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Le pape appelle les Coréens à s'unir en "une famille, un peuple"

17/08/2014 10:11 EDT | Actualisé 17/10/2014 05:12 EDT

Le pape a supplié lundi à Séoul les Coréens du Nord et du Sud de s'unir en "une famille, un peuple", alors que des manoeuvres américano-coréennes créaient un regain de tensions sur la péninsule.

Pyongyang, qui avait tiré des missiles en mer près de la côte sud-coréenne jeudi lors de l'arrivée du pape, a prévenu que ces manoeuvres, qui ont commencé lundi, pourraient amener la péninsule "au bord de la guerre". Une rhétorique donc le Nord est cependant coutumier.

A l'issue d'une visite triomphale de cinq jours en Corée du Sud et après une rencontre avec des responsables des autres religions du pays, François a célébré une messe en la cathédrale Myeong-dong pour la réconciliation des deux parties de la péninsule divisée depuis la guerre de 1950-53.

C'était un des moments les plus attendus de sa première visite en Asie - la première d'un pape depuis 15 ans, dans un contexte régional très tendu.

En présence de la présidente Park Geun-Hye, Jorge Bergoglio, dans un discours très peu politique, s'est adressé aux Coréens des deux côtés du 38e parallèle, mais non aux gouvernements.

Comme durant toute sa visite, il n'a cité à aucun moment les dirigeants communistes de Pyongyang, ni ne s'est adressé à eux. Le Vatican n'a aucune relation avec la Corée du Nord, où une petite communauté catholique est reconnue mais sévèrement encadrée et surveillée par le régime. Des catholiques qui n'en font pas partie sont persécutés.

Le régime nord-coréen avait brocardé la visite du "pseudo-pape" dans le sud capitaliste.

Devant l'autel, était installé un rouleau de fils de fer barbelés de la ligne de démarcation, pour rappeler la blessure de la division qui touche encore quelque 70.000 familles.

"La messe d'aujourd'hui est une prière pour la réconciliation dans cette famille coréenne", a dit le chef de l'Eglise, en estimant que Dieu devrait entendre cette prière : "C'est tout un peuple qui adresse sa supplique douloureuse au ciel."

"Il faut une reconnaissance toujours plus forte de cette réalité que tous les Coréens sont frères et soeurs, membres d'une unique famille et d'un unique peuple", a-t-il affirmé avec force dans son homélie, reprenant une idée qu'il avait déjà exprimée devant les jeunes catholiques asiatiques, en estimant que la langue commune pourrait aider à une réunification un jour.

- Stabilité de la région -

"Le pardon est la porte qui conduit à la réconciliation" et "nous prions donc pour que surgissent de nouvelles opportunités de dialogue, de rencontre et de dépassement des différences", a-t-il ajouté, demandant aussi "de la générosité dans la fourniture de l'assistance humanitaire".

Le chef de l'Eglise catholique s'est adressé d'abord aux chrétiens coréens, en estimant qu'ils peuvent jouer un rôle : "Dieu vous demande, comme chrétiens et comme Coréens, de repousser avec force une mentalité fondée sur le soupçon, sur la division et sur la compétition."

Le pape a par ailleurs salué dans l'assistance huit anciennes "confort women", ces Coréennes enrôlées de force dans les bordels de l'armée japonaise durant la Deuxième Guerre mondiale. "Un geste pastoral" et non politique, a expliqué le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi.

Selon les historiens, 200.000 femmes de différents pays occupés ont servi dans ces bordels japonais. Le Japon avait présenté en 1993 des excuses officielles à la Corée, mais le sujet reste très sensible.

Comme pour la Syrie en septembre 2013, pour Israël et la Palestine en juin dernier, le pape a demandé aux croyants de s'unir dans la prière pour la paix et la réconciliation. Il n'entend pas interférer dans les solutions à apporter à une crise ou un conflit, estimant, comme il l'a expliqué lui-même pour le Proche-Orient, que ce n'est pas de sa compétence.

Dès son arrivée à Séoul, François avait lancé un appel aux deux Corée à dépasser les "récriminations" par le dialogue et cesser de recourir au "déploiement de forces".

Une solution de paix en Corée aurait des répercussions "pour la stabilité de toute la région et de notre monde fatigué par la guerre", a ajouté Jorge Bergoglio, très préoccupé notamment par les violences en Syrie et en Irak.

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