POLITIQUE

Compressions budgétaires: les commissaires scolaires offrent 10% de leur salaire aux élèves

01/09/2014 01:39 EDT | Actualisé 01/09/2014 01:39 EDT
Getty Images

Les commissaires scolaires de Sorel-Tracy ont trouvé une façon inusitée de dénoncer les compressions imposées par le ministère de l'Éducation. Ils ont accepté à l'unanimité que leur salaire soit amputé de 10 % pour que l'argent soit réinvesti dans les services aux élèves de leurs écoles. Ce serait une première au Québec.

Un texte de Marie-Ève Maheu

Les 19 commissaires élus verseront ainsi 3370 $ d'ici les élections scolaires du 2 novembre. Une goutte d'eau dans l'océan sur un budget de 70 millions de dollars, reconnait la commissaire Sylvie Labelle, qui a proposé l'idée. Mais pour elle, il s'agit avant tout d'un cri du coeur.

« Le gouvernement dit : "Non, non, on ne coupe pas dans les services aux élèves, on coupe dans le gras. Pis il y a encore du gras, pis encore du gras." Mais il n'y en a plus de gras, là! »

— Sylvie Labelle

La commission scolaire a dû adopter cette année un budget déficitaire et se contraindre à couper dans les services aux élèves : il n'y aura pas d'aide aux devoirs, pas d'achat de nouveaux livres, et beaucoup moins d'activités parascolaires auront lieu dans les écoles de la région. La commission va plutôt prioriser le maintien des services professionnels, comme les psychoéducateurs et les psychologues.

« C'est sûr qu'il y a un effet domino qui se rend à la réussite des élèves », se désole Sylvie Labelle.

Cet effet inquiète le professeur en éducation à l'Université Laval et spécialiste de la réussite scolaire Égide Royer. « Ce qui s'appelle les services aux jeunes les plus vulnérables, quand vous avez à couper quelques millions dans le réseau, c'est toujours là que ça tombe! » constate-t-il.

Mais il sait que les commissions ont peu ou pas de marge de manoeuvre. « Vous ne pouvez pas couper dans le personnel enseignant, c'est protéger par ratio, ni vraiment ailleurs », dit-il.

Le ministère de l'Éducation salue l'initiative des commissaires de Sorel-Tracy, mais continue d'affirmer que la priorité est de conserver les services aux élèves, malgré les compressions.

Les commissaires scolaires de Sorel-Tracy gagnent de 6000 $ à 8000 $ par année. Le salaire du président avoisine quant à lui les 18 000 $.

« Un symptôme d'une maladie grave »

Le président de la Fédération des comités de parents du Québec, Gaston Rioux, croit que l'initiative des commissaires montre à quel point le réseau d'éducation public est malade.

« C'est un symptôme d'une maladie grave qu'on vit présentement : les compressions. Le réseau public de l'éducation est rendu au bout du rouleau. On a eu à subir des compressions dans les dernières années. On a diminué ou enlevé des services aux jeunes. C'est rendu grave de couper son salaire pour contribuer à la mission de l'organisation. »

Selon M. Rioux, plus personne ne doute que les millions de dollars de compressions dans les commissions scolaires ont un impact sur les élèves.

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