NOUVELLES

Erdogan investi nouveau président de Turquie, colère de l'opposition

28/08/2014 08:21 EDT | Actualisé 28/10/2014 05:12 EDT

L'ex-Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan est officiellement devenu jeudi le nouveau président de la Turquie, nouvelle étape d'un règne sans partage de onze ans à la tête du pays que ses adversaires jugent déjà "autocratique".

Deux semaines après une élection sans bavure dès le premier tour du scrutin, M. Erdogan, 60 ans, a prêté serment lors d'une cérémonie au Parlement que les députés du principal parti d'opposition ont ostensiblement quittée, signe de l'extrême tension politique qui agite le pays depuis des mois.

L'homme fort du pays doit s'installer à la présidence plus tard dans l'après-midi pour succéder à son compagnon de route Abdullah Gül à un poste d'où il entend bien continuer à diriger personnellement la marche de la Turquie.

Pour s'assurer les coudées franches, l'homme fort de la Turquie s'est choisi un successeur fidèle à la tête du parti au pouvoir et du gouvernement, l'actuel ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu.

Son dauphin, 55 ans, doit être formellement chargé en fin de journée de former le nouveau gouvernement, et en présenter la composition dès vendredi.

Devant sa femme et ses quatre enfants, M. Erdogan a solennellement juré de rester attaché "à la Constitution, à la suprématie du droit, à la démocratie, aux principes et aux réformes d'Atatürk et aux principes de la République laïque".

Les élus du Parti républicain du peuple (CHP) ont refusé de l'entendre et quitté bruyamment l'hémicycle avant même qu'il ne le prononce, jugeant "inconstitutionnel" son refus de quitter son poste de Premier ministre sitôt sa victoire à la présidentielle.

De rage, l'un d'eux a même jeté le règlement intérieur du Parlement à son président Cemil Ciçek, membre du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), sous les huées de ses collègues de l'AKP.

Avant-même ce coup d'éclat, le patron du CHP Kemal Kiliçdaroglu avait annoncé sa décision de bouder la cérémonie.

- "Marionnette" -

"Il se considère au-dessus des lois et ne respecte aucune règle", a-t-il plaidé, "le président élu ne doit avoir aucun lien avec les partis (...) mais il a déjà fait comprendre qu'il ne serait pas neutre, c'est un coup porté à l'honneur et à la dignité de l'Etat".

Malgré ces critiques, les manifestations et les scandales qui l'ont éclaboussé, M. Erdogan a été élu chef de l'Etat avec 52% des suffrages le 10 août, dès le premier tour d'un scrutin disputé pour la première fois au suffrage universel direct.

De loin l'homme politique le plus populaire du pays depuis le fondateur emblématique de la Turquie moderne Mustafa Kemal Atatürk, il ne fait pas mystère de vouloir garder les rênes du pays jusqu'en 2023, date du centenaire de la République.

En remettant les clés du Parti de la justice et du développement (AKP) à M. Davutoglu, M. Erdogan a aussi signifié qu'il garderait le contact avec sa famille politique. "Ce n'est pas un adieu", a-t-il lancé mercredi à ses partisans. "Les noms changent aujourd'hui mais l'essence, la mission, l'esprit, les objectifs et les idéaux restent".

Considéré comme une "marionnette" par ses adversaires politiques, son successeur lui a garanti en retour sa totale loyauté. "Il n'y aura aucun conflit entre le président et son Premier ministre", a assuré M. Davutoglu.

Le nouveau chef du gouvernement a aussi fait sa "priorité" de la réforme de la Constitution désirée par M. Erdogan pour renforcer ses prérogatives de président, très protocolaires.

Un tel changement requiert une large victoire de l'AKP aux législatives prévues en juin 2015, afin d'obtenir la majorité des deux tiers (367 sièges sur 550) requise pour modifier la loi fondamentale. Le parti au pouvoir n'en détient aujourd'hui que 313.

Depuis plusieurs jours, la composition de l'équipe ministérielle de M. Davutoglu fait l'objet de nombreuses spéculations.

Selon les indiscrétions parues dans la presse turque, l'actuel chef des services de renseignements (MIT) Hakan Fidan pourrait lui succéder à la tête de la diplomatie et les ministres en charge de l'économie et des finances devraient garder leurs portefeuilles, afin de rassurer les marchés financiers.

bur-pa/fw

PLUS:hp