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USA : protestations de la presse, cible de la police de Ferguson (USA)

14/08/2014 03:28 EDT | Actualisé 14/10/2014 05:12 EDT

Arrestations musclées, tirs de gaz lacrymogènes, climat hostile : la presse, cible des policiers de Ferguson (centre), dénoncait vigoureusement jeudi les "atteintes flagrantes à la liberté de la presse" dans cette ville, théâtre d'émeutes depuis cinq jours.

La conduite des policiers de Ferguson est "totalement inqualifiable et une agression contre la liberté de la presse de couvrir les événements", résumait jeudi le rédacteur en chef du Washington Post Martin Baron.

Depuis mercredi soir, après la brève interpellation de deux journalistes et les gaz lacrymogènes lancés contre d'autres, le monde des médias américains dénoncait les agissements de la police comme "inacceptables", réclamant une enquête pour violation du Premier Amendement (liberté de la presse).

Le président américain Barack Obama a pour sa part indiqué dans une brève allocution sur les événements "qu'aux Etats-Unis, le police ne doit pas brutaliser ou arrêter des journalistes qui ne font que leur travail de rapporter ce qu'ils voient au peuple américain".

Wesley Lowery, journaliste du Washington Post couvrant les émeutes qui touchent cette ville du Missouri depuis qu'un jeune Noir désarmé a été tué samedi par un policier, a publié le témoignage de son arrestation dans un McDonald's proche du lieu des manifestations, où il travaillait.

- "Bagdad USA" -

Saisi par plusieurs policiers, il répète: "Mes mains sont derrière le dos, je ne résiste pas, je ne résiste pas (à l'arrestation). Un policier dit: +Vous résistez, arrêtez de résister+. C'est là où j'ai eu le plus peur, plus que pendant les gaz lacrymogènes ou les balles en caoutchouc", écrit-il.

Ryan Reilly du Huffington Post, a été lui aussi interpellé dans le restaurant, conduit au poste et relâché sans explications.

"Bagdad USA" titrait jeudi cet organe de presse en racontant aussi l'intrusion musclée, les bousculades et l'agressivité des policiers surarmés.

"Ryan, qui a été de nombreuses fois au camp militaire de Guantanamo, dit que les policiers ressemblaient plus à des soldats qu'à des policiers et traitaient les personnes présentes comme des +combattants ennemis+", écrit le chef du bureau de Washington du Huffington Post, Ryan Grim. "La militarisation de la police (...) est en train d'affecter la liberté de la presse", poursuit-il.

Pour la Fondation Liberté de la Presse, les arrestations "sont une violation du Premier Amendement (liberté de la presse) et les tentatives pour qu'ils ne filment plus et leur agression par des policiers, sont totalement illégales".

Le journaliste d'Al Jazeera America, Ash-Har Quraishi, et son équipe, ont également dû précipitamment s'enfuir de leur plateau de rue, pourtant relativement éloigné des manifestations, à cause de tirs de gaz lacrymogènes. "On a crié qu'on était journalistes, mais ils ont continué à tirer", affirme-t-il.

La chaîne, en demandant une enquête, a estimé que cette "atteinte flagrante à la liberté de la presse était clairement menée pour nous empêcher de couvrir cette affaire importante".

Depuis, les organisations de défense des journalistes réclament des comptes au ministère de la justice et dénoncent, comme la NPPA regroupant les photographes, "le climat de peur et de méfiance" créé par la hiérarchie policière contre les journalistes.

Des voix de politiques se sont également élevés comme le Représentant démocrate du Missouri Emanuel Cleaver : "Ferguson mérite mieux, les droits de nos citoyens et de la presse libre ne doivent pas être déniés".

Le sénateur républicain Ted Cruz du Texas a estimé que "les reporters ne devraient jamais être arrêtés parce qu'ils font leur travail, une presse libre est trop importante".

Les arrestations avaient immédiatement été répercutées et dénoncées par les réseaux sociaux, comme les tirs de gaz et les images des policiers lourdement armés, comme dans une zone de guerre.

ff/vog

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