DIVERTISSEMENT

«Subtil, sensible, touchant» : du pur Jean-François Mercier (VIDÉO/PHOTOS)

02/10/2014 06:19 EDT | Actualisé 02/10/2014 06:19 EDT

La subtilité et la sensibilité étaient cachées très, très loin dans les coulisses du Théâtre St-Denis, mercredi, malgré le titre du nouveau spectacle de Jean-François Mercier, Subtil, sensible, touchant.

La rentrée montréalaise de l’humoriste a été l’occasion, pour les admirateurs de la première heure du personnage, de reconnecter avec sa grande gueule, ses tirades colériques, son timbre de voix excessivement aigu lorsque trop fâché, sa vulgarité gratuite, ses sacres, sa perception souvent réductrice des femmes (les «cruches», «connes», «toutounes», «laides» pleuvent presque trop abondamment après une heure trente de prestation), son obsession du sexe, sa vérité toute crue et constamment hurlée.

Bref, pour résumer simplement, Jean-François Mercier est encore Jean-François Mercier. On ne sort pas facilement le «gros cave» d’un homme qui a bâti sa carrière en salles sur ce pseudonyme.

Ce deuxième one man show est-il dénué de pertinence et d’intelligence pour autant? Pas du tout. Mercier aborde parfois des sujets de société ou politiques de son angle bien à lui, qui n’est celui de personne d’autre. C’est d’ailleurs dans ce genre de numéro qu’il excelle le plus, lorsqu’il délaisse un peu les gags de «boules», de «graines» et de «suçage» pour proposer des solutions concrètes à de réels problèmes. Il sait où frapper, il frappe fort, ça cogne et ça fait réfléchir. Son segment sur la démocratie, où il analyse l’électorat et compare notre système de votation à une danseuse nue («Elle fait semblant de s’intéresser à toi, mais tout ce qu’elle veut, c’est de t’emmener dans l’isoloir») est probablement le moment le plus percutant de Subtil, sensible, touchant, parce qu’il repose sur des faits et des observations, pas seulement sur des excès de rage. Dommage que Jean-François Mercier n’ait pas fait réellement le saut en politique comme il a failli le faire en 2011, car il a l’œil pour cerner les vrais enjeux.

Mais ces portions sont beaucoup trop rares. Essentiellement, le propos demeure grossier, surtout en deuxième partie. Mais, heureusement pour le comique, c’est exactement ce que son public attend de lui ; l’assistance en redemandait, mercredi, et 25 000 billets ont déjà trouvé preneurs partout au Québec.

Sauveur de l’humanité

La mise en scène de Guy Jodoin laissait pourtant croire à une virée au spa au lever du rideau, juste après une introduction rigolote assurée par Katherine Levac. Dans un décor d’arbres et sous une musique reposante, Jean-François Mercier s’est amené, vêtements «mous» au corps, les mains jointes, l’air on ne peut plus zen. D’entrée de jeu, il a annoncé que son spectacle aurait pu s’appeler Le côlon irritable. Au lieu de quoi, il a détaillé son bagage médical et déclaré qu’en raison de ses antécédents familiaux, il n’est plus le «gros cave», mais le «gros calme». Et ce, avant de se lancer dans une spectaculaire montée de lait. Dès lors, ses fidèles se sont retrouvés en terrain connu.

Désormais célibataire, il arpente les allées des supermarchés pour trouver l’âme sœur ; prétexte parfait pour une blague d’odeur de vagin. Il raconte avoir trouvé le cellulaire d’une inconnue au gym ; s’il est chanceux, elle sera peut-être prête à «boire sa pisse» et, ultimement, à lui prodiguer une bonne pipe. Et ainsi s’enchaînent les anecdotes à l’aéroport, à l’achat d’une paire de lunettes, au Subway, toutes colorées de jurons et de virulents emportements. Mais précisons que Mercier est un bon conteur, et ce n’est jamais ennuyant. Et reconnaissons que probablement que nul autre que Jean-François Mercier ne serait capable de tracer un parallèle entre un bol de céréales et une sodomie, et entre un anus et des coupons rabais.

Parmi les tranches sympathiques, on se doit de mentionner sa description de boîtes de céréales qui débouche sur un cocasse souvenir de jeunesse. Le récit de sa mésaventure en ski alpin avec son oncle, une preuve qu’un événement grave peut être drôle six mois plus tard, ruisselle d’une joyeuse absurdité. Sa logique se tient presque lorsqu’il établit un lien entre les critiques assassines de son gala Juste pour rire 2013 et le sort des enfants qui meurent de faim, en se présentant pratiquement comme un sauveur de l’humanité. Et on aurait presque le goût de prendre Jean-François dans nos bras lorsqu’il nous couine aux oreilles cette chanson écrite pour vider son cœur brisé…

Jean-François Mercier occupe encore les planches du Théâtre St-Denis avec Subtil, sensible, touchant jusqu’au 4 octobre et sera en supplémentaires à Montréal les 27 et 28 mars 2015. Pour connaître toutes les dates de sa tournée : www.jeanfrancoismercier.com.

Première de Jean-François Mercier

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