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Les bidonvilles de Freetown, maillon faible de la lutte contre Ebola

14/08/2014 06:18 EDT | Actualisé 14/10/2014 05:12 EDT

Entassés dans leurs baraques de tôle et de bois rongées par l'humidité de l'Atlantique, les 15.000 habitants de Kroo Bay, le plus grand bidonville de Freetown, attendent chez eux le reflux de l'épidémie d'Ebola, leur unique et dérisoire stratégie contre le virus.

Une marée de déchets en plastique jetés à la rivière par les habitants de quartiers plus résidentiels de la capitale sierra-léonaise, situés en amont, s'échoue chaque jour à Kroo Bay, qui tire son nom de migrants de la tribu Kru, au Liberia voisin, venus se fixer là dans les années 1960.

"C'est un bidonville. Nous avons beaucoup de caniveaux, des bactéries, des microbes. Nous avons beaucoup de problèmes dans ce quartier, même sans Ebola", résume Hassan Sesay, 38, ans, père de six enfants.

Les maladies se propagent comme des feux de forêt dans cet ancien village de pêcheurs, sans électricité ni eau courante, avec une seule clinique et quatre toilettes publiques.

Une épidémie de choléra dans les quartiers pauvres de la capitale il y a deux ans avait fait près de 400 morts. Davantage que les 334 décès d'Ebola recensés en Sierra Leone depuis le début de l'année, essentiellement dans la région forestière de l'est, aux confins de la Guinée et du Liberia.

Dans la capitale, à quelque 300 km et une journée de route, seuls quelques cas ont été recensés, dont un seul mortel. Le département d'Etat américain a néanmoins annoncé jeudi l'évacuation "par précaution" des familles de son personnel diplomatique à Freetown.

Sans échappatoire, les habitants du bidonville, qui subsistent de la pêche, de la récupération des métaux, de la boulangerie ou de la menuiserie, avouent désormais passer le plus clair de leur temps terrés chez eux, en attendant que la fièvre hémorragique passe.

"Tout le monde se sent mal en voyant ce que fait Ebola", dit Moussu Diallo, 20 ans, mère de deux enfants. "Je n'ai jamais rencontré personne qui avait le virus mais je m'inquiète pour mes enfants".

- Briser la chaîne de transmission -

Des cochons pataugent dans la boue orange des ruelles, tandis que des femmes se douchent en plein air et que les enfants lavent leurs vêtements sous la pluie torrentielle, qui tombe six mois par an à Freetown.

Malgré les vicissitudes du quotidien, Kroo Bay était plein de vitalité, jusqu'à l'arrivée d'Ebola dans le pays.

"Nous ne sortons plus à présent. Nous restons à la maison à parler d'Ebola et comment il se transmet", explique Mohamed Kamara, 24 ans, fils du chef local.

"Je dois rester chez moi pour ne pas attraper la maladie", poursuit le jeune homme, étudiant en économie.

Le chef religieux musulman du quartier, El Hadji Abubakar, 62 ans, un âge canonique à Kroo Bay, où l'espérance de vie avoisine 35 ans, 10 ans de moins que la moyenne nationale, assure, comme chaque personne interviewée par l'AFP, que la population est bien informée sur Ebola et les moyens de prévention.

Pourtant, aucun des dispositifs prophylactiques omniprésents ailleurs à Freetown, seaux de solution chlorée, gants de latex, n'est visible de Kroo Bay.

"Nous devons encore briser la chaîne de transmission entre contaminés et non contaminés", a reconnu jeudi lors d'une réunion au Parlement le responsable des services médicaux, le Dr Brima Kargbo.

L'imam de Kroo Bay affirme que les habitants font quand même exception à leur quarantaine volontaire, pour quêter l'intervention d'une force supérieure à celle de services de santé submergés par l'ampleur de l'épidémie.

"Les gens vont encore à la mosquée pour prier, bien sûr", précise-t-il, "ils vont implorer Dieu".

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