POLITIQUE

«L'homme derrière le noeud papillon»: les meilleurs extraits du livre d'Arthur Porter

11/09/2014 04:25 EDT | Actualisé 11/09/2014 04:25 EDT
CP

Le controversé Dr Porter ne veut pas se faire oublier. L'ancien PDG du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) publiera ses mémoires lundi. Le livre intitulé L'homme derrière le noeud papillon a été écrit depuis sa prison, avec l'aide du journaliste canadien T.R Todd. Voici les passages qui ont retenu notre attention.

Un texte de Thomas Gerbet

De sa cellule de La Joya, au Panama, où il est enfermé depuis mai 2013, un fin rideau sépare Arthur Porter de neuf autres détenus. En plus de son lit, d'une lampe et d'un ventilateur, il a gardé son stéthoscope pour s'autoausculter. « J'ai un cancer du poumon en phase terminale », écrit-il. « Il m'arrive de cracher du sang ».

Arthur Porter cherche à s'expliquer, à dévoiler sa personnalité, aussi atypique que son parcours. De la diplomatie africaine, aux affaires avec la Russie, en passant par les corridors de l'ONU, il raconte avoir côtoyé les grands de ce monde, comme Bill Clinton et George W. Bush. Sa carrière au Canada, dans les services de renseignements et le milieu de la santé l'ont mené à fréquenter les plus hautes sphères de l'État.

Le Dr Porter est accusé d'avoir fui à l'étranger et d'avoir bénéficié de pots-de-vin de la part de l'entreprise SNC-Lavalin pour qu'elle obtienne le contrat de 1,3 milliard de dollars pour la construction du mega-hôpital. La fraude, estimée à plus de 22 millions de dollars, serait la plus importante affaire de corruption de l'histoire du Canada, selon un enquêteur de la Sûreté du Québec, interrogé à la commission Charbonneau.

Philippe Couillard

Arthur Porter raconte que rapidement après son arrivée à la tête du CUSM, en 2004, il a commencé à fréquenter régulièrement Philippe Couillard, alors ministre de la Santé du Québec et lui-même médecin. « On se rencontrait pour dîner, quelques fois par semaine ». Le Dr Porter raconte avoir même soupé une fois, à l'appartement du couple Couillard à Québec. « J'ai même dormi sur place », raconte-t-il.

« Il y a eu une période où Couillard m'appelait tous les jours, en me demandant ce que je pensais de tel dossier ou de telle décision. Je me suis rendu compte qu'il avait besoin d'approbation. Couillard voulait qu'on lui dise qu'il faisait du bon travail. En ce qui concerne les soins de santé, Couillard et moi étions rarement en désaccord »

— Arthur Porter, extrait du livre The Man Behind the Bow Tie

Les deux hommes auraient partagé plusieurs voyages de pêche. Comme Philippe Couillard était ministre, il devait se déplacer dans un véhicule du gouvernement, avec chauffeur. « Habituellement, c'était une fourgonnette conduite par un membre de la sécurité, le coffre rempli d'équipements de pêche », raconte Arthur Porter. « Une fois, on est allé au Nouveau-Brunswick pêcher le saumon. Une autre fois, lui et moi avons voyagé par hélicoptère à l'île d'Anticosti (...). Couillard et moi avons partagé une cabane en bois rond ».

Le cabinet du premier ministre du Québec réfute plusieurs affirmations contenues dans le livre, notamment sur ces voyages de pêche. « Le premier ministre n'est jamais allé à Anticosti de sa vie. L'affirmation est donc fausse », écrit le porte-parole Harold Fortin. « Tout le monde sait qu'il y a plusieurs années, ils sont allés à un voyage de pêche à la suite d'une invitation du gouvernement du Nouveau-Brunswick qui était présent lors d'un symposium organisé par le CUSM. M. Couillard n'a plus aucun contact avec M. Porter depuis très longtemps. Ce dossier est donc clos pour nous ».

Stephen Harper

Arthur Porter ne s'en cache pas, il est conservateur. C'est d'ailleurs pour ça qu'il porte le noeud papillon bleu. Il affirme qu'il croisait souvent le premier ministre à Ottawa, lors d'événements, et « très occasionnellement en tête à tête ». « La plupart du temps, notre association était indirecte. (...) J'entendais par d'autres qu'il me soutenait. Je ne le dérangeais pas, et je pense qu'il appréciait cette façon de faire ».

