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Le ministre de l'Intérieur contesté pour des propos sur les vendeurs à la sauvette

12/08/2014 03:57 EDT | Actualisé 11/10/2014 05:12 EDT

Des propos du ministre de l'Intérieur, Angelino Alfano, sur les "vu cumprà", terme familier utilisé par de nombreux Italiens pour les vendeurs à la sauvette sur les plages, ont déclenché une polémique, a rapporté mardi la presse italienne.

Aussitôt sur certains réseaux sociaux et associatifs, le propos a été dénoncé comme une gaffe à connotation raciste.

"Vu cumprà" est une déformation de "vuole comprare?" ("voulez-vous acheter?"). C'est le surnom dont est affublé le vendeur à la sauvette venu d'Afrique ou du Bangladesh, qui vend colliers, colifichets, parapluies, ombrelles sur les plages et lieux touristiques.

Souvent clandestins, vivant dans l'insécurité et des conditions difficiles, victimes eux-mêmes de trafiquants qui les exploitent sans vergogne en leur faisant vendre leurs marchandises, leur nombre tend à augmenter. Dans le langage courant, diverses expressions familières, très fréquentes, se moquent de différentes catégories de personnes, pas seulement des immigrés.

"Les Italiens sont fatigués d'être assaillis par des hordes de vu cumprà, nous devons éradiquer la contrefaçon", a déclaré lundi devant les caméras ce ministre de centre droit, ancien proche de Silvio Berlusconi, avant de s'allier l'an dernier avec le nouveau président du Conseil, Matteo Renzi.

M. Alfano présentait une directive du 8 août demandant aux préfets de renforcer les contrôles contre les ventes, sur les plages, de contrefaçons, parfois de mauvaise qualité et nuisibles à la santé, qui font concurrence aux produits de marque. "C'est toute la filière (...) L'opération commence avec les plages, mais se poursuivra toute l'année pour la protection du +made in Italy+ et, le 15 octobre prochain, aura lieu la première vérification" des effets de la campagne.

L'expression "vu cumprà" se trouvait déjà dans le communiqué dans lequel le ministère de l'Intérieur annonçait que M. Alfano allait s'adresser à la presse: "Avec l'opération plages sûres, les touristes et citoyens pourront passer leurs journées sur la plage, sans la procession des vu cumprà, principalement extra-communautaires".

Le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Mario Giro, membre de la communauté catholique Sant'Egidio, qui défend les droits des étrangers en Italie, s'est dit "déçu" par les paroles du ministre. "Epithètes dépassés! Nous nous sommes donnés du mal pour modifier le langage et la perception des Italiens sur les travailleurs immigrés, et ce n'est pas le moment de reculer", a-t-il dit.

La contrefaçon est un problème sérieux en Italie. Selon des données officielles, du 1er janvier 2013 au 30 juin 2014, 87,5 millions de contrefaçons ont été saisies. 655 personnes ont été arrêtées pendant cette période.

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