DIVERTISSEMENT

Soleil dedans: Arthur H jase de lumière et de repères

24/09/2014 10:09 EDT | Actualisé 24/09/2014 10:34 EDT
Leonor Mercier

On avait proposé à Arthur H de jouer aux Îles de la Madeleine, un endroit où il n’était jamais allé. Il y a finalement offert deux spectacles en août 2013. Tant qu’à visiter le paradis, aussi bien en profiter. Il est donc demeuré quelques jours supplémentaires pour plonger dans la préparation de son disque Soleil dedans, qui paraît cette semaine. De toute évidence, il y a trouvé ce canal de poésie qu’il recherchait.

Dans un chalet très mignon style années ’50, situé en face de la mer, il a accouché d’une bonne partie des paroles de l’opus. «En gros, je faisais le tour de l’île, le jour, raconte dans un café montréalais le chanteur français de 48 ans. J’allais me nourrir de lumière et de sauvagerie. On m’avait indiqué des coins secrets. J’ai été particulièrement impressionné par la beauté des couleurs et la vivacité des rayons. C’était génial pour écrire.»

«Élever son niveau d’énergie»

Arthur H est ensuite rentré à la maison, à Paris, où il a travaillé de nouveau sur quelques chansons. Mais l’homme chassait le risque pour cet album, comme s’il voulait s’en nourrir. Ayant l’opportunité d’enregistrer une partie du disque au Centre Phi de Montréal, il a sauté de nouveau dans ses bagages.

«C’est une sorte de travail de performance, explique l’auteur-compositeur-interprète. Tout le processus a été filmé en direct durant une semaine. Sur les lieux, les gens pouvaient également assister aux moments d’excitation ou d’ennui, selon l’émotion et la période d’enregistrement. L’idée était de créer un échange particulier et intime.»

Durant toute la période de création de Soleil dedans, le passage au Centre Phi [du 29 janvier 2013 au 2 février 2014] fut une expérience unique, qui a épuisé, mais ravi le principal intéressé.

«Ce que je pense du processus créatif en général, c’est qu’il faut élever son niveau d’énergie. Le voyage est une stimulation parmi d’autres. On peut aussi rester chez soi ou encore participer à un projet stimulant comme celui au Centre Phi. Je trouve qu’un tel document fait dans un centre d’art contemporain est un projet vivant et pertinent.»

«Partir à l’aventure, c’est aussi une histoire de changer d’habitude pour surprendre le cerveau et ainsi le mettre dans d’autres circonstances. Perdre ses repères, c’est important pour trouver un bel état créatif.»

Aux dires d’Arthur H, c’est sensiblement la même logique au sujet des artistes qui ont travaillé avec lui sur l’album. Durant les nombreux séjours québécois d’Arthur H au fil des années, ce dernier a rencontré d’autres musiciens de talent, dont le bassiste Mishka Stein et le batteur Robbie Kuster, deux comparses de Patrick Watson avec lesquels il avait participé à un spectacle hommage de Lhasa de Sela, il y a deux ans. Il s’est aussi offert les services du génie hyperactif François Lafontaine (claviériste de Karkwa), qui lui a donné un bon coup de main à la réalisation et aux arrangements.

«Durant ce concert intense pour Lhasa au Rialto, j’ai adoré le son de ces gars [Kuster, Stein, Watson]. Il y avait une communion globale. Du coup, je me suis dit que je voulais faire de la musique avec eux. Quant à François, il arrivé dans le décor plus tard. C’est un excellent musicien complètement fou.»

Pour la chanson Tonnerre du cœur enregistrée en duo avec Patrick Watson, c’était différent. «Je suis arrivé chez lui en n’ayant aucune idée à part la ligne de piano. On a commencé à rêver ensemble. Dans un grand local très peu éclairé et rempli d’objets inconnaissables, on a enregistré nos voix. Patrick a mis un micro dans le piano. C’était très spontané. Et magique. On s’est vu deux fois. Au mixage, je n’ai mis aucun filtre. Seulement des sons enregistrés à Montréal qui ont été ajoutés par la suite.»

Attraper le rêve en spectacle

Nous avons eu l’occasion d’assister à un concert d’Arthur H présenté sur le toit de l’édifice Ubisoft, le 6 septembre. Tels des témoins privilégiés, la centaine de personnes réunies en ce lieu urbain unique (pour plus d’émotion, rien n’égale la description du collègue journaliste Sylvain Cormier, du Devoir) ont pu savourer ce Soleil dedans, qui se transpose foutrement bien sur les planches. Dès les premières notes de La caissière du super, on a pu apprécier la qualité de cette musique rayonnante de jazz, de rock, de folk, voire d’électro.

«C’est toujours la poursuite acharnée et légère d’attraper un rêve, dira plus tard Arthur H durant l’entretien. Tu vois ton rêve, tu l’attrapes, tu ouvres la main et quelques plumes s’échappent. Cette idée de saisir quelque chose d’intangible est particulièrement vraie pour Soleil dedans. On cherchait à faire le plus d’espace possible à l’intuition. C’est un peu effrayant, mais ça marche. Pour moi, ce disque a été un travail sur la non-inquiétude. C’est l’esprit dans lequel on se met qui détermine la réussite du projet. Je pensais qu’il serait encore plus roots, mais je l’aime bien. Surtout qu’il sera plaisant à partager sur la scène…»

Arthur H reviendra dans la Belle Province à l’hiver, pour mettre du Soleil dedans.

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Arthur H

Soleil dedans

DEP/Universal

Arthur H