DIVERTISSEMENT

« Peter et Alice » chez Duceppe: un peu plus de merveilles, un peu moins de verbiage (CRITIQUE)

12/09/2014 09:50 EDT | Actualisé 12/09/2014 09:57 EDT
John Logan

L’auteur de la pièce Peter et Alice, John Logan, est reconnu pour avoir écrit une multitude de scénarios épiques, émouvants, magiques et pleins de nuances, tels The Aviator, Hugo, Gladiator, Skyfall et The Last Samouraï. Dommage que le drame imaginé autour des enfants ayant inspiré la création de Peter Pan et d’Alice au pays des merveilles ne soit pas à la hauteur de sa renommée.

Dès l’ouverture du rideau, Alice Liddell Hargreaves, 80 ans, et Peter Llewelyn Davies, 35 ans, se rencontrent à l’arrière d’une librairie, à l’aube d’une convention sur Alice au pays des merveilles. Désormais éditeur, Peter propose à la vénérable dame d’écrire ses mémoires, en prétextant comprendre véritablement le sort d’une personne à qui l’on a volé une part d’identité et d’innocence pour en faire une histoire.

Dépressif et refusant l’étiquette qu’on lui colle depuis des lustres, il tente de réveiller chez elle de douloureux souvenirs, alors qu’elle se dit sereine avec son existence. Une fois la gêne abandonnée, Alice et Peter entreprennent de longs dialogues sur leur enfance, la peur de grandir, le refus de vieillir et la nécessité de s’accrocher à la magie pour survivre au temps qui passe.

Ils discourent abondamment sur l’arrivée des écrivains Lewis Carroll et James Barrie dans leur vie et la nature parfois douteuse de leurs rapports: l’un ayant une affection toute particulière pour les jeunes filles, l’autre s’étant carrément approprié une famille.

Malgré l’intérêt manifeste des thématiques abordées, on a l’impression que l’auteur n’est pas allé au bout de ce qu’il avait à dire. Ou plutôt qu’il a pris beaucoup trop de mots pour dire beaucoup trop peu. Les dialogues sont intéressants, mais restent en surface. Le fait que Carl Poliquin (Peter) ne semble pas habité par la tristesse et la dépression qu’on entend dans les mots de Logan n’aide pas non plus à adhérer au propos. Et même si Béatrice Picard (Alice) possède le talent de mélanger la sagesse de l’âge à la candeur de la jeunesse, on n’arrive pas à s’intéresser réellement à leurs préoccupations.

Personnages fantasques

On salue l’ingéniosité de la scénographie, alors que les bibliothèques et les portes vitrées nous renvoient constamment le reflet d’Alice et Peter, eux qui ont passé leur vie dans le regard du public, sans correspondre tout à fait aux personnages qui sont devenus plus célèbres et plus intéressants qu’eux.

Ces personnages fantasques apportent plusieurs étincelles salutaires à la production. Avec ses allures de Capitaine Crochet et sa belle intensité, Jean-Guy Viau compose un James Barrie fascinant. Félix Beaulieu-Duchesneau interprète un Lewis Carroll à la fois vulnérable, merveilleusement décalé de la réalité, tout en étant inquiétant.

Mais ce sont Peter Pan et Alice au pays des merveilles eux-mêmes qui offrent les meilleurs moments du spectacle. Avec leur énergie du tonnerre, leur sens du punch, leur jeu physique et les étoiles au fond des yeux, Marie-Ève Milot et Sébastien René nous laissent avec le sentiment, ironique, que leurs personnages sont effectivement plus captivants que leurs alter ego. Chaque fois qu’ils ouvrent la bouche ou qu’ils s’amusent comme des enfants, on se dit qu’on les accompagnerait quelques heures, voire toute une vie, au pays imaginaire.

La pièce Peter et Alice est présentée chez Duceppe du 10 septembre au 18 octobre 2014. Cliquez ici pour plus de détails.

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