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RDC: l'ex-rébellion M23 dénonce des injustices dans l'application de l'amnistie

11/08/2014 08:03 EDT | Actualisé 11/10/2014 05:12 EDT

L'ex-rébellion Mouvement du 23 mars (M23), qui était active dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a dénoncé lundi des injustices dans l'application de la loi d'amnistie.

Dans un communiqué, le M23 affirme que le gouvernement a "délibérément" empêché un "nombre important" de ses membres réfugiés au Rwanda et en Afrique du Sud de remplir l'acte d'engagement à ne pas reprendre les armes, alors qu'expire lundi la possibilité de signer ce document.

"Ceux qui n'ont pas eu l'occasion de signer (...) sont autour de 500", a déclaré à l'AFP le président politique du M23, Bertrand Bisimwa, en exil en Ouganda, où se sont réfugiés la majeure partie des combattants du groupe armé après sa défaite début novembre 2013.

Autre grief du M23: alors que "seuls (...) 31 membres du M23" ont été officiellement amnistiés sur un total de 3.657 signataires de l'acte d'engagement, des "dizaines" de membres du M23 ont été arrêtés en RDC après avoir signé l'acte et être rentrés au pays.

Le mouvement essentiellement tutsi-congolais précise qu'à Goma, capitale de la province riche et instable du Nord-Kivu, où opérait la rébellion, elle a recensé 16 personnes incarcérées à la prison centrale de Munzenze et 7 au "cachot de l'Agence nationale de renseignement".

Le M23 est né en mai 2012 au Nord-Kivu. Des experts de l'ONU ont accusé, malgré leur démenti, le Rwanda et l'Ouganda voisins d'avoir soutenu les rebelles. Le 5 novembre 2013, la rébellion a été défaite par l'armée congolaise, appuyée par les Casques bleu de l'ONU.

Fin décembre à Nairobi, Kinshasa, le M23 et le médiateur ougandais ont formellement mis fin au conflit. La RDC s'est notamment engagée à voter une loi d'amnistie pour faits de guerre, d'insurrection et d'infractions politiques, qui concerne aussi d'autres groupes armés et des civils.

Le gouvernement a répété à plusieurs reprises que l'amnistie ne s'appliquerait pas aux auteurs présumés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Or, le M23 est accusé par l'ONU et des ONG de défense des droits de l'Homme de graves exactions contres les civils.

"Nous déplorons l'absence de volonté de mettre en oeuvre les déclarations de Nairobi", a réagi M. Bisimwa, depuis la capitale ougandaise Kampala. "La totalité des membres du M23 sont éligibles à la loi d'amnistie. (...) Nous veillerons", a-t-il insisté.

Jeudi, Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France à l'ONU, a averti face au Conseil de sécurité que la démobilisation des combattants du M23 était "incomplete" et que la "perspective de sa réorganisation militaire [restait] une menace importante".

"Nous appelons d'un côté la République démocratique du Congo à redoubler d'efforts dans l'opérationnalisation du programme de désarmement, démobilisation et réinsertion et de l'autre l'Ouganda et le Rwanda à coopérer de manière à ce qu'un terme définitif soit mis aux activités de ce groupe", a-t-il dit.

"Le M23, désarmé et cantonné, représente-t-il plus de menace que les FDLR qui continuent leurs activités en RDC", où ils commettent de graves exactions (meurtres, viol, pillages, enrôlements d'enfants, s'est interrogé M. Bisimwa.

De hauts responsables de la rébellion hutu rwandaise des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont recherchés pour leur participation au génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda, qui a fait 800.000 morts selon l'ONU. Ils ont entamé fin mai un timide processus de reddition, pour l'heure au point mort.

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