En 2010, le Dr Porter devient président du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité, un organisme indépendant qui surveille de l'extérieur les activités du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). À la même époque, Stephen Harper lui aurait demandé de faire du lobbying à l'ONU auprès des pays des Caraïbes et de l'Afrique pour l'obtention d'un siège pour le Canada. La tentative s'est soldée par un échec.

Le bureau du premier ministre du Canada a fait savoir que Stephen Harper n'a jamais eu de conversation privée avec Arthur Porter et que ces affirmations sont fausses.

« Harper ressemblait plus à comptable ou un économiste qu'à l'archétype du leader d'une nation. (...) Il n'était pas expressif, sociable ou charismatique. Quand il est arrivé au pouvoir [en 2006], son équipe lui a fait suivre des cours pour apprendre à sourire »

— Arthur Porter, extrait du livre The Man Behind the Bow Tie

Taquin, Arthur Porter rappelle qu'en 2008, il a été élevé au rang de membre du Conseil privé de la Reine pour le Canada. « Je suis devenu l'Honorable Arthur Porter (...). Quand je mourrai, le drapeau au-dessus du Parlement sera mis en berne ».

SNC-Lavalin et les affaires internationales

Arthur Porter explique que dès 2005, quelques mois après sa prise de fonction au CUSM, SNC-Lavalin lui demande de l'aider dans son expansion internationale. « Mes liens et mes affaires en Afrique étaient bien connus et ils me considéraient utile comme consultant ». Porter accepte : « la gestion au jour le jour d'un mega-hôpital allait devenir moins excitante que sa construction. J'avais déjà commencé à préparer la suite de ma carrière en affaires à l'international ».

Au téléphone avec Kadhafi

À l'été 2011, il reçoit un appel de son « ami », Riadh Ben Aïssa, cadre chez SNC-Lavalin. Il lui demande un service au nom de Pierre Duhaime, le PDG de la compagnie, un homme que Porter « respectait beaucoup » pour son « charisme ». À ce moment, les affaires de SNC-Lavalin en Libye sont menacées par la guerre.

« Pierre et moi, on a besoin d'une faveur », lui demande Riadh Ben Aïssa. « On est à Tripoli [capitale de la Libye] présentement. Saadi [Kadhafi, le fils du colonel] est dans la pièce à côté. On est en train de lui parler de cette foutue guerre. J'ai besoin que tu lui parles. Essaie de le convaincre d'intervenir auprès de son père ».

Arthur Porter s'exécute et appelle Saadi Kadhafi :

- « Bonjour M. Kadhafi. Comment ça va ? »

- « Et bien... on est au milieu d'une guerre. (...) Je n'ai aucun doute que nous sortirons victorieux »

- « D'après ce que je vois, ce sera très difficile pour vous de gagner la guerre », lui dit-il. « Avez-vous déjà pensé à vous compromettre? »

- « Me compromettre? Que voulez-vous dire? »

- « Vous savez bien que les rebelles n'accepteront jamais que votre père reste au pouvoir »

- « Qu'est ce que vous êtes en train de dire? », crie le fils Kadhafi. « Je devrais me retourner contre mon père? »

- « Non, Saadi », lui répond Arthur Porter calmement. « Je pense que vous devriez être à la fois son ami et son ennemi. Vous devez être son frenemy »

Les affaires dans le sang

« Pour moi, réseauter et conclure des affaires était orgasmique. J'attirais le poisson vers moi ». Arthur Porter raconte avoir toujours eu la passion des affaires, à un degré presque maladif. Il raconte qu'à 12 ans, il avait acheté des images pornographiques lors d'un voyage au Danemark, qu'il avait ensuite revendues aux garçons de son école de Nairobi, au Kenya.

« Ma mère avait raison. Peut-être que je faisais tout trop trop vite ». Arthur Porter se compare au personnage d'Icare dans la mythologie grecque, qui s'est brûlé les ailes en s'approchant trop près du soleil. « Peut-être que le soleil m'apparaissait trop brillant et séduisant (...) Je voulais seulement voir jusqu'à quelle hauteur je pouvais voler ».

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