DIVERTISSEMENT

Alain Zouvi: jouir ou mourir dans Le Prince des jouisseurs (ENTREVUE)

11/09/2014 10:57 EDT
Courtoisie

Voir Alain Zouvi interpréter du George Feydeau n’a rien de nouveau. Depuis vingt-cinq ans, le comédien a défendu les histoires du maître du vaudeville dans Le Tailleur pour dames, Un fil à la patte, La puce à l’oreille, L’Hôtel du libre-échange et Le Dindon, qu’il a joué en 1994 et plus récemment en 2012. Là où Le Prince des jouisseurs se démarque, c’est dans la possibilité non pas de jouer du Feydeau, mais bien Feydeau en personne.

Le comédien le dit d’emblée, il se sent chez lui dans l’univers du dramaturge français. « J’aime particulièrement que ses personnages ne réfléchissent jamais: ils agissent et se questionnent ensuite. Ses pièces se déroulent à une autre époque, mais je trouve que l’humain s’y retrouve encore beaucoup, dans sa complexité, ses failles et ses erreurs. »

Possédant certaines caractéristiques des vaudevilles si chers à Feydeau, Le Prince des jouisseurs est avant tout un hommage tragi-comique à l’homme de lettres. L’auteur de la pièce, Gabriel Sabourin, a imaginé un Feydeau dépassé par la réalité, victime d’une mémoire défaillante et troublé par l’inefficacité de ses charmes sur la femme de chambre, la visite inopinée de son ex-femme et les problèmes de son fils. Ayant l’habitude de jouir de la vie et de rire au nez de l’existence, l’homme est ici confronté à un esprit brouillon et une fin de vie moins joviale qu’il ne l’espérait.

« On entre dans sa tête et dans son délire, alors qu’il est hanté par sa famille et certains personnages de ses pièces. Il réalise peu à peu qu’il est malade et qu’il ne pourra plus écrire. C’est un drame gigantesque pour un homme qui a dédié sa vie à l’écriture de théâtre. Mais l’être humain est complexe… J’ai moi-même accompagné des gens vers la mort, et tout comme eux, le personnage réalise quelques semaines avant de mourir que ce qui va lui manquer le plus, ce n’est pas sa capacité à créer, mais les gens qui lui sont chers. »

« La pièce est constituée de grands moments d’amour, de tendresse et d’humanité incroyable. Les dernières minutes du spectacle sont particulièrement touchantes, mais ce n’est pas un drame en tant que tel. Le public est convié à une fête. Feydeau a célébré sa vie en vivant comme un fou et en brûlant la chandelle par les deux bouts. Il veut continuer ainsi jusqu’à la fin. »

Fin connaisseur du style de l’auteur, Alain Zouvi affirme que le texte de Gabriel Sabourin est troublant de similitudes. « Quand je l’ai lu la première fois il y a six ans, j’ai été épaté! Tant au niveau du style et du rythme, c’est comme si Feydeau était passé à travers lui pour écrire la pièce. Ça m’a bouleversé et j’ai voulu jouer ça. »

Sabourin fait lui-même partie de la distribution, qui est complétée par Frédéric Desager, Marie-Pier Labrecque, Hélène Mercier, Jonathan Michaud, Geneviève Rioux et dirigée par Normand Chouinard.

2014, revue et corrigée

Peu de temps après la dernière représentation du Prince des jouisseurs, Zouvi retrouvera le Rideau-Vert pour la traditionnelle Revue et corrigée, à titre de metteur en scène pour une deuxième année. N’ayant aucune idée de la teneur des textes, qui se collent le plus possible à l’actualité, il sait cependant où il veut aller avec la production.

« Je veux beaucoup de numéros très courts, un peu à l’image du rythme de Feydeau. Comme Denise Filiatrault, j’aime les punchs rapides. On ne réfléchit pas et on y va. Évidemment, on va garder l’allure d’une revue, avec ce que ça implique de chansons, de chorégraphies et des sujets d’actualité abordés à travers des caricatures d’œuvres populaires. Je veux aussi continuer de jouer avec l’écran pour inclure la vidéo, des fausses publicités et des dialogues avec les acteurs sur scène. »

La pièce Le Prince des jouisseurs (16 septembre au 11 octobre) et le spectacle 2014 Revue et corrigée (25 novembre au 20 décembre) seront présentés au Rideau-Vert. Cliquez ici pour plus de détails.

Le prince des jouisseurs