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En Afrique du Sud, le procès Pistorius devient outil pédagogique

09/08/2014 02:28 EDT | Actualisé 08/10/2014 05:12 EDT

Les retransmissions en direct du procès pour meurtre du champion paralympique Oscar Pistorius ont donné des idées à de nombreux enseignants sud-africains, qui l'utilisent pour donner des notions de droit à leurs élèves, du collège à l'université.

"Je ne suis pas certain que lorsqu'il a pris la décision de diffuser le procès (le juge Dunstan Mlambo, en février) a d'abord pensé à l'éducation, mais cet effet secondaire imprévu s'est révélé être un outil puissant", se félicite Kelly Phelps, juriste à l'Université du Cap (UCT).

Elle-même utilise déjà des extraits du procès pour expliquer des concepts juridiques tels que la charge de la preuve et le raisonnement par inférence. Elle a l'embarras du choix, plusieurs chaînes sud-africaines retransmettant les audiences en direct et interrogent force spécialistes pendant les pauses.

Alors que la plupart des Sud-Africains ont depuis longtemps décidé si l'athlète sud-africain est coupable ou pas de l'assassinat de son amie Reeva Steenkamp, qu'il a abattue de quatre balles de gros calibre au petit matin de la Saint-Valentin 2013, les lycéens sont nettement plus réservés.

"Je pense que les adultes ont été très prompts à décider du jugement, tandis que les étudiants se sont montrés beaucoup plus ouverts d'esprit, beaucoup plus sceptiques dans leur approche. (...) Les étudiants réservent leur jugement jusqu'à ce qu'ils aient vu tous les faits", relève Mme Phelps.

"Les professeurs disent que nous devons attendre jusqu'à ce que le tribunal prenne sa décision", explique Faith Kholofelo, 18 ans, au lycée de Lotus Gardens, à Pretoria. Oscar est présumé innocent jusqu'à ce que sa culpabilité soit prouvée, rappelle-t-elle.

Faith a été interrogée sur le procès à ses derniers examens, en juin.

Oscar Pistorius, 27 ans, soutient qu'il a tué son amie par accident, croyant qu'un cambrioleur s'était caché dans ses toilettes (où elle se trouvait).

L'accusation pense au contraire que c'est au cours d'une violente dispute qu'il a tué Reeva, un mannequin de 29 ans qu'il connaissait depuis trois mois.

- Du pain bénit pour les enseignants -

"Vous avez le droit de vous battre jusqu'à ce que vous soyez déclaré coupable ou innocent", souligne Donnavan Fourie, 14 ans.

"Tout le monde a le droit à un procès équitable. Mais il faut dire la vérité", assure-t-il sur le chemin de la Laërskool Boerefort (collège en afrikaans), à Pretoria.

"Si vous ne dites pas la vérité, quelqu'un va le découvrir !"

"Le côté positif est qu'il y a eu une prise de conscience beaucoup plus grande de la procédure judiciaire, car elle s'est déroulée dans la longueur", acquiesce John Illsley, un professeur d'histoire du lycée de garçons de Pretoria dont Pistorius est un ancien élève.

Interrompu à plusieurs reprises, le procès d'Oscar Pistorius a débuté le 3 mars. Il est maintenant achevé: après le réquisitoire de l'accusation et la plaidoirie de la défense cette semaine, on n'attend plus que le verdict de la juge Thokosile Masipa, annoncé pour le 11 septembre, puis sa sentence.

"Comme outil pédagogique pour montrer comment le système judiciaire fonctionne, ce procès est exceptionnel", s'enthousiasme Willem Gravett, un avocat et professeur de droit à l'Université de Pretoria.

"Vous avez deux des meilleurs juristes d'Afrique du Sud, l'un contre l'autre", souligne-t-il, faisant référence à l'avocat Barry Roux et au procureur Gerrie Nel, deux stars des barreaux du pays.

Me Gravett entend utiliser des extraits des audiences pour les cours de procédure civile qu'il donnera à partir de septembre. "Je ne pense pas que vous pourrez jamais obtenir un meilleur outil pédagogique!"

Et c'est du pain bénit si le procès a été retransmis à la télévision, notent les enseignants.

"De nos jours, les étudiants veulent voir et entendre, ils ne veulent pas se contenter de m'entendre parler debout dans un amphithéâtre", note Willem Gravett.

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