La danse: une méthode peu conventionnelle pour contrer l'hypersexualisation chez nos jeunes

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Êtes-vous de ceux qui ont visionné les MTV Video Music Awards en famille dernièrement? Les artistes les plus en vogue y ont performé sur scène. Nous y avons vu notamment l’Américaine Nicki Minaj, renommée entre autres pour ses implants fessiers, simuler sur scène des actes à caractère sexuel explicites.

Les détracteurs diront que ce n’est que du simple divertissement pur et dur. Du divertissement façon 2014, si. Mais cela a de plus grandes répercussions que l’on ne le croit. Surtout d’un aspect sociologique. Les premières victimes? Les adolescents.

«Nous allons dans les écoles secondaires rencontrer les jeunes et pendant nos ateliers nous demandons aux filles de se mettre à danser, de « freestyler »: la première chose qu’elles font généralement c’est de se mettre le doigt dans la bouche de façon suggestive et se taper les fesses », explique Katrina Journeau, cofondatrice de PrimaDanse.

Propos horrifiants. Et pourtant, il faut se rendre à l’évidence la plus simple : les jeunes apprennent par imitation (théorie sociocognitive de Bandura) ou par conditionnement, stipulent les pédagogues.

Pour certains, cela a éveillé un son de cloche : il est temps d’intervenir. Deux danseuses de formation ont décidé de mettre sur pied un organisme à but non lucratif : Prima Danse. Le but est simple : sensibiliser les étudiants à l’hypersexualisation sociale, à l’homophobie et à l’affirmation de soi. À travers des ateliers, on fait visionner plusieurs vidéoclips populaires aux adolescents. On ne leur dit pas que l’atelier tourne autour de l’hypersexualisation sociale. On les fait plutôt réfléchir à ce sujet. Le visionnement terminé, on demande ensuite aux jeunes de danser sur certaines chansons. On les interroge sur les mouvements choisis. Une discussion s’en suit. « On leur demande, pourquoi fais-tu ceci ou cela en dansant? (gestes à caractères sexuels). Ils répondent que c’est parce que tout le monde fait çà et que donc, c’est normal… On leur fait comprendre que les artistes font souvent ça pour vendre plus d’albums, pour faire plus d’argent, que c’est une industrie où la compétition est féroce et qu’il y a surenchère » explique Katrina. « Nous leur disons, pourquoi alors danser ainsi dans une fête? Ils comprennent à ce moment que ce sont deux réalités complètement distinctes », affirme Katrina Journeau.

Celle-ci constate que les ados «sont soulagés d’entendre que leurs paires se sentent aussi mal à l’aise qu’eux à l’idée de reproduire ces mouvements de danse, qu’ils font tous cela car ils croient que c’est la norme ».

Les animateurs de Prima Danse sont de véritables modèles à émuler : jeunes, branchés, et sains. Au cours de l’atelier, ceux-ci demanderont aux jeunes de créer leur propre chorégraphie. Les étudiants doivent alors juger entre eux si tel ou tel mouvement de danse «passera le test»... Aucune connotation sexuelle ne sera acceptée. Le but ultime? Développer l’esprit critique – et ce, sans juger.

Le problème? Toujours un peu le même. Les parents bossent de longues heures et ne sont pas toujours disponibles pour discuter avec leurs ados lorsque ceux-ci visionnent des vidéoclips sulfureux (Anaconda de Nicki Minaj fait un tabac présentement) ou justement, pour aborder le sujet de la sexualité. « Avouons-le, plusieurs parents sont mal à l’aise d’aborder le sujet de la sexualité avec leur enfant », affirme Katrina. Voilà justement pourquoi un organisme tel que Prima Danse prend tout son sens dans une société où la surenchère du sexe bat son plein et la provocation fait vendre.

Pour la Dre Renee Lantot, sexologue & coach à Vancouver, ce ne sont pas nos enfants qui sont hypersexualisés, mais bien les médias. « Lorsqu’Elvis était vivant, sa musique et ses mouvements étaient considérés risqués. Lorsque j’étais plus jeune, nous avions Madonna (…) Elle a poussé la sexualité aussi loin que ses fans et la société ne le tolèrerait. Elle n’a jamais souhaité que son public lui tourne le dos, ni décevoir ses fans. Elle faisait semblant de se moquer de l’opinion des autres, mais ultimement, ce sont les profits qui mènent le bal. Rien n’a jamais changé ou ne va changer à cet effet, selon moi. Maintenant, nous avons une Miley Cyrus nue sur une boule de démolition dans le vidéoclip de Wrecking Ball. Et une Nicki Minaj qui veut sa part du gâteau ».

Elle renchérit : «Ce qui me préoccupe, c’est que les parents essaient de protéger leur progéniture, de ne pas leur permettre de bien comprendre ce qu’est la sexualité. Ils craignent que si les jeunes ont accès à ce type d’information, qu’ils soient enclins à être sexuellement actifs. Ça m’effraie, car maintenant nous avons des jeunes filles qui ont l’air beaucoup plus âgées qu’elles ne le sont réellement. Elles s’habillent et se comportent d’une certaine façon, mais en fait, d’un point de vu sexuel, elles n’ont aucune idée de comment se sortir d’une situation périlleuse».

« Les jeunes reproduisent ce qu’ils voient, simplement. Ils ne remarquent même plus à quel point il y a des connotations sexuelles notamment dans les vidéoclips, la musique, les médias, etc. » explique la fondatrice de l’organisme.

Et les experts, eux, qu’en disent-ils? ? «Cette survalorisation de l’apparence et de la séduction comme mode de rapport à l’autre comporte aussi des risques pour la santé physique des jeunes filles, dont les troubles alimentaires, l’utilisation récurrente de régimes amaigrissants dès le plus jeune âge, la consommation de drogue et d’alcool, le recours aux chirurgies esthétiques, les relations sexuelles » (Poirier. L; Garon. J, 2009, RCALACS).

Dans un monde où les médias nous bombardent constamment de jeunes lolitas sexuelles et où les stéréotypes masculins vont bon train, il est d’ultime importance de donner à nos adolescents les outils nécessaires pour développer leur pensée critique et leur affirmation de soi. Prima Danse en est un, avec des discussions touchant notamment aux médias sociaux (dont le choix des photos publiées sur Facebook).

L’hypersexualisation, un enjeu criant pour notre société, que nous ne pouvons plus ignorer.

Vous aimeriez proposer un atelier dans votre école ou votre milieu communautaire? Envoyez votre demande à l’adresse suivante : ateliers@evenementsprimadanse.com.

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