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Centrafrique: la présidente dénonce les "extrémistes" partisans de la partition

13/08/2014 09:15 EDT | Actualisé 13/10/2014 05:12 EDT

La présidente centrafricaine Catherine Samba Panza a sévèrement mis en garde les tenants de la partition du pays, qui peine à sortir du "chaos sécuritaire" et attendait toujours mercredi la formation d'un nouveau gouvernement.

"Tous les indicateurs de notre société sont aujourd'hui au rouge et expliquent à eux seuls la difficile transition politique dont j'ai la charge", a constaté la présidente, dans un discours à la Nation prononcé mardi soir à l'occasion de la fête nationale.

Cette ancienne colonie française est plongée dans la violence depuis le renversement du président François Bozizé en mars 2013 par les rebelles musulmans de la Séléka. Ceux-ci ont été évincés du pouvoir en janvier mais le pays reste déchiré par des affrontements entre Séléka et milices anti-balaka à dominante chrétienne, malgré une intervention armée de la France et de pays africains.

Face au "chaos sécuritaire" qui perdure, "la pire des menaces" est celle de la "partition agitée par des extrémistes en mal de pouvoir", a dénoncé Mme Samba Panza, en référence à certains leaders de la Séléka partisans d'une sécession du Nord.

Affaiblis et chassés de Bangui en janvier par l'intervention de l'armée française, les rebelles de la Séléka, après un désastreux passage aux affaires marqué par des pillages généralisés et de multiples exactions, ont trouvé refuge dans le nord du pays, où l'islam domine.

-'Imposture politique'-

Plusieurs chefs militaires de la Séléka, en particulier les leaders de la branche "dure" du mouvement, soutiennent l'idée d'une partition entre le Nord et le reste de la Centrafrique, majoritairement chrétienne.

Cette idée "est considérée par la majorité des Centrafricains comme une imposture politique", a rejeté Mme Samba Panza. "Tous les Centrafricains devraient aujourd'hui s'engager à combattre farouchement ce projet funeste".

Elle a appelé à "plus de vigilance contre toutes les manipulations qui s'organisent chaque jour pour déstabiliser les autorités de la transition", et demandé à ses concitoyens d'aider les forces internationales à "extirper (des) quartiers les fauteurs de troubles".

Après un fragile accord de cessez-le-feu signé fin juillet à Brazzaville entre les protagonistes de la crise, la présidente de transition, arrivée au pouvoir en janvier avec le soutien de la communauté internationale, a nommé un nouveau Premier ministre en début de semaine.

Mahamat Kamoun, un musulman au profil de technocrate, aura pour priorité de faire appliquer l'accord de cessez-le-feu, déjà mis à mal par de nouvelles violences survenues la semaine dernière dans le Nord et à Bangui.

Proche collaborateur de Mme Samba Panza, M. Kamoun a également travaillé sous le régime du président Bozizé, et comme directeur de cabinet de l'ex-président et chef rebelle Michel Djotodia. Il n'est cependant pas membre de la Séléka. Sa nomination a surpris à Bangui, notamment au sein de la communauté internationale qui porte le pays à bout de bras.

- Triste fête nationale -

La nouvelle équipe gouvernementale sera "plus large, plus étoffée", avec des "représentants crédibles des groupes armés", a assuré la présidente, affirmant cependant qu'il n'y pas de "prime à l'impunité".

La Séléka a d'ores et déjà annoncé son refus d'y participer, estimant que son avis n'avait pas été pris en compte dans le choix du Premier ministre.

Dans un nouveau communiqué, le n°3 de l'ex-coalition rebelle, Moussa Dhaffane, signataire de l'accord de Brazzaville au nom de son groupe, a réaffirmé que la Séléka ne participerait pas au futur cabinet et "se donne le droit de reconsidérer ces engagements pris" dans la capitale congolaise.

Une plate-forme regroupant les anciens partis d'opposition à François Bozizé, l'AFDT, a réclamé la suspension des discussions sur le futur gouvernement.

Le nouveau Premier ministre aura la lourde tâche de redresser un Etat en totale décomposition et une économie en ruines, pour permettre en théorie l'organisation d'élections dès 2015.

A Bangui, la fête pour le 54e anniversaire de l'indépendance du pays n'a donné lieu qu'à un sobre dépôt de gerbes de fleurs au monument Barthélémy Boganda, du nom du premier président du pays. La cérémonie, très brève, a réuni à peine une centaine de spectateurs et a été perturbée par les fortes pluies, faisant dire à un Banguissois: "jamais, de mémoire de Centrafricain, nous n'avons vécu une si triste fête nationale".

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