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Jeune Noir tué à Ferguson: reprise du face-à-face tendu avec la police

18/08/2014 12:48 EDT | Actualisé 17/10/2014 05:12 EDT

Malgré le couvre-feu, des manifestants faisaient à nouveau face aux forces de l'ordre dans la nuit de dimanche à lundi dans la petite ville américaine de Ferguson, où un jeune Noir a été tué par un policier ayant tiré à au moins six reprises.

A quelques heures de l'entrée en vigueur du couvre-feu dimanche soir, la police a tenté de disperser des manifestants, majoritairement des jeunes, à l'aide de gaz lacrymogène dans le quartier de St Louis.

Selon KMOV-TV, les policiers équipés de gilets pare-balles, de masques à gaz et escortés par des véhicules blindés sont entrés en action après que certains manifestants eurent lancé des cocktails Molotov dans leur direction. D'autres sources faisaient état de coups de feu.

Michael Brown, 18 ans, a été tué le 9 août, non armé, dans des circonstances controversées par un policier, Darren Wilson, ravivant le spectre du racisme aux Etats-Unis dans une ville à majorité noire, et dont la police et ses dirigeants sont surtout blancs.

Le jeune homme a été touché, de face, par deux balles dans la tête et quatre dans le bras droit, selon le New York Times, citant les premières constatations d'une nouvelle autopsie, réalisée à la demande de la famille de la victime par l'ancien médecin légiste en chef de New York, Michael Baden.

Dimanche soir, certains manifestants brandissaient des pancartes dénonçant les violences policières. Beaucoup levaient les mains en l'air pour faire signe de se rendre, tandis que d'autres provoquaient les policiers et leur renvoyaient les capsules de gaz lacrymogène.

Des photos publiées sur Twitter montrent des émeutiers brisant les vitres d'un restaurant McDonald's.

Ces images contrastent avec l'hommage pacifique rendu à Michael Brown plus tôt dans la journée.

Devant des centaines de personnes rassemblées à l'église Greater Grace de la ville du Missouri pour demander "justice pour Michael Brown", le responsable du maintien de l'ordre Ron Johnson a cherché à apaiser les tensions en promettant de rester "autant qu'il le faudra".

"Je porte cet uniforme et face à vous je vous dis que je suis désolé", a lancé le capitaine, un Noir. "Vous êtes ma famille, vous êtes mes amis et je suis vous", a-t-il ajouté en évoquant, pour mieux s'associer à sa communauté, son "fils noir qui porte des pantalons baggy, met sa casquette de travers et a des tatouages sur les bras".

De son côté, à la place des parents trop émus pour parler, leur avocat Benjamin Crump s'est fait combatif, résumant les principaux griefs qui ont enflammé la communauté noire : la lenteur de l'enquête et la communication confuse de la police donnant l'impression d'accuser la victime.

"On va regarder de près l'autopsie, le rapport balistique pour voir le trajet des balles, on saura qu'il s'est agi d'une exécution", a indiqué l'avocat. "Quand on lève les mains en l'air, ça veut dire qu'on se rend. Tous les témoins ont dit qu'il (Michael Brown) avait les mains en l'air et que la police a continué à tirer", a-t-il ajouté.

Une chanson a été diffusée dimanche par le rappeur J Cole, "Etre libre", dédiée à la jeune victime. On y entend la voix de Dorian Johnson, ami du jeune Noir et témoin du drame, raconter : Le policier "a tiré encore et quand mon ami a senti qu'on lui tirait dessus, il est revenu sur ses pas et il a mis ses mains en l'air, il a commencé à se baisser, mais le policier s'est encore approché en brandissant son arme et il a tiré encore sept fois et mon ami est mort".

- 'Intensifier l'enquête' -

L'avocat a également fustigé "l'écran de fumée" projeté selon lui par la police qui a voulu "assassiner sa personnalité après avoir assassiné sa personne".

La police locale avait diffusé une vidéo montrant un vol de cigares par un jeune homme à la haute stature, présenté comme Michael Brown - qui mesurait environ 1,90 m - survenu 20 minutes avant la fusillade fatale.

Autre signe de la méfiance de la communauté à l'égard des autorités locales, une pétition a été lancée sur MoveOn.org, forte de plus de 20.000 signatures dimanche, pour que le procureur du comté en charge de l'enquête, Bob McCulloch, se récuse. Sa "relaxe" de deux policiers dans un incident similaire en 2000 "ne nous donne pas confiance en une enquête impartiale", écrit la pétition.

Samedi soir, la première nuit de couvre-feu s'était soldée par sept arrestations parmi quelque 200 manifestants restés sur place, et une personne a été grièvement blessée par balle par un tireur non identifié.

Le gouverneur du Missouri a indiqué dimanche qu'il était "fier des efforts déployés par tous hier soir, et spécialement la communauté noire".

Il a également critiqué la diffusion de la vidéo du jeune homme. "Cela semble dénigrer un jeune homme qui a été abattu dans la rue. Cela attise la colère", a-t-il dit en appelant le procureur McCulloch à "intensifier l'enquête".

La mort de Michael Brown a notamment ravivé en Amérique le souvenir de Trayvon Martin, un jeune Noir abattu en 2012 par un vigile de quartier en Floride (sud-est). Le vigile avait été acquitté après avoir plaidé la légitime défense.

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