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En Grèce, suspense archéologique sur les terres d'Alexandre le Grand

15/08/2014 04:34 EDT | Actualisé 14/10/2014 05:12 EDT

Un des plus grands tombeaux jamais découverts en Grèce, sur les terres d'Alexandre le Grand, va-t-il révéler la dépouille d'un proche du célèbre conquérant ? L'intérieur du mausolée n'a jamais été aussi près d'être pénétré par les archéologues et le secret d'être, sans doute, percé.

La visite du Premier ministre grec Antonis Samaras, mercredi, dans le nord de la Grèce, sur le site de fouille d'Amphipolis (nord du pays), a relancé les spéculations sur le contenu de l'impressionnant tumulus, situé à une centaine de kilomètres de Thessalonique.

Sur les terres de la Macédoine antique, la délicate excavation dure depuis plusieurs années. Les travaux avaient un temps été interrompus par l'assèchement des crédits, lié à la crise.

Mais, selon le quotidien grec Kathimerini, seuls deux murs séparent désormais les archéologues de l'intérieur de la sépulture.

"Il faut compter deux à trois semaines pour entrer dans le tombeau et parvenir à des conclusions", a déclaré jeudi le ministre de la Culture Costas Tassoulas.

Aussi "impatiente" qu'elle soit de pénétrer dans le monument, l'archéologue Katerina Peristeri, qui dirige le chantier, a toutefois souligné que les "fouilles imposaient leur calendrier" et qu'il était difficile de prévoir le moment exact où le mystère sera levé, selon l'agence de presse grecque Ana.

Le Premier ministre conservateur a dit sa certitude d'être face à "une très importante trouvaille" dans une région moins connue que les temples antiques du sud de la Grèce mais qui est depuis les années 70 une terre de découvertes archéologiques majeures.

Avec ses forêts, ses lacs, ses fleuves, ses mines d'or et d'argent, l'actuelle région de Macédoine centrale en Grèce a constitué le coeur du royaume d'Alexandre le Grand (356-323 av. JC.).

- Hypothèses -

Quelle personnalité a donc reçu l'honneur de reposer depuis 2.500 ans sous une imposante butte de trois mètres de hauteur protégée d'une enceinte de près de 500 mètres, elle-même construite en marbre transporté depuis l'île de Thassos (nord de la mer Egée).

Les hypothèses évoquent Roxane, l'épouse perse d'Alexandre, Olympia, la mère du roi, ou un de ses compagnons et généraux.

"Il s'agit certainement d'une tombe datant d'après le décès d'Alexandre mais on ignore à qui elle appartient", selon Katerina Peristéri.

Après la mort d'Alexandre à Babylone, Roxane et son fils avaient été mis à mort, en -310, par le général Cassandre qui deviendra roi de Macédoine.

Le lion sur le sommet de l'enceinte, les deux sphinx à l'entrée du tumulus, datés entre -325 et -300, attestent du caractère "spectaculaire" du monument, selon Mme Peristeri.

Né dans l'antique Pella, instruit par Aristote jusqu'à l'âge de 16 ans, Alexandre III de Macédoine avait constitué, à l'âge de 30 ans, l'un des plus grands empires du monde antique qui s'étendait de la mer Ionienne à l'Himalaya.

Ce n'est qu'en 1977 qu'a été mise au jour sur le site de Vergina, dans l'ouest de Thessalonique, la tombe intacte de Philippe II, son père.

Les chances que le tombeau d'Amphipolis soit celui d'Alexandre, dont la localisation fait depuis longtemps fantasmer les historiens, sont en revanche quasi nulles, selon les archéologues. Après sa mort à 32 ans à Babylone, sa dépouille aurait été inhumée à Alexandrie, en Egypte, sans qu'aucune fouille ait jamais confirmé ce scénario.

Les passionnés d'histoire ne sont pas les seuls à guetter les résultats des fouilles d'Amphipolis. L'héritage d'Alexandre est au coeur de la querelle enracinée entre Athènes et Skopje, capitale du petit Etat balkanique à la frontière nord de la Grèce, qui n'a jamais pu obtenir sa reconnaissance internationale officielle sous le nom de Macédoine.

Depuis la proclamation de l'indépendance de l'ancienne république yougoslave en 1991, la Grèce bloque aussi son adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN, en l'accusant de s'approprier sa culture et notamment la figure d'Alexandre le Grand.

Athènes avait ainsi protesté lorsque l'aéroport de Skopje avait été rebaptisé "Alexandre le Grand" et lors de l'inauguration, en 2011, d'une statue du conquérant sur la place principale de la capitale macédonienne.

Au plus fort de la tension entre les deux pays, dans les années 90, un petit parti néo-nationaliste grec était en pointe de la fièvre patriotique. Il était dirigé par le futur premier ministre Antonis Samaras.

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