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Paix en Colombie: la douleur des victimes au coeur des nouvelles discussions

10/08/2014 12:45 EDT | Actualisé 09/10/2014 05:12 EDT

"Qu'ils nous disent où sont enterrés nos morts, pour faire notre deuil": comme Liliana Bustos, dont le père a été enlevé par les Farc, les victimes du conflit colombien veulent faire entendre leur voix dans le nouveau chapitre des discussions de paix qui débute mardi à Cuba.

Depuis ce 3 mars 2000, Liliana n'a jamais revu son père, parti verser la rançon pour son frère kidnappé, à Villeta, dans le centre. Elle voudrait aujourd'hui savoir ce qui s'est passé.

Elver Montaño, paysan noir de 60 ans, a lui du mal à retenir ses larmes quand il évoque son départ précipité de sa maison : "On m'a déplacé de la ville de El Charco, où j'ai dû laisser tout ce que j'avais, après une opération (militaire) le 22 mars 2007."

Cette année-là, plus de 15.000 personnes ont été expulsées de cette ville du sud-ouest, une des plus touchées par le conflit qui oppose depuis 50 ans les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), principale guérilla du pays, les milices paramilitaires (dissoutes en 2006) et les agents de l'État.

"Les Farc ne se battent pas toutes seules, elles se battent avec l'État et c'est la population civile qui en souffre", explique Elver Montaño, qui dirige désormais l'Association des déplacés du Pacifique sud.

Lors des pourparlers de paix entre gouvernement colombien et Farc, en cours depuis 2012 à La Havane, plusieurs accords partiels ont été trouvés sur le développement rural, la participation de la guérilla à la vie politique et la fin du trafic de drogue.

Mais qu'en est-il des 220.000 morts (dont 81,5% de civils) causés par le conflit depuis 1958, selon le Centre national de mémoire historique?

Et des 5,3 millions de déplacés, selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés, sans compter les victimes de viols et disparitions ?

Les délégations aborderont ce thème à partir de mardi avant d'écouter les premiers témoignages samedi.

- 'Un processus de guérison' -

Elver Montaño sait déjà ce qu'il en attend : un cessez-le-feu, encore inexistant malgré les discussions en cours, et des garanties pour les victimes. "Nous n'avons pas besoin de plus de morts, ni de disparus", soupire-t-il.

Car sur le terrain, la situation est loin d'être apaisée, comme en témoignent les récentes attaques menées par les Farc, qui ont poussé le président Juan Manuel Santos à les menacer jeudi d'une rupture des négociations.

Lors du premier Forum national dédié aux victimes du conflit armé, organisé notamment par l'ONU, près de 1.500 d'entre elles se sont réunies cette semaine à Cali.

"Il en est sorti un grand désir d'avoir la vérité sur ce qui s'est passé, sur les circonstances historiques, mais aussi d'en savoir plus sur les personnes enlevées et disparues", selon Fabrizio Hochschild, coordinateur de l'ONU en Colombie.

"Nous voulons que les tortionnaires soient capables de demander pardon pour le mal qu'ils ont causé", témoigne à l'AFP Sigifredo Lopez, seul survivant parmi une douzaine de députés de El Valle (sud-ouest) enlevés par les Farc en 2002 et exécutés en 2007.

Lui a eu la chance d'être relâché en 2009. Aujourd'hui, il estime que "le post-conflit doit être avant tout un processus de guérison, non de vengeance".

Dans un message vendredi, le chef suprême de la guérilla, Timoleon Jimenez, alias "Timochenko", a assuré que les guérilleros sont prêts à "assumer les conséquences qui (leur) correspondent".

Mais pour que la paix soit durable, il faut satisfaire les droits des victimes, estime Christian Voelkel, analyste du centre International Crisis Group.

"La réconciliation ne sera possible que si les plus hauts responsables des crimes les plus graves rendent des comptes, collaborent pour l'élaboration de la vérité et si les victimes reçoivent réparation", explique-t-il à l'AFP, jugeant qu'il faut aller plus loin qu'une simple compensation économique, déjà prévue par une loi de 2011.

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