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Irak: cramponné au pouvoir, Maliki semble pourtant avoir perdu la bataille

12/08/2014 10:33 EDT | Actualisé 12/10/2014 05:12 EDT

Il a tout fait pour rester au pouvoir, et refuse toujours de céder sa place en dépit de la nomination d'un nouveau Premier ministre, mais le chiite Nouri al-Maliki semble bel et bien avoir perdu sa bataille et son poste.

Lundi, le président irakien a chargé Haïdar al-Abadi, également chiite, ancien proche de M. Maliki et membre de son parti Dawa, de former un nouveau gouvernement, tuant presque tout espoir d'un 3e mandat pour le Premier ministre sortant.

Refusant de s'avouer vaincu, M. Maliki a accusé Fouad Massoum d'avoir ainsi violé la Constitution, et annoncé son intention de porter l'affaire en justice.

Mais lâché de toutes parts, par ses anciens alliés américain et iranien, qui avaient poussé en sa faveur en 2006, comme par les membres de sa propre coalition, M. Maliki semble de plus en plus isolé dans son combat pour rester en place.

Téhéran, pays à majorité chiite comme l'Irak, et Washington se sont d'ailleurs empressés de féliciter M. Abadi.

Côté américain, le président Barack Obama a estimé que l'Irak avait fait "un pas en avant prometteur" et a promis par téléphone son "soutien" à M. Abadi.

Même le voisin sunnite saoudien a félicité le chiite Abadi.

"Maliki est fini politiquement", balaye Hayder al-Khoei, chercheur associé au think-tank Chatam House. "Je ne peux pas l'imaginer rester, d'un point de vue légal comme démocratique".

Cependant, nuance le chercheur, le Premier ministre sortant bénéficie "d'un vaste réseau au sein des forces de sécurité --il a des hommes aux renseignements, des officiers de sécurité" qui "ne sont certainement pas loyaux à l'Etat irakien. Ils ne le sont pas parce qu'ils doivent leurs emplois à M. Maliki".

Alors, au fond, M. Khoei n'exclut "jamais complètement (un retour de) Maliki --c'est un survivant il l'a prouvé à de nombreuses reprises".

Mais l'Iran pourrait bien peser de tout son poids dans le départ de M. Maliki ajoute-t-il, Téhéran souhaitant maintenir l'unité du bloc chiite en Irak, menacée par l'opposition frontale du sortant à son successeur.

"Cette ligne a été franchie très publiquement, et ce n'était pas joli à voir", ajoute le chercheur.

- 'C'est fini' -

Pour John Drake, un analyste du groupe AKE, si M. Maliki a "de l'influence", maintenant que les puissances internationales ont félicité M. Abadi "il va avoir du mal".

"La vraie question, c'est son influence au sein des forces de sécurité, et donc de savoir s'il pourra ou non organiser un coup d'Etat, mais cela sera difficile sans un appui considérable des forces de sécurité -- et des milices chiites".

Plus définitif, Kirk Sowell, l'éditeur de la lettre d'information Inside Iraqi Politics, estime que les jeux sont faits. Depuis que Téhéran a officiellement soutenu M. Abadi, la probabilité d'un coup pour conserver Maliki au pouvoir est proche de zéro.

"Avec l'Iran contre lui, et même pas neutre, je ne peux imaginer simplement qu'ils essayent", estime M. Sowell. "C'est fini".

Mardi, M. Maliki a d'ailleurs demandé dans un communiqué publié sur son site officiel aux forces armées de "rester à l'écart de la crise politique".

Discret, voire totalement dénué de charisme, M. Maliki est sorti de l'ombre en 2006 après avoir milité en exil contre le président Saddam Hussein renversé dans la foulée de l'invasion américaine en 2003.

Il est depuis devenu le dirigeant de l'Irak démocratique à avoir le plus longtemps occupé le pouvoir, et s'est aliéné en deux mandats l'immense majorité de la population sunnite, qui l'accuse d'avoir mené une politique confessionnelle et autoritaire. Des critiques partagées notamment par les Américains.

Cette colère sunnite a joué un rôle non négligeable dans les succès des jihadistes qui se sont emparés depuis le 9 juin de pans entiers du territoire à la faveur d'un offensive que nul n'est parvenu à endiguer.

Contre les jihadistes, refusant la moindre concession aux sunnites, M. Maliki a uniquement considéré l'option militaire. Une stratégie peu concluante: la deuxième ville du pays, Mossoul, est tombée, et des centaines de milliers d'Irakiens ont été déplacés.

Mais même si M. Maliki s'en va, il y a peu de chances que les choses changent profondément sous Haïdar al-Abadi, estime Kirk Sowell.

Ce dernier "n'a jamais été un grand partisan des réformes". Il pourrait faire "des efforts en vue d'un changement", mais "je serais surpris d'assister à un véritable bouleversement", ajoute l'analyste.

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