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Irak: au contraire de la Syrie, le Saint-Siège approuve les frappes américaines

11/08/2014 07:30 EDT | Actualisé 11/10/2014 05:12 EDT

A rebours de sa doctrine de non-violence et de ce qu'il avait rejeté en 2013 pour la Syrie, le Vatican approuve de facto les frappes américaines contre les jihadistes de l'Etat islamique (EI) pour protéger les minorités de l'Irak, au nom d'un péril exceptionnellement grave.

Observateur du Saint-Siège auprès des Nations unies, Mgr Silvano Tomasi a ainsi apporté un appui net ce week-end sur Radio Vatican aux frappes décidées par Barack Obama, en estimant que l'aide humanitaire est nécessaire mais pas uniquement: "Peut-être que l'action militaire est nécessaire", a-t-il souligné.

Un évêque irakien, Mgr Rabban al Qas, évêque d'Amadiyah, avait demandé à l'antenne de Radio Vatican l'aide de "l'aviation" américaine, "pour ne pas laisser le loup se mettre dans le troupeau pour tuer, manger, démolir".

A l'Angelus, dimanche, François avait souligné à l'adresse des jihadistes qu'on ne peut "faire la guerre au nom de Dieu" et demandé "une solution politique efficace" pour "mettre un terme aux crimes", sans porter de jugement sur les frappes américaines.

Pour le représentant du Saint-Siège à l'ONU, il faut aussi dévoiler l'identité de "ceux qui fournissent des armes et de l'argent aux fondamentalistes, les pays qui les appuient tacitement". Mgr al Qas quant à lui a accusé nommément l'Arabie Saoudite.

Pour le nonce en Irak, Mgr Giorgio Lingua, le drame est le fruit d'un "échec du renseignement" occidental. "Malheureusement, on intervient pour arranger une situation que l'on pouvait prévenir", a-t-il dénoncé à Radio Vatican. Il s'est interrogé sur la sophistication des armes, les jihadistes "n'étant pas producteurs d'armes".

Quant au patriarche chaldéen Louis Sako, il s'est dit "déçu" de l'intervention américaine qui ne viserait, selon lui, qu'à protéger la capitale du Kurdistan irakien et offrirait peu d'espoir d'une défaite des jihadistes.

"La position du président américain de n'apporter une assistance militaire que pour protéger Erbil est décevante", a commenté l'influent Mgr Sako. Le patriarche a constamment appelé ses ouailles à rester pour empêcher l'émergence souhaitée par les jihadistes d'un Irak sans chrétiens.

- Un contraste qui saute aux yeux -

Le Vatican a été critiqué pour la faiblesse de sa réponse. Alors que le nombre des déplacés aurait atteint plus de 200.000, notamment au Kudistan, le pape dépêche sur place un cardinal, ancien nonce en Irak, Fernando Filoni, qui doit partir bientôt pour Bagdad et au Kurdistan.

Entre le "non" de 2013 sur les frappes en Syrie et le oui tacite d'aujourd'hui, le contraste saute aux yeux.

L'été dernier, tous les évêques de la région recommandaient au pape d'empêcher les frappes américaines contre des cibles de Bachar el-Assad, accusé d'avoir employé des armes chimiques. François avait organisé une journée de prière pour la paix et la non intervention.

Un an plus tard, comme en écho au président Obama qui a parlé du danger d'un "génocide" visant les minorités irakiennes, les évêques de la région ont alerté le Vatican sur le risque immédiat de massacres, et d'une disparition des chrétiens installés depuis deux mille ans.

Selon John Allen, expert américain du Boston Globe, la différence est évidente mais ne représente "aucun changement de la philosophie" du Saint-Siège.

La position actuelle s'explique, argue-t-il, par une "situation différente" de celle de 2003 quand Rome désapprouvait l'intervention armée contre Saddam Hussein et de celle de 2013 contre les frappes envisagées contre le régime Assad: "la perception au Vatican, c'est que la réalité présente est apocalyptique et qu'il n'y a pas d'alternative. En 2003 et en 2013, ils avaient jugé que ce qui suivrait un renversement de Saddam Hussein ou de Bachar el-Assad créérait une situation pire pour les chrétiens. En 2014, qu'est-ce qui pourrait être pire pour eux qu'une victoire de l'EI?"

Selon le vaticaniste de La Stampa Sandro Magister, très critique, la réponse "timide" du pape "a été très surprenante: il parle de la persécution des chrétiens comme d'une sorte de désastre naturel, sans désigner les responsables".

Le catéchisme de l'Eglise catholique reconnaît la notion, strictement limitée, de "guerre juste", notamment le principe pour les gouvernements de "la légitime défense". "L'extermination (...) d'une minorité ethnique doit être condamnée comme un péché mortel. On est moralement tenu de résister aux ordres qui commandent un génocide".

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