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Commission Charbonneau: Tony Accurso pilier du financement sectoriel au PLQ

05/09/2014 10:05 EDT
CEIC

Tony Accurso a versé pas moins d'un demi-million de dollars au Parti libéral de Jean Charest, à la demande de son grand argentier Marc Bibeau, a révélé la commission Charbonneau. L'entrepreneur a souligné que pour se rapprocher du politique, ce qu'il faut, c'est « un chèque ».

Un texte de Bernard Leduc

L'entrepreneur, qui donnait aussi dans une moindre mesure aux autres partis, a soutenu l'avoir fait uniquement par crainte d'être exclu des contrats publics.

Selon les chiffres présentés à la commission, les employés de ses entreprises et leurs proches ont donné 748 000 $ entre 1998 et 2011, le PLQ obtenant la part du lion : 556 000 $

« C'est quelque chose que mon père m'a appris : ne demande pas à un politicien de t'aider, demande-lui de ne pas te nuire. »

— Tony Accurso

Tony Accurso affirme d'ailleurs n'avoir jamais subi les foudres des partis, à moins qu'il soit prouvé que c'est à la demande du PQ qu'Hydro-Québec l'a écarté de ses contrats en 2012, comme il l'a dit jeudi. Il en déduit d'ailleurs que s'il avait donné plus, on ne lui aurait pas nui.

Il nie donc, comme l'affirme John Lebouthillier dans une conversation enregistrée du 20 mars 2009 avec le président de la FTQ Michel Arsenault, que ses entreprises aient été écartées une première fois des soumissions publiques sous un précédent gouvernement péquiste (1994-2003) à l'instigation de Serge Ménard, ou encore qu'il ait fait des démarches auprès des libéraux pour être remis sur une liste qui, croit-il, n'existe pas.

« Accurso a été voir Charest quand il a été élu en 2003 et il a été suivi personnellement qu'il l'aurait remis sur la liste. »

— John Lebouthiller

Dans l'écoute du 20 mars 2009, M. Lebouthillier dit aussi que « la police a une photo d'Accurso et Vito Rizzuto qui se donnent l'accolade ». M. Accurso a déjà désigné le défunt parrain comme étant un « petit contact ».

Marc Bibeau, l'incontournable

Tony Accurso a expliqué que la brusque hausse de ses dons au PLQ, qui correspond dans le temps à la tenue d'un cocktail libéral à son restaurant L'Onyx en 2001 - où a été prise la fameuse photo de MM. Charest et Accurso - « est sûrement dû au fait que Marc Bibeau ( de Shockbéton ) devient l'argentier du parti. »

« Marc Bibeau c'est un gars que je connais parce mon entreprise et la sienne font affaire ensemble parce qu'on achète des poutres de béton de Shockbéton », a-t-il expliqué.

« Il m'a appelé personnellement, j'ai été le rencontrer à son bureau et il m'a demandé ces sommes-là année après année. »

— Tony Accurso sur Marc Bibeau

Tony Accurso a expliqué que ses employés faisaient alors des chèques de 3000 $ que ses entreprises remboursaient, ce qui fait de ces donateurs, incidemment, des prête-noms.

La collecte auprès des employés était faite par son vice-président finances, Charles Caruana : « Il collectait le montant : si c'était, par exemple, 25 chèques de 3000 $, il était chargé d'aller voir 25 employés ».

Il soutient cependant n'avoir jamais dit à M. Bibeau qu'il les remboursait, mais les sommes lui étaient remises dans une enveloppe d'entreprise.

« C'était connu que c'était lui qui s'occupait de solliciter probablement certaines compagnies qu'il connaissait. »

— Tony Accurso sur Marc Bibeau

« Ce que vous voyez là c'est les montants qui nous ont été demandés », par M. Bibeau a dit l'entrepreneur en désignant le tableau des dons aux partis ci-dessous, précisant que dans 90 % des cas les donateurs ont été remboursés.

« J'aimerais ça que tu me trouves 25 000 $ ou 30 000 $ », pouvait par exemple lui dire ce dernier.

L'entrepreneur a expliqué sinon que personne du PQ ne l'a approché pour participer à un stratagème similaire.

Un souper avec Jean Charest et son argentier

Tony Accurso soutient qu'à l'époque, il ne connaissait pas la teneur du lien entre Marc Bibeau et Jean Charest, mais en déduisait que le patron de Shockbéton avait la confiance du chef du PLQ, du fait de ses fonctions.

L'entrepreneur affirme avoir lui-même peu fréquenté M. Charest, soulignant avoir eu un bref souper une fois avec lui, outre le cocktail de 2001.

« Je ne peux pas dire que je connais Jean Charest, il n'est même pas dans ma liste de contacts. »

— Tony Accurso

Le souper a eu lieu à la suggestion de Marc Bibeau et s'est déroulé entre les trois hommes. M. Accurso pense que Jean Charest n'était pas encore, à l'époque, premier ministre et qu'ils ont pour l'essentiel parlé de la FTQ : « Il voulait savoir qui était Henri Massé, quel genre de gars c'était ».

Il soutient n'avoir jamais obtenu d'informations de Marc Bibeau qui auraient pu l'aider pour de futurs contrats, sinon des choses « extrêmement générales ».

Tony Accurso a incidemment ajouté que contrairement aux autres entrepreneurs, il évitait les cocktails politiques qu'il voyait comme « une perte de temps totale ».

Pour se rapprocher du politique, a-t-il souligné, ce qu'il faut, c'est « un chèque ».

Accurso parmi les plus généreux

Les dons politiques faits par les entreprises d'Accurso sont d'un niveau inégalé par les entrepreneurs ayant reçu le plus de contrats du ministère des Transports du Québec, avait déjà démontré la commission Charbonneau en avril dernier.

Le directeur adjoint à la recherche de la commission, Martin Comeau avait montré que Simard-Beaudry et Louisbourg étaient les plus importants constructeurs de structures du MTQ, avec 34 contrats totalisant 328 millions de dollars entre les années financières 1997-1998 et 2011-2012.

Les entreprises de M. Accurso arrivaient aussi au sixième rang des plus importants constructeurs de routes du Québec, avec 21 contrats totalisant 284 millions de dollars au cours de la même période.

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