«Soif » pour les 30 ans d'O Vertigo - Ginette Laurin, la couturière des mouvements (ENTREVUE/ VIDÉO)

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SOIF
Ginette Laurin
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En trois décennies, la compagnie de danse O Vertigo peut se targuer d’avoir produit plus de 50 œuvres, dont plusieurs se sont illustrées à travers la planète. Amoureuse du vide qui précède la création et du déséquilibre d’où nait le mouvement, Ginette Laurin célèbre son aventure avec une nouvelle production, Soif.

Soif d’amour, de liberté, de rêver, de se réaliser. Une courtepointe de désirs que la chorégraphe tisse en s’intéressant à leur naissance. « J’explore la forme du mouvement de l’impulsion et l’énergie que les danseurs mettent dans l’élan. Pendant nos séances de travail, je les guidais dans leurs gestuelles en leur demandant de réaliser des actions simples, comme s’assoir sur un tabouret, sauter par-dessus une clôture ou se présenter, et d’autres plus abstraites, comme faire le vide et dire adieu. À la fin, je gardais uniquement l’élan pour faire ces actions. C’était très instinctif, un peu comme le procédé des peintres automatistes. »

Cette nouvelle chorégraphie s’intègre naturellement à l’historique d’O Vertigo. « J’ai toujours vu mon travail comme une espèce de dentelle qui s’agrandit avec des motifs et des couleurs différentes, mais sans virage drastique. Chaque production possède sa thématique et ses systèmes, mais j’ai l’impression de poursuivre la démarche entamée il y a 30 ans, en continuant de découvrir de nouvelles choses avec chaque pièce. J’oscille continuellement entre des œuvres avec une portée sociale et d’autres plus abstraites. »

Soif se classe du côté des pièces sans trame narrative et sans grand enrobage scénographique. « Je me suis donné le défi de faire une danse épurée, sans tout préparer à l’avance (chorégraphie, musique, scénographie, canevas), comme j’en avais souvent l’habitude. Je voulais partir de la page blanche avec les danseurs et créer avec eux. »

Bien que dénuée de décor, Soif est enveloppée de la musique de Michel F. Côté et de John Cage. « Lors de l’anniversaire de l’indépendance des États-Unis, Cage est allé dans chaque état pour choisir une pièce de musique folklorique, à laquelle il a retiré des notes pour garder l’essentiel. Un peu comme je le fais avec les mouvements. J’utilise aussi la voix des danseurs par bribes, pour ajouter au côté impulsif et ludique, qui est associé à l’enfance, à l’époque où l’on bougeait librement, sans penser au résultat ou au jugement des autres. »

La famille O Vertigo

Pour agripper l’œil de Ginette Laurin et faire leur place avec O Vertigo, les danseurs doivent posséder un je-ne-sais-quoi de bien particulier. « J’aime les danseurs avec une certaine maturité et un jardin secret qui leur permet d’aller plus loin que l’aspect purement athlétique. Je recherche une finesse dans la façon d’être sur scène et une grande écoute des autres. Dans mes créations, tout est réglé en rapport au groupe, et non avec la musique ou les comptes. La chimie entre les danseurs doit évidemment opérer très fort. »

Danseuse et chorégraphe depuis 40 ans, Ginette Laurin a été un témoin privilégié de l’évolution de la danse contemporaine québécoise. « À mes débuts, il y avait peu de compagnies, de chorégraphes et de danseurs professionnels. On a assisté à un gros virage durant les années 80, la danse s’est mieux fait connaître et s’est fait accepter comme discipline artistique à part entière. À l’époque, le Festival international de la nouvelle danse a amené plusieurs artistes étrangers au Québec, et ça a été un gros stimulus pour les artistes d’ici. Le mouvement de danse-théâtre, même avant qu’on connaisse Pina Bausch, a aussi rendu la danse plus accessible et moins abstraite à certains publics. »

« Puis, l’UQAM a ouvert un département de danse et ça a fait boule de neige. Aujourd’hui, entre 50 et 60 finissants sortent des écoles de danse chaque année et une dizaine de spectacles roulent toutes les fins de semaine. Je vois aussi une nouvelle génération de chorégraphes qui nous poussent dans le dos en réinventant la discipline, comme Virginie Brunelle, Dave St-Pierre, Catherine Gaudet ou Nicolas Cantin. »

Passer le flambeau

Toujours aussi friande de création, Ginette Laurin commence toutefois à penser à sa relève. « J’approche 60 ans et je réfléchis à des formules pour me dégager un peu. J’aimerais passer le flambeau à de jeunes chorégraphes, les accompagner au niveau administratif d’une compagnie, tout en continuant à créer moi-même. J’ai envie de leur faire profiter de la structure d’O Vertigo, me retirer graduellement de la gestion et créer à une plus petite échelle. »

Présentée par Danse Danse, Soif sera jouée du 2 au 4 octobre 2014 au Théâtre Maisonneuve. Cliquez ici pour plus de détails.

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