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« Opening Night » au Quat'Sous : Sylvie Drapeau joue une actrice effrayée par son déclin (ENTREVUE)

28/08/2014 04:48 EDT | Actualisé 28/08/2014 04:48 EDT
Courtoisie

En 1977, Gena Rowlands donnait vie à Myrtle Gordon, une actrice terrassée par la peur de vieillir, de devenir banale et de mourir, dans le film Opening Night, de John Cassavetes. Près de 40 ans plus tard, Sylvie Drapeau reprendra le rôle mythique sur les planches du Quat’Sous, dans une adaptation signée Fanny Britt.

Il y a bientôt cinq ans, la comédienne participait à la création de Chambres, sous la direction d’Éric Jean. Lors d’un exercice d’improvisation, elle s’est souvenue d’une phrase marquante d’Opening Night, où Myrtle se demande si les acteurs sont plus vrais dans la vie ou lorsqu’ils jouent.

Non seulement la phrase s’est retrouvée dans la pièce Chambres, mais elle a donné envie au metteur en scène d’adapter le film pour le théâtre. Une idée qui a tout de suite plu à Sylvie Drapeau. « Dans la vingtaine, j’étais une grande admiratrice des films de Cassavetes et de ses questions sur la vérité. Ça me fascinait, en tant que jeune comédienne. Quand Éric m’a parlé de son projet d’adaptation, j’ai embarqué sans hésiter. »

Dans Opening Night, Myrtle Gordon voit une jeune admiratrice se faire frapper mortellement par une voiture, alors qu’elle tente de la rejoindre pour obtenir un autographe. Dès cet instant tragique, l’actrice imagine sa fin.

« Myrtle n’est pas une actrice sur son déclin, mais les événements et la pièce dans laquelle elle joue au même moment la rendent malade. L’auteure de la pièce, Sarah, écrit des choses profondément pessimistes. Elle affirme qu’après un certain âge, on n’est plus dans le coup de la passion amoureuse et qu’il faut accepter que c’est fini. Myrtle n’est pas d’accord et ça la rend folle de rage! »

« Elle a 50 ans dans la vie et non 70 ans comme son personnage, et elle refuse de jouer les grands-mères ou les personnages sans espoir. Dans sa tête, si elle est convaincante dans ce genre de rôles, sa carrière va devenir limitée, parce que le public va croire que c’est ce qu’elle est vraiment en tant que personne. Myrtle veut encore jouer les amoureuses et avoir une véritable quête au lieu de simplement jouer l’âge en tant que tel. »

Bien qu’il existe autant de façons d’exercer le métier que d’interprètes, le défi de jouer une actrice s’est avéré parfois confrontant et déstabilisant pour Sylvie Drapeau. « Durant les répétitions, on se demandait quelques fois si c’était mon personnage ou moi qui s’exprimait. Ça donnait lieu à plusieurs quiproquos très drôles. »

« Mais ça peut aussi être délicat pour un acteur de jouer un acteur. L’autre jour, en répétant une scène, j’ai trouvé ça très violent. Comme le théâtre ne donne pas dans la tiédeur et que j’étais placée dans une situation limite, il fallait que j’arrive à trouver une distance face à tout ce qu’éprouve mon personnage. »

L’adaptation théâtrale offrait également un grand défi, quant aux lieux représentés dans le film de Cassavetes. « Parfois, l’histoire évoque une répétition, une scène devant public et tellement de lieux dans le quotidien des acteurs, qui peuvent être montrés dans de brèves scènes au cinéma, que ça devient complexe au niveau de la scénographie. »

« Éric a choisi de représenter les différents lieux avec un travail de lumières et de musique durant les transitions, où nous bougeons nous-mêmes les décors. C’est la seule grande différence avec le film, puisqu’on ne pouvait pas adapter les dialogues. C’est pratiquement une traduction du film qu’on a théâtralisée. »

Opening Night sera présentée au Quat’Sous du 2 au 27 septembre 2014. Cliquez ici pour plus de détails.