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Le Sri Lanka refuse l'entrée des enquêteurs de l'ONU

19/08/2014 03:43 EDT | Actualisé 18/10/2014 05:12 EDT

Le Sri Lanka n'accordera pas de visa d'entrée aux envoyés des Nations unies chargés d'enquêter sur les crimes de l'armée srilankaise et de la guérilla tamoule pendant le conflit entre 2002 et 2009, a annoncé mardi le président srilankais.

"Nous ne les autoriserons pas à entrer dans le pays", a déclaré Mahinda Rajapakse, qui s'est systématiquement opposé à l'ingérence de l'ONU dans les affaires de son pays.

En mars, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté une résolution, soutenue par les Etats-Unis et l'Union européenne, permettant "d'entreprendre une enquête exhaustive sur les allégations d'abus et de violations des droits de l'homme (...) commis par les deux parties au Sri Lanka" pendant la guerre entre 2002 et 2009.

Le Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, a chargé de ces investigations l'ex-président finlandais et Nobel de la paix Martti Ahtisaari, ainsi que la Néo-Zélandaise Silvia Cartwright, ex-gouverneur général de son pays et juge du tribunal chargé de juger d'anciens responsables Khmers rouges, et l'avocate et militante des droits de l'Homme pakistanaise Asma Jahangir.

Le conflit entre la guérilla tamoule et l'armée a duré de 1972 à 2009 et a fait, selon des estimations de l'ONU, environ 100.000 morts.

En 2011, des experts de l'ONU ont accusé Colombo d'avoir causé des "dizaines de milliers de morts" lors de l'offensive finale de l'armée contre les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), eux aussi accusés de violations des droits de l'Homme.

"Nous n'acceptons pas (la commission d'enquête). Nous sommes contre, mais s'il s'agit d'autres agences de l'ONU, nous sommes toujours disposés à coopérer pleinement avec elles", a ajouté le président srilankais lors d'une rencontre dans sa résidence avec la presse étrangère.

Navi Pillay a cependant récemment indiqué que ses enquêteurs n'auraient pas nécessairement besoin de se rendre au Sri Lanka pour remplir leur mandat. "Une mine d'information" sur les exactions commises de part et d'autre pendant la guerre est disponible à l'étranger, selon elle.

Ses remarques ont fait bondir les autorités du Sri Lanka qui ont dénoncé "les préjugés et le manque d'objectivité" de la responsable onusienne.

Le ministre des Affaires étrangères Gamini Lakshman Peiris a accusé des diplomates étrangers en poste à Colombo d'essayer de rassembler des éléments matériels à charge pour l'enquête des Nations unies.

Des proches de disparus ont été conduits au début du mois dans la capitale pour rencontrer ces diplomates, selon lui. "J'ai fait savoir aux ambassadeurs que c'était inacceptable", a-t-il déclaré mardi.

Le président Rajapakse a rappelé qu'il avait lui-même nommé un panel d'experts constitué notamment de deux juristes britanniques et d'un professeur de droit américain, tous trois anciens procureurs de tribunaux de l'ONU.

Il est prêt à donner "deux années supplémentaires" à sa commission d'enquête qui examinait, à la date du 20 août, 19.471 cas de personnes disparues.

Les militants des droits de l'Homme dénoncent les travaux de cette commission gouvernementale comme une tentative de "blanchir" les forces armées de toute accusation.

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