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En Turquie, Erdogan débute jeudi son premier mandat de président

28/08/2014 06:18 EDT | Actualisé 28/10/2014 05:12 EDT

L'ex-Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan devient officiellement jeudi le nouveau président de la Turquie, nouvelle étape d'un règne sans partage de onze ans à la tête du pays que l'opposition dénonce déjà comme "autocratique".

Deux semaines après son élection sans bavure dès le premier tour du scrutin, M. Erdogan, 60 ans, doit prêter serment à 11h00 GMT devant le Parlement et succéder ainsi à son compagnon de route Abdullah Gül à un poste d'où il entend bien continuer à diriger personnellement la marche de la Turquie.

Pour s'assurer les coudées franches, l'homme fort de la Turquie s'est choisi un successeur fidèle à la tête du parti au pouvoir et du gouvernement, l'actuel ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu.

Son dauphin, 55 ans, doit être formellement chargé en fin de journée de former le nouveau gouvernement, et en présenter la composition dès vendredi.

Une trentaine de chefs d'Etat et de gouvernement d'Europe centrale, d'Asie centrale, d'Afrique ou du Moyen-Orient sont attendus pour la cérémonie d'investiture, dont le quotidien progouvernemental Yeni Safak a fait "l'acte de naissance de la +nouvelle Turquie+" en reprenant le slogan électoral de M. Erdogan.

A l'inverse, les dirigeants des grands pays occidentaux, pourtant alliés de la Turquie au sein de l'Otan, se sont faits représenter, signe de leur défiance croissante envers un homme souvent accusé de dérive autoritaire et islamiste.

Malgré ces critiques, les manifestations et les scandales qui l'ont éclaboussé, M. Erdogan a été élu chef de l'Etat avec 52% des suffrages le 10 août, dès le premier tour d'un scrutin disputé pour la première fois au suffrage universel direct.

De loin l'homme politique le plus populaire du pays depuis le fondateur emblématique de la Turquie moderne Mustafa Kemal Atatürk, il ne fait pas mystère de vouloir garder les rênes du pays jusqu'en 2023, date du centenaire de la République.

- "Pas un adieu" -

En prêtant serment jeudi, M. Erdogan doit jurer de "respecter la Constitution, l'Etat de droit, la démocratie et les principes de la République laïque".

Le jugeant incapable de respecter sa parole, le chef du principal parti de l'opposition turque, Kemal Kiliçdaroglu, a décidé de bouder la cérémonie d'investiture.

"Il se considère au-dessus des lois et ne respecte aucune règle", a tranché le patron du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate). "Le président élu ne doit avoir aucun lien avec les partis (...) mais il a déjà fait comprendre qu'il ne serait pas neutre", a-t-il ajouté, "c'est un coup porté à l'honneur et à la dignité de l'Etat".

En remettant les clés du Parti de la justice et du développement (AKP) à M. Davutoglu, M. Erdogan a clairement signifié qu'il garderait le contact avec sa famille politique.

"Ce n'est pas un adieu", a-t-il lancé mercredi à ses partisans. "Les noms changent aujourd'hui mais l'essence, la mission, l'esprit, les objectifs et les idéaux restent".

De son côté, son successeur, déjà qualifié de "marionnette" par l'opposition, l'a assuré de sa totale loyauté. "Nous allons construire la +nouvelle Turquie+ main dans la main", a dit M. Davutoglu, "il n'y aura aucun conflit entre le président et son Premier ministre".

Le nouveau Premier ministre a fait sa "priorité" de la réforme de la Constitution désirée par M. Erdogan pour renforcer les prérogatives du président, très protocolaires.

Un tel changement requiert une large victoire de l'AKP aux législatives prévues en juin 2015, afin d'obtenir la majorité des deux tiers (367 sièges sur 550) requise pour modifier la loi fondamentale. Le parti au pouvoir n'en détient aujourd'hui que 313.

Depuis plusieurs jours, la composition de l'équipe ministérielle de M. Davutoglu fait l'objet de nombreuses spéculations.

Selon les indiscrétions parues dans la presse turque, l'actuel chef des services de renseignements (MIT) Hakan Fidan pourrait lui succéder à la tête de la diplomatie et les ministres en charge de l'économie et des finances devraient garder leurs portefeuilles, afin de rassurer les marchés financiers.

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