POLITIQUE

Le Canada ne restera pas les bras croisés face aux djihadistes, dit Harper

26/09/2014 09:21 EDT | Actualisé 26/09/2014 09:21 EDT
ASSOCIATED PRESS
Canadian Prime Minister Stephen Harper attends a joint press conference with Palestinian President Mahmoud Abbas, at Abbas's headquarters, in the West Bank city of Ramallah, Monday, Jan. 20, 2014. (AP Photo/Nasser Nasser)

Le premier ministre Stephen Harper affirme que le Canada ne restera pas les bras croisés pendant que des militants du groupe armé État islamique (EI) au Moyen-Orient menacent de massacrer des milliers de personnes innocentes. « Nous allons faire notre part », a-t-il déclaré, vendredi, à Ottawa.

M. Harper a soutenu que l'EI représentait une menace réelle pour le Canada. C'est pour cette raison que le pays se devait d'agir. Il a tenu ces propos en marge d'une rencontre avec des représentants européens sur la conclusion d'un accord de libre-échange Canada-Union européenne. « Ce pays s'est toujours acquitté de ses responsabilités internationales et tant et aussi longtemps que je serai premier ministre, c'est ce que nous continuerons à faire. »

Ces commentaires du premier ministre canadien surviennent alors que, selon des sources de Radio-Canada, le Canada pourrait décider d'envoyer des avions CF-18 en guise de soutien à la coalition, dirigée par les États-Unis et destinée à lutter contre le groupe armé État islamique en Irak et en Syrie. Il est question que le premier ministre Harper tienne une réunion à ce sujet avec son Cabinet, la semaine prochaine.

« C'est essentiel que nous fassions notre part. C'est l'histoire de notre pays. On ne reste pas seulement spectateur. Ce serait tout à fait irresponsable. C'est la raison pour laquelle le Canada a contribué, vite. »

— Le premier ministre du Canada, Stephen Harper

En entrevue à l'émission 24/60, le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a assuré que la question de la participation à une mission de combat canadienne en Irak serait débattue au Parlement rapidement lorsque le Cabinet aura pris une décision. « Il est clair que s'il y a une mission de combat pour combattre l'État islamique, le Parlement va être convoqué, il y aura débat et il y aura vote de confiance sur le sujet », a déclaré le ministre.

M. Blaney a par ailleurs estimé que la menace djihadiste était présente à l'extérieur du Canada, mais également à l'intérieur. « C'est une menace potentielle avec laquelle nous devons composer, en particulier depuis les attentats contre le World Trade Center », a-t-il dit. « Ce que les services de renseignement observent, c'est une recrudescence - donc un plus grand nombre de jeunes - qui sont endoctrinés, un peu illuminés, et qui souhaitent quitter le pays pour s'adonner à des activités terroristes. »

« On ne peut pas négocier avec des gens qui veulent nous trancher la tête ou qui ne respectent pas les valeurs canadiennes d'égalité entre les hommes et les femmes, d'État de droit... »

— Steven Blaney, ministre de la Sécurité publique

Cette semaine, Washington a demandé au Canada de contribuer davantage au plan militaire dans la lutte que mène la coalition internationale contre le groupe armé État islamique. Stephen Harper avait alors dit qu'il n'écartait pas la possibilité d'y acquiescer « sous peu ».

Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, avait pour sa part déclaré jeudi, alors qu'il se trouvait aux Nations unies, que le fait de lancer d'éventuelles frappes aériennes équivaudrait pour le Canada à une mission de combat, ce qui doit passer par un vote à la Chambre des communes. « Le premier ministre a toujours été très clair que cela serait soumis au Parlement par un vote », a dit John Baird.

L'opposition fourbit ses armes

La perspective que le Canada joue un rôle plus actif dans une éventuelle salve de frappes aériennes lancée contre les militants djihadistes de l'EI ne plaît pas du tout au Parti libéral du Canada (PLC), comme l'explique Marc Garneau, porte-parole libéral en matière de défense.

« Pour le Parti libéral, les frappes aériennes sont hors de question. On s'attend la semaine prochaine à un débat. Si le gouvernement propose cela comme contribution, on votera contre. »

— Marc Garneau, porte-parole libéral en matière de défense

Du côté du Nouveau Parti démocratique, le chef Thomas Mulcair est sur ses gardes et fort mécontent que Stephen Harper ne soit pas plus limpide sur ses intentions dans ce dossier. « Si c'est aussi grave qu'ils le décrivent, c'est la fin de la civilisation dixit le secrétaire parlementaire aujourd'hui, ce n'est pas rien ça, dit M. Mulcair. Alors à ce moment-là, on s'étonne que ce ne soit pas une mission des Nations unies. Beaucoup de ça dépend de quelques pays en présence, ce n'est ni une mission de l'OTAN ni une mission des Nations unies. »

Un geste politique de la part du Canada

Pour le major général Terry Liston, retraité des Forces canadiennes, les Américains n'ont pas véritablement besoin des avions que pourrait leur fournir Ottawa, étant donné qu'ils ont leurs propres appareils. Ils n'auraient guère besoin, non plus, d'éventuelles forces terrestres, du fait qu'ils ont décidé de ne pas envoyer de troupes au sol. « C'est plutôt un geste politique que les Américains attendent du Canada », affirme M. Liston.

« Ce qui est le plus important pour les Américains, c'est la participation des Arabes sunnites. Ces derniers jours, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar ont envoyé des avions pour participer à des frappes aériennes. Ça, c'est plus important pour les États-Unis que le Canada, l'Australie ou l'Angleterre. »

— Le major général Terry Liston, retraité des Forces canadiennes

« [La constitution d'une coalition] évite de donner l'image que c'est une croisade menée par l'Occident. On veut donner l'image qu'on est là pour appuyer les Arabes qui veulent mettre de l'ordre dans leur maison », poursuit M. Liston.

Le dossier délicat de la Syrie

L'attention est présentement centrée sur l'Irak parce que tout le dossier lié à la Syrie est plus délicat, selon le major général Liston. « Pas un pays européen, pas même le Royaume-Uni, n'est prêt à aller en Syrie, explique Terry Liston. Même les États-Unis, leur stratégie c'est de se centrer sur l'Irak. Ils veulent détruire l'EI en Irak, qui menace les Kurdes dans le nord et qui est campé juste en dehors de Bagdad ».

L'État islamique en 7 points