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Irak: "massacre" de villageois par les jihadistes, efforts internationaux accrus

16/08/2014 10:31 EDT | Actualisé 16/10/2014 05:12 EDT

Responsables et témoins ont accusé samedi les jihadistes d'avoir perpétré un massacre dans un village du nord de l'Irak, au moment où les grandes puissances ont accru leurs efforts pour couper le financement de ces extrémistes, armer les kurdes et aider les déplacés.

Des dizaines de civils ont été tués, en grande majorité de l'ethnie kurdophone et non musulmane des Yazidis, ont précisé ces sources, les jihadistes de l'Etat islamique (EI) accentuant leur campagne contre les minorités au fur et à mesure qu'ils progressent dans le nord irakien.

Depuis le début de leur fulgurante offensive le 9 juin, les jihadistes ont réussi à s'emparer de larges pans du territoire au nord, à l'ouest et à l'est de Bagdad, face à la déroute de l'armée. Les forces kurdes peinent aussi à freiner leur progression lancée début août en direction de la région autonome du Kurdistan (nord) où se sont réfugiés des dizaines de milliers de déplacés par les violences.

Vendredi, ces extrémistes musulmans sunnites sont entrés dans le village de Kocho dans la province de Ninive, et "y ont commis un massacre", a dit le responsable irakien Hoshyar Zebari. "Ils s'en sont pris aux habitants, en majorité des Yazidis, qui n'avaient pas fui leurs foyers".

"Environ 80 personnes ont été tuées", a-t-il affirmé à l'AFP.

Harim Kamal Agha, un responsable de l'un des principaux partis du Kurdistan, a confirmé un bilan de 81 morts. Les assaillants ont conduit des femmes dans des centres de détention.

"Nous avons réussi à pénétrer dans une partie de Kocho, où les habitants étaient assiégés, mais c'était trop tard", a raconté à l'AFP un combattant yazidi, Mohsen Tawwal. "Il y avait des cadavres partout. On a seulement réussi à emmener deux personnes vivantes, toutes les autres ont été tuées".

- 'Se convertir ou partir' -

Le village de Kocho est situé près de la ville de Sinjar, dont les jihadistes se sont emparés le 3 août, jetant sur les routes des milliers de civils, la plupart de la minorité yazidie, qui ont fui dans les montagnes plus au nord.

Ils se sont cachés là pendant plusieurs jours sans eau ni nourriture, redoutant d'être pourchassés par les jihadistes, accusés de nombreuses exactions -exécutions sommaires, viols et persécutions.

Craignant un éventuel génocide contre cette minorité mais aussi contre les chrétiens également chassés de leurs villages du nord, les Etats-Unis ont lancé depuis le 8 août des frappes aériennes quotidiennes contre les positions jihadistes.

Le président Barack Obama a affirmé jeudi que le siège des monts Sinjar avait été levé, mais des civils vulnérables se trouvent toujours dans des régions aux mains de ces extrémistes, dont des Yazidis.

Les combattants de l'EI ont demandé aux villageois de la région de Sinjar de se convertir ou de partir, en attaquant violemment ceux qui refusaient, ont rapporté défenseurs des droits de l'Homme et habitants.

Selon Amnesty International, des milliers de Yazidis ont été kidnappés par l'EI depuis début août. Des membres des minorités chrétienne et turcomane sont également touchés par ces violences.

- Couper l'argent, armer les kurdes -

Face à l'incapacité des forces armées irakiennes et kurdes à contrer la progression des jihadistes et à la crise humanitaire alarmante qui en a découlé, la communauté internationale a accru ses efforts pour tenter de neutraliser ces extrémistes.

Vendredi, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution visant à empêcher le recrutement et le financement de jihadistes en Irak et en Syrie. L'EI est engagé dans la guerre civile en Syrie, où il a pris le contrôle de régions frontalières de l'Irak.

A Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont approuvé les livraisons d'armes aux combattants kurdes, déjà lancées par les Etats-Unis et la France.

Londres va elle poursuivre ses vols de surveillance du nord de l'Irak pour tenter d'empêcher de nouvelles attaques contre les minorités.

En visite à Bagdad, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a estimé que la nomination du nouveau Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi apportait une "petite lueur d'espoir".

M. Abadi s'emploie à former un gouvernement rassemblant toutes les forces politiques dans un pays miné par les divisions confessionnelles alimentées par la politique d'exclusion des sunnites de son prédécesseur Nouri al-Maliki qui a fini par céder sa place après huit ans au pouvoir.

Après le départ de M. Maliki, honni par la minorité sunnite, d'importantes tribus sunnites de la province d'Al-Anbar (ouest) ont décidé de prendre les armes contre l'EI qui s'y était emparé de plusieurs régions dès janvier. La police a annoncé soutenir ce "soulèvement".

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