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L'armée russe est-elle en Ukraine? Des femmes de soldats interpellent les autorités

28/08/2014 11:23 EDT | Actualisé 28/10/2014 05:12 EDT

Plusieurs dizaines d'épouses de soldats russes ont tenté de manifester jeudi pour exiger des autorités russes des explications sur le sort de leurs proches, alors que se multiplient les accusations d'intervention militaire russe en Ukraine.

Les jeunes femmes, la plupart âgées d'une vingtaine d'années, certaines venues accompagnées d'enfants en bas-âge, se sont rassemblées près de la base militaire du 331e régiment de la 98e division aéroportée, à Kostroma, à 330 kilomètres au nord de Moscou.

Mais les autorités russes leur ont interdit de brandir des banderoles, raconte à l'AFP Valeria Solokova, épouse de l'un des soldats du régiment.

Avec environ 350 de ses camarades et 50 autres soldats de la base proche d'Ivanovo, le mari de Mme Solokova a été envoyé pour participer à des exercices militaires à la frontière russo-ukrainienne, mais n'a pas donné signe de vie depuis.

En début de semaine, quinze soldats sont revenus, blessés, et d'autres dans des cercueils, assure-t-elle. Son mari, quant à lui, ne figure ni sur la liste des morts ni sur celle des blessés.

"Un Cargo-200 est arrivé à Kostroma hier", confie Mme Sokolova, faisant allusion au code militaire utilisé pour évoquer le corps d'un soldat tué.

- "je reviendrai" -

Aucune information ne filtre sur le sort des soldats partis de Kostroma, et les commandants du régiment refusent de confirmer qu'ils se battent en Ukraine.

"La seule chose qu'ils acceptent de nous dire, c'est qu'ils ne sont pas en Russie", regrette Mme Sokolova.

Selon la présidente du Comité des mères de soldats russes, Valentina Melnikova, citée jeudi par la chaîne de télévision d'opposition Dojd, près de 15.000 soldats russes combattent en Ukraine auprès des séparatistes prorusses.

La Russie a toujours démenti les affirmations de Kiev et des Occidentaux selon lesquelles elle aurait envoyé des hommes combattre aux côtés des séparatistes dans l'est de l'Ukraine.

Kiev et Washington ont accusé jeudi la Russie d'intervention directe dans l'est de l'Ukraine, en proie à de violents combats.

Plusieurs médias indépendants russes ont fait état de funérailles tenues en secret de deux parachutistes dans le nord de la Russie, citant des proches affirmant qu'ils avaient été tués en Ukraine où officiellement la Russie n'a pas déployé de troupes.

"Ces informations sont actuellement vérifiées par les autorités compétentes", a déclaré mercredi soir le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par l'agence de presse officielle Itar-Tass.

Dans sa dernière conversation téléphonique avec sa femme, le mari de Mme Sokolova lui avait annoncé qu'il avait reçu l'ordre de quitter sa base en camion, avec des vêtements d'hiver, tandis que ses camarades partaient "à bord d'un tank", mais sans préciser leur destination.

"Il m'a dit +je reviendrai, je t'aime+", se souvient Mme Sokolova, qui s'était alors étonnée de l'inhabituelle émotion avec laquelle son mari avait prononcé ces mots.

- "Vos enfants seront fiers" -

A l'une des portes de la base militaire, un homme, en tenue civile, tente de rassurer les épouses et mères des soldats.

"Vos enfants seront fiers de leur père", dit-il à l'une d'entre elles, refusant de discuter avec la presse. "Ce sont d'honnêtes combattants russes".

Olga Garina, mère du soldat Egor Potchoiev, a raconté au téléphone à l'AFP que son fils était "dans un centre de détention à Kiev", précisant qu'il participait à un exercice militaire, mais s'était ensuite retrouvé en Ukraine.

Kiev avait annoncé en début de semaine avoir capturé dix parachutistes russes qui se trouvaient sur son territoire, à une vingtaine de kilomètres de la frontière. "Un accident", a assuré une source militaire russe aux agences de presse officielles.

Moscou avait envoyé de nombreux soldats en Crimée avant son rattachement en mars dernier, en niant leur présence dans un premier temps. Un démenti qui avait rappelé l'invasion soviétique de l'Afghanistan en 1979, lorsque l'URSS avait aussi refusé pendant plusieurs mois de reconnaître qu'elle était en guerre contre Kaboul.

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