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Pourquoi le sanctuaire Yasukuni de Tokyo est-il au centre d'une interminable polémique?

14/08/2014 09:45 EDT | Actualisé 14/10/2014 05:12 EDT

Chaque visite d'un ministre japonais au sanctuaire Yasukuni de Tokyo, comme encore ce vendredi, suscite la colère des Chinois et Sud-Coréens. Pourquoi ce lieu de culte est-il au coeur d'une interminable polémique depuis plus de 30 ans?

Question: Quelle est la vocation de ce sanctuaire?

Réponse: c'est un lieu de culte shintoïste, une des deux principales religions du Japon. Il a été édifié sous un autre nom en 1869, initialement pour rendre hommage aux soldats alors morts pour l'empereur. Rebaptisé Yasukuni en 1979, y sont désormais honorés quelque 2,5 millions de militaires qui ont péri pour le pays lors des conflits depuis l'ère Meiji débutée en 1868. Il est passé sous statut privé, indépendant de l'Etat, après 1945.

Q: Pourquoi suscite-t-il tant de colère en Chine et en Corée du Sud ?

R: La polémique est née quelques années après l'inscription en 1978 des noms de 14 Japonais condamnés comme criminels de guerre par les Alliés après la capitulation du Japon le 15 août 1945.

La Chine et la Corée du Sud, victimes du militarisme nippon dans la première moitié du XXe siècle, vivent comme un affront l'honneur posthume fait à ces personnes. Depuis, chaque visite d'un quelconque représentant de l'Etat nippon provoque l'ire de Pékin et Séoul pour qui le Yasukuni glorifie l'impérialisme japonais.

Q: Les Premiers ministres japonais se rendent-ils aussi au Yasukuni et, le cas échéant, comment justifient-ils leurs visites ?

R: Contrairement aux parlementaires ou à des ministres qui le visitent jusqu'à plusieurs fois par an, les chefs de gouvernement en exercice ont tendance à s'abstenir de fréquenter le Yasukuni afin de ne pas envenimer la situation avec les pays voisins.

L'actuel Premier ministre Shinzo Abe s'était retenu lors de son premier passage à la tête du pays en 2006-2007, disant ensuite en avoir souffert, mais en décembre dernier il a franchi le pas en y allant pour marquer le premier anniversaire de son retour à la tête du Japon. Outre les habituelles condamnation sud-coréenne et chinoise, il s'était attiré les remontrances de Washington.

Plusieurs de ses prédécesseurs de droite, dont Junichiro Koizumi, qui s'est rendu chaque année au Yasukuni lors de son mandat entre 2001 et 2006, expliquent qu'il est naturel pour les responsables gouvernementaux de rendre hommage à ceux qui ont sacrifié leur vie pour la patrie, comme c'est le cas dans de nombreux pays. Ils ajoutent que ce geste ne doit pas avoir de conséquences politiques et encore moins diplomatiques.

Q: Y-a-t-il une polémique autour du Yasukuni au Japon même ?

R: Oui. Le sanctuaire qui accueille un très large public n'est pas mis en cause en tant que tel, mais la légimité des visites des chefs de gouvenement fait débat. Selon des opposants, elles contreviennent à la séparation constitutionnelle de la religion et de l'Etat, mais cette question juridique plusieurs fois mise en avant n'a jamais été tranchée. Elle est d'autant plus difficile à résoudre que certains Premiers ministres ont dit se rendre au Yasukuni à titre personnel.

Q: Quelle solution pour permettre aux responsables politiques nippons de saluer l'âme de militaires sans donner à leurs voisins l'impression d'honorer des criminels de guerre ?

R: C'est un vieux débat au Japon. Certains ont proposé l'érection d'un autre mémorial, d'autres ont proposé de retirer les noms des 14 individus problématiques, mais aucune idée ne semble être satisfaisante car toutes se heurtent à des difficultés diverses, d'ordre idéologique, religieux ou constitutionnel.

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