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"Pourquoi nous ?", les habitants de Donetsk vivent dans la peur des bombardements

16/08/2014 11:23 EDT | Actualisé 16/10/2014 05:12 EDT

Peu après l'arrêt des bombardements nocturnes dans une banlieue de l'est de Donetsk, Konstantin Louchkine a émergé de sa cave pour trouver ses ruches détruites, la façade de sa maison arrachée et sa voiture carbonisée et criblée d'impacts de shrapnel.

"Vous appelez ça une frappe ciblée ?", ironise ce mineur de charbon, tenant contre lui sa fille de quatre ans, Macha.

Les journalistes de l'AFP ont entendu samedi, de 2H00 jusqu'à 5H00 du matin, le grondement des bombardements au-dessus de ce bastion prorusse de l'Est assiégé par l'armée ukrainienne, tandis que d'intenses combats avaient lieu entre les militaires et les rebelles.

Les tirs au mortier ont atteint plusieurs artères des quartiers nord de Donetsk, ainsi que de la localité voisine de Makiïvka, enflammant les maisons et détruisant leurs toits, laissant de profonds cratères dans le sol.

"C'était une frappe massive", témoigne Konstantin Louchkine.

Sa maison, entourée de vignes et de ruches, a eu la façade nord arrachée, et le toit du garage gît dans la rue quelques mètres plus loin. Sa voiture et son garage sont truffés de shrapnel.

"Je pourrais encore vivre ici, mais à quoi bon ? Comment peut-on se protéger face à du shrapnel ?", s'interroge-t-il.

Les habitants du quartier accusent l'armée ukrainienne d'être responsable de l'attaque, qui a touché une zone d'habitation comprenant, outre de nombreuses maisons, des potagers et dominée par le bâtiment de forme triangulaire de la mine locale.

"Ils se cachent derrière d'honnêtes gens et les obligent à se combattre les uns les autres", affirme Konstantin Louchkine à propos des dirigeants pro-occidentaux à Kiev.

"Qu'ils viennent ici et reconstruisent ces maisons !", lance-t-il amèrement.

- "Nous ne sommes pas responsables" -

Cette zone semi-rurale ne comprend qu'une seule cible potentielle pour les forces ukrainiennes : un camp rebelle situé à quelques centaines de mètres dans une ancienne base du ministère de l'Intérieur.

Gardée par des hommes armés en uniforme, elle abrite plusieurs véhicules blindés. Les insurgés qui s'y trouvent assurent que leur camp n'a pas été touché.

"On a vu des lueurs par ci, par là", explique un insurgé, montrant du doigt les zones d'habitation.

Rouslan raconte, quant à lui, que son quartier a été illuminé par des fusées éclairantes juste avant que les bombardements ne commencent.

"Nous somme laissés à la rue", se lamente en pleurant une autre habitante, Lioudmila, qui regarde sa maison meurtrie et le profond cratère au milieu de ses buissons de framboises. Le toit de son garage s'est effondré sur sa voiture et celui de sa maison est très endommagé.

Les dégâts faits par les chutes d'obus s'étendent sur douze maisons dans toute la rue.

Deux personnes âgées de 85 ans vivant en couple et toutes deux paralysées indiquent qu'elles sont restées allongées pendant que les explosions soufflaient leurs fenêtres et qu'un obus passait au travers de leur palissade en briques pour aller creuser un fossé dans leur dallage.

"On s'était déjà endormi. Puis il y a eu une explosion. Ils ont commencé à tirer alors que j'étais allongé là avec ma femme", raconte Stepan Fiodorovitch, un mineur retraité, assis sur son lit, cependant qu'une coupure d'électricité frappe la zone.

Son épouse se repose dans une chaise roulante, tandis que leur perruche chante dans sa cage.

"Ils ont tiré à peu près 20 fois, puis ils sont partis. Je ne sais pas pourquoi ils voulaient nous bombarder. Nous ne sommes pas responsables" de ce qui se passe, regrette-t-il.

am-pop/bds

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