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Commission Charbonneau: le Touch au service d'un projet trouble de dézonage à Terrebonne?

08/09/2014 09:38 EDT | Actualisé 08/09/2014 10:44 EDT
CEIC

Tony Accurso a invité deux fois sur le Touch le maire de Terrebonne alors même qu'il s'était engagé avec la SOLIM pour faire du développement immobilier sur des terrains, ce qui nécessitait leur dézonage par le conseil municipal.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

Tony Accurso a dû reconnaître qu'il a invité Jean-Marc Robitaille sur son bateau non pas une, mais deux fois, et à ses frais, en février 2006 et mars 2008, en compagnie de l'entrepreneur Normand Trudel et de l'ingénieur Aurèle Théberge, qui bénéficieront du même traitement.

Les terrains dont il s'agit sont ceux de l'ancienne pépinière de la Ville de Montréal, soit quelque 12 millions de pieds carrés zonés agricoles, achetés par la SOLIM en 2005 pour 2,5 millions et vendus en 2010 à Tony Accurso.

La commission a présenté une proposition de partenariat de financement de février 2007 du bras immobilier du Fonds de solidarité de la FTQ (SOLIM) avec Louisbourg, une entreprise de M. Accurso, en vue de faire éventuellement du développement immobilier sur ces terrains.

Mais M. Accurso nie que la présence du maire Robitaille sur son bateau soit en lien avec ce projet de développement et, s'il reconnaît que la capacité de rezoner les terrains revient au conseil municipal, il ajoute qu'à sa connaissance, plusieurs autorisations gouvernementales sont nécessaires, et n'ont pas encore été obtenues.

Il ajoute s'être lui-même peu intéressé à ce dossier, ne pas avoir de souvenir de cette entente, est s'est dit surpris lorsque la commission a présenté un autre document de la SOLIM dans lequel il est dit : « ce dossier était' ''géré'' directement par monsieur Accurso car aucun chargé de projet chez lui n'était au courant du dossier ».

Peu de temps, et beaucoup de questions

La procureure en chef Sonia LeBel a fait savoir vendredi dernier qu'elle comptait interroger l'entrepreneur jusqu'au début de l'après-midi, au plus tard. Les avocats du Parti québécois et du Parti libéral ont déjà annoncé qu'ils entendaient le contre-interroger par la suite.

Bien que le séjour de l'homme d'affaires à la barre des témoins tire à sa fin, de nombreux sujets n'ont pas encore été abordés de front.

M. Accurso n'a par exemple pas été questionné en profondeur sur ses liens avec le crime organisé. Il a pourtant dit lui-même que le défunt parrain Vito Rizzuto et son fils Nick étaient de « petits contacts »dans son carnet d'adresses. La commission a en outre fait entendre une écoute électronique de 2009 dans laquelle l'homme d'affaires John Lebouthillier indique au président de la FTQ Michel Arsenault qu'il existe une photo de l'entrepreneur donnant l'accolade à M. Rizzuto.

M. Accurso n'a pas été questionné non plus sur les pratiques de collusion déjà mises au jour à la Ville de Montréal. L'analyste-enquêteur Guy Desrosiers avait par exemple souligné en février 2013 que quatre entreprises avaient récolté plus de 56 % des contrats octroyés par l'administration municipale en 2005. Le plus important de ces quatre groupes était Simard-Beaudry et Louisbourg, qui remportait près d'une soumission sur quatre.

La commission n'a pas davantage discuté des contrats que ces deux entreprises obtenaient du ministère des Transports du Québec (MTQ).

Le directeur adjoint à la recherche de la commission, Martin Comeau a montré en avril dernier que Simard-Beaudry et Louisbourg étaient les plus importants constructeurs de structures du MTQ, avec 34 contrats totalisant 328 millions de dollars entre les années 1997-1998 et 2011-2012 et pointaient au sixième rang des plus importants constructeurs de routes du Québec, avec 21 contrats totalisant 284 millions de dollars au cours de la même période.

Selon les chiffres présentés à la commission la semaine dernière, les employés des entreprises du groupe de M. Accurso et leurs proches ont donné 748 000 $ entre 1998 et 2011 aux grands partis politiques du Québec, le PLQ se taillant la part du lion avec 556 00 $. M. Accurso a déjà expliqué que ces dons au parti alors dirigé par Jean Charest avaient été sollicités par l'homme d'affaires Marc Bibeau. Ce dernier pouvait lui demander directement des dizaines de milliers de dollars.

L'avocat du Parti libéral, Me Michel Décary, voudrait possiblement revenir sur cet aspect lors de son contre-interrogatoire. Sa collègue du Parti québécois, Me Estelle Tremblay, voudra possiblement revenir sur les allégations de M. Accurso selon lesquelles la première ministre Pauline Marois aurait demandé à Hydro-Québec de ne plus donner de contrats à ses compagnies dans les jours qui ont suivi son arrivée au pouvoir, en septembre 2012.

Selon le porte-parole de la commission, cette semaine d'audiences devrait être la dernière consacrée aux témoins de faits. Après le témoignage de M. Accurso, quelques témoins seront appelés à la barre pour un bref volet consacré à Hydro-Québec. Une nouvelle phase des travaux, consacrée à des présentations d'organismes de surveillance (Unité permanente anticorruption, Sûreté du Québec, Directeur général des élections du Québec, etc.), pourrait se mettre en branle dès cette semaine.

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