good Lie (Le Beau Mensonge), se sont un peu reconnus dans cette histoire inspirée de faits véridiques.

Cette première oeuvre américaine du réalisateur québécois de Monsieur Lazhar raconte l'histoire de l'exode massif de milliers de jeunes Soudanais qui ont été «déplacés» pendant la guerre civile dans les années 1980.

Ger Duany, Emmanuel Jal, Arnold Oceng interprètent trois de ces «garçons perdus du Soudan» qui ont marché des milliers de kilomètres et passé 13 ans dans des camps de réfugiés en Afrique avant d'être accueillis aux États-Unis.

L'actrice Reese Witherspoon, lauréate d'un Oscar, interprète une conseillère en emploi de Kansas City qui tente de trouver du boulot aux jeunes hommes.

«J'ai l'impression de voir mon histoire racontée sur grand écran», commente Emmanuel Jal, qui a grandi dans les années 1980 dans le sud du Soudan, région ravagée par la guerre civile. «Je suis né alors que mon pays était en guerre et j'ai vu combien la guerre a touché le coeur même de ma famille (...) La guerre a emporté l'âme de ma communauté. Toutes mes tantes sont mortes durant cette guerre, qui a aussi emporté ma mère», raconte le jeune homme, qui est maintenant un artiste de la scène hip-hop à Toronto.

Emmanuel Jal a aussi été enfant soldat, tout comme son camarade acteur Ger Duany, né à Akobo, dans le sud du Soudan, et qui a fui en Éthiopie et au Kenya avant de trouver refuge aux États-Unis à l'âge de 16 ans.

«Emmanuel et moi, on avait l'habitude de se promener avec un AK-47 avant même d'apprendre à lire ou à écrire», explique Ger Duany, qui a vécu dans des camps de réfugiés sans eau courante ni éclairage, et qui est maintenant acteur à New York.

«Lorsqu'ils ont commencé à distribuer les rôles pour ce film, et que j'ai lu le scénario dans ma petite chambre de Harlem, je me suis effondré (...) et je l'ai mis de côté, et je suis allé dans la salle de bain et j'ai pleuré, se rappelle-t-il. Puis, j'ai repris le scénario et j'ai tenté de le terminer, mais je n'y arrivais pas: parce qu'à l'époque où j'étais là-bas, je ne croyais pas que cette histoire serait racontée un jour.»

Kuoth Wiel, elle, est née dans un camp de réfugiés en Éthiopie de parents soudanais, travailleurs humanitaires pour les Nations unies. Son père est mort pendant la guerre au Soudan et elle a émigré au Minnesota à l'âge de huit ans. Elle incarne dans le film la soeur d'un des "garçons perdus du Soudan".

«J'ai accepté de tourner dans le film à cause de l'histoire, explique la jeune actrice qui vit maintenant à Los Angeles. C'était éprouvant mais aussi une expérience enrichissante parce que j'ai dû aller tout au fond de mon âme, et apprendre davantage sur moi-même et sur ce que mon pays a enduré.»

Arnold Oceng, de son côté, est né en Ouganda et a perdu très tôt son père soudanais. «Je n'ai jamais connu ma famille soudanaise, du côté paternel, alors ça a été une véritable bénédiction pour moi de faire ce film», explique le jeune acteur qui a grandi à Londres.

Philippe Falardeau, lui, a été touché par ce triste épisode de l'histoire du Soudan en 1994 alors qu'il était caméraman pour le documentaire de l'ONF Attendre, de Marie-Claude Harvey, tourné dans ce pays. Quand il a lu le scénario écrit par Margaret Nagle pour The Good Lie, il a senti le besoin de le tourner.

«Je me souviens que dans l'avion, en quittant le Soudan (en 1994), je me sentais très coupable. Alors, quand j'ai lu le scénario, j'ai senti que c'était la chose à faire, comme une rédemption - ce qui est un peu absurde, mais c'est comme ça que je me suis senti», racontait le réalisateur le mois dernier au Festival du film de Toronto, où The Good Lie a été projeté en première mondiale.

Emmanuel Jal, lui, espère que le film permettra d'«éveiller les consciences dans le monde» pour ce pays qui est de nouveau plongé dans la violence.

D'ailleurs, Philippe Falardeau ne croit pas qu'il sera possible de présenter le film au Soudan du Sud actuellement - il mise plutôt sur une projection dans un camp de réfugiés au Kenya. «C'est un triste rappel que rien n'est encore réglé», laisse tomber le réalisateur.

The Good Lie sort en salles à Toronto ce vendredi, et sera présenté en première québécoise mercredi prochain à l'ouverture du Festival du nouveau cinéma, à Montréal. Il devrait prendre l'affiche plus tard en octobre au Québec et ailleurs en Amérique du Nord.

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