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Berlin confirme sa ligne dure sur les exports d'armes, invite le secteur à se consolider

19/08/2014 09:33 EDT | Actualisé 19/10/2014 05:12 EDT

Le ministre allemand de l'Economie, Sigmar Gabriel, a appelé mardi l'industrie de la défense à se repositionner et se consolider, confirmant son intention d'encadrer très strictement les exportations d'armes même au détriment de l'emploi.

"Les considérations sur l'emploi ne doivent pas jouer un rôle déterminant" dans les décisions prises par le gouvernement, et spécifiquement par son ministère, d'autoriser ou d'interdire au cas par cas les exportations d'armes, a affirmé le ministre social-démocrate, lors d'un point de presse.

Il venait de rencontrer une vingtaine de représentants du personnel d'entreprises de la défense, inquiets de la détermination qu'il affiche à se montrer plus rigoureux sur les ventes d'armes à l'étranger.

M. Gabriel ne veut "pas de nouveau débat, pas de nouvelles directives, pas de tables rondes ou de clarification" sur ce sujet, mais simplement un respect à la lettre des dispositions en vigueur. Celles-ci, très restrictives, datent de 2000, mais son parti SPD accuse le gouvernement précédent d'Angela Merkel, dont il n'était pas membre, d'en avoir fait un usage trop laxiste.

M. Gabriel souhaiterait notamment que l'Allemagne cesse d'exporter vers les pays de la péninsule arabique, en particulier l'Arabie Saoudite, un gros client. La loi allemande interdit les exportations d'armes vers les pays dits tiers, c'est-à-dire hors Union européenne, partenaires de l'Otan et pays assimilés, mais ouvre des possibilités d'exemption au cas par cas.

En 2013, le gouvernement précédent de Mme Merkel a autorisé 5,8 milliards d'euros d'exportations d'armement, dont 62% dans des pays hors de l'Otan, notamment vers l'Algérie, le Qatar et l'Arabie-Saoudite.

"Les perspectives (de l'industrie allemande de la défense) ne dépendent pas seulement de l'export, et certainement pas de l'export vers la péninsule arabique", a déclaré le ministre en réponse aux inquiétudes.

Pour compenser un éventuel manque à gagner, il a appelé le secteur à "faire ce qu'il aurait dû faire depuis 15 ans", à savoir se consolider et renforcer son intégration européenne, et se pencher plus avant sur les potentiels de conversion, c'est-à-dire de migration de sa production vers le domaine civil.

La position de M. Gabriel est loin de faire l'unanimité au sein de la coalition au pouvoir entre SPD et conservateurs de Mme Merkel, aux prises en parallèle avec les interrogations sur de possibles livraisons de matériel militaire aux Kurdes d'Irak. Une décision à ce sujet doit être prise cette semaine.

A propos de l'Irak, M. Gabriel a estimé que la communauté internationale n'échapperait pas au "débat sur qui, maintenant et par le passé, a fourni les moyens financiers pour armer Isis (l'organisation jihadiste de l'Etat islamique EI, ndlr), cela n'a pas pu se faire sans argent".

"La boîte de Pandore a été bien alimentée ces dernières décennies, elle est pleine à craquer, et maintenant elle est ouverte", a-t-il ajouté.

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