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«Yves Saint Laurent», Jalil Lespert en sondeur de l'âme humaine (ENTREVUE)

17/08/2014 05:38 EDT | Actualisé 17/08/2014 05:39 EDT
Les Films Séville

L’année sera celle d’Yves Saint Laurent. Le mythique couturier mort en 2008 est déjà l’objet de deux biopics que l’on dit radicalement opposés. Avant de découvrir celle «non autorisée» de Bertrand Bonello, voici d’abord la version tourmentée et glamour de Jalil Lespert avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne et Charlotte Le Bon. Le film en salles depuis vendredi met en scène le couturier en pleine gloire, mais aussi hanté par ses fantômes. Le Huffington Post Québec s’est entretenu avec le réalisateur.

«Je suis tombé amoureux d’Yves Saint Laurent et de sa relation avec Pierre Bergé, déclare au bout du fil Jalil Lespert. C’est un personnage romanesque et angoissé avec ce désir vital de créer. J’étais fasciné par ambivalence de sa personnalité. Un artiste rebelle toujours sur le bord de l’auto-destruction».

Le long métrage Yves Saint Laurent nous propulse dans une époque du tout est possible. Il débute en 1957 pour se terminer en 1976 lors du fameux défilé des Ballets russes. Sur près de deux décennies, on fait la connaissance du jeune styliste alors âgé de 21 ans engagé chez la prestigieuse maison Christian Dior. Le récit s’attarde sur sa rencontre avec Pierre Bergé qui devient son amant. À eux seuls, ils créent un empire et révolutionnent l’univers de la mode.

«Yves Saint-Laurent me rappelle la figure des poètes maudits. C’est un être génial hanté par de multiples souffrances intérieures, raconte Lespert. Toutefois, l’homme passionné par son travail s’y jette corps et âme lui permettant sans doute de ne pas sombrer dans la folie. J’ai posé ma caméra sur ses années de consécration constituées d’excès dans l’alcool, le sexe et la drogue.»

Pierre Bergé associé au projet

Entouré par Pierre Bergé, homme d’affaires hors pair, le couturier connaît aussi une carrière fulgurante. D’ailleurs, la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent qui a soutenu dès le départ l’idée du film a permis au réalisateur d’avoir accès à un véritable Graal : Les vêtements, dessins et certains lieux de travail du grand couturier.

«Il était hors de question de filmer des copies. Il était donc devenu essentiel de pouvoir réaliser ce film avec les robes et les dessins originaux. J’ai construit une véritable relation de confiance avec Pierre Bergé qui a été le mécène et le compagnon d’Yves Saint Laurent pendant cinquante ans. Il nous a ouvert ses portes de sa fondation sans jamais douter».

Une opportunité que n’a pas eue Bertrand Bonello dont le film rival Saint Laurent sélectionné au dernier Festival de Cannes n’a pas encore pris l’affiche en France. «J’ai rencontré Pierre Bergé pour lui parler du film que je voulais tourner. Il a été touché par ma volonté d’aborder des thèmes universels comme ceux de l’amour et de la création.»

«Je lui ai aussi parlé d'un de mes romans phares de jeunesse, Martin Eden de Jack London, poursuit le cinéaste. L’œuvre raconte le destin d’un petit marin qui veut devenir le plus grand écrivain au monde. Je voulais aborder l’existence de Yves Saint Laurent de la même manière que le livre. Au bout de 20 minutes, il m’a dit qu’il me faisait confiance.»

Lespert jure que Bergé ne s’est jamais immiscé dans le script. «Il m’a laissé ma liberté de cinéaste. Par respect, je lui ai envoyé mon scénario avant le tournage en lui spécifiant qu’il faisait déjà partie de la fiction. Il savait bien que je ne pouvais pas être totalement fidèle à la réalité. Quand il a vu le film pour la première fois, il n'a pas pu s'empêcher de pleurer. Il était bouleversé».

Yves Saint Laurent – Les Films Séville – Drame biographique – 1oo minutes – Avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon, Laura Smet, Marie de Villepin, Nikolai Kinski – Sortie en salles le 15 août 2014 – France.

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