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L'Église orthodoxe russe d'Ukraine élit son chef en plein conflit séparatiste

13/08/2014 08:54 EDT | Actualisé 13/10/2014 05:12 EDT

L'Église orthodoxe russe d'Ukraine élisait mercredi son nouveau dirigeant après la mort en juillet du métropolite Volodymyr, qui devra la positionner face au séparatisme dans l'Est et la montée des sentiments antirusses dans le reste du pays.

Dans un message adressé à 74 évêques réunis dans la Laure Kievo-Petcherska, grand monastère orthodoxe dans le centre-ville de Kiev, le président ukrainien Petro Porochenko a souligné l'importance du "potentiel patriotique de l'Église" alors que Kiev est engagé depuis quatre mois dans des combats meurtriers avec les insurgés prorusses ouvertement soutenus par certains dignitaires de cette Église.

Première communauté religieuse du pays, revendiquant onze mille paroisses, bien devant le patriarcat orthodoxe de Kiev créé en 1992 après l'indépendance de l'Ukraine, cette Église dépend du patriarcat de Moscou et entretient des liens étroits avec la Russie.

L'élection se déroule "pendant la période la plus difficile de l'histoire de l'Ukraine, le sang coule, nous souffrons de l'agression extérieure" russe, a souligné M. Porochenko.

"Dans ces circonstances, le rôle consolidant de l'Église et son potentiel éducatif et patriotique sont extrêmement importants", a-t-il ajouté.

- "Non à l'occupation spirituelle" -

Devant l'entrée à la Laure, le célèbre monastère du 11e siècle, une dizaine de nationalistes ont manifesté en brandissant des affiches antirusses sur lesquelles on pouvait lire "Interdire l'Église du Patriarcat de Moscou comme organisation terroriste", "A bas le pope de Moscou" ou encore "les Ukrainiens sont contre l'occupation spirituelle".

Le choix du métropolite doit être béni par le patriarche de Moscou, Kirill qui garde profil bas et avait choisi de ne pas assister aux obsèques solennelles du métropolite Volodymyr "pour éviter des provocations".

"L'élection du métropolite de Kiev est une affaire intérieure de l'Église orthodoxe d'Ukraine", a souligné mercredi le métropolite Illarion, responsable des affaires étrangères du Patriarcat de Moscou.

L'enjeu est pourtant de taille, 43% des paroisses de l'Église orthodoxe russe se trouvant en Ukraine.

"Seuls les évêques de l'Église sont présents au Concile, il n'y a aucun observateur étranger, ni représentant du pouvoir", a souligné Gueorgui Kovalenko, un porte-parole de l'Église russe d'Ukraine cité par l'agence Interfax.

Parmi les favoris figurent Onoufriï, 69 ans, métropolite de Tchernivtsi et Boukovina, un conservateur qui prône les liens étroits avec Moscou et s'oppose à l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne, Antoniï, 46 ans, métropolite de Brovary connu par ces prises de position prorusses modérées et Siméon, métropolite de Vinnitsa, 51 ans considéré être proche du président Porochenko et soutenant les soldats ukrainiens qui luttent contre les séparatistes dans l'Est.

Les deux premiers sont diplômés de l'Académie spirituelle de Moscou tandis que Siméon a fait ses études à l'Académie de Kiev.

Juste après l'élection qui se déroulera en deux tours, "nous devons recevoir par télégramme ou par courriel électronique une réaction du patriarche russe Kirill. Je pense qu'on aura sa bénédiction dès aujourd'hui", a-t-il ajouté.

Mgr Volodymyr, disparu à 78 ans, était né en Ukraine, mais formé à Leningrad et à Moscou du temps de l'Union soviétique. Il avait réussi à suivre une voie du milieu, sans s'aligner complètement sur le patriarcat de Moscou, traditionnellement proche du pouvoir russe.

Mais son successeur devra se déterminer par rapport au séparatisme prorusse, ouvertement appuyé dans l'Est par bon nombre de prêtres de son Église et faire face à la fronde antirusse de certains prêtres et de nombre de paroissiens après le rattachement en mars de la Crimée et le conflit dans l'Est.

"De celui qui sera porté à sa direction dépendra l'avenir de l'Église" fidèle au patriarcat de Moscou, a récemment expliqué à l'AFP Lioudmila Fylypovytch, vice-présidente de l'association ukrainienne des chercheurs spécialistes des questions religieuses. "Soit il cherchera à préserver l'unité de l'Église avec son noyau prorusse, soit elle éclatera en deux parties, pro-ukrainienne et prorusse".

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