POLITIQUE

Abolition des cégeps: les jeunes libéraux vont de l'avant, malgré l'opposition de Philippe Couillard

09/08/2014 02:09 EDT | Actualisé 09/08/2014 05:36 EDT
Patrick Bellerose

SHERBROOKE - Les jeunes libéraux ont adopté par une mince majorité samedi la résolution visant à transformer les cégeps en grandes écoles de métier. Et ce, malgré que le premier ministre Philippe Couillard se soit prononcé contre l'idée avant même la tenue du débat.

Les jeunes réunis au congrès jeunesse du PLQ ont adopté la résolution par 96 voix, contre 84. Le vote a nécessité un recomptage après que le président de l'assemblée ait annoncé que la résolution était battue à la suite d'un vote à main levée.

La résolution vise à créer des grandes écoles de métier qui remplaceraient les cégeps. Pour le parcours universitaire, une sixième année serait ajoutée au secondaire, et une autre à la formation universitaire.

Le débat sur la résolution a été animé. Certains partisans ont fait valoir que le cégep propose une formation trop générale. De leur côté, les opposants ont rappelé que les cégeps ont permis un rattrapage du taux de diplomation des Québécois par rapport au reste du pays.

Couillard dit non

Avant même que la résolution soit débattue, le premier ministre Philippe Couillard a opposé une fin de non-recevoir à la proposition de remplacer les cégeps par des grandes écoles de métier. Philippe Couillard a affirmé en point de presse à Sherbrooke samedi qu'il n'a pas changé d'avis sur la question: «J'ai déjà dit ce que j'avais à dire, moi, sur les cégeps. Mon opinion ne change pas».

Lors de la course au leadership qui l'a porté à la tête de son parti l'an dernier, Philippe Couillard avait rejeté l'idée d'abolir les cégeps. Ceux-ci, disait-il, sont des créateurs d'emplois importants en région.

Le premier ministre s'est toutefois dit ouvert à une révision de la formation collégiale afin de mieux l'arrimer aux besoins du marché. «C'est une partie importante de la finalité du système d'éducation, mais je répète que ce n'est pas le seul but du système d'éducation, a-t-il dit. Le système d'éducation est là, bien sûr, pour former des jeunes prêts à exercer des emplois, mais former également des citoyens; des gens qui ont une tête bien faite, des gens qui ont quand même une culture générale.»

De son côté, le président de la Commission jeunesse, Nicolas Perrino, a tenté de minimiser l'écart entre la position de son organisme et celle du premier ministre. «Moi, ce que j'ai compris, c'est qu'il était contre l'abolition des cégeps. Et je partage son point de vue. La Commission jeunesse est contre l'abolition des cégeps. Ce qu'on veut, c'est une réforme en profondeur du modèle, revaloriser les techniques», a-t-il dit.

La FECQ soulagée

La Fédération étudiante collégiale du Québec s'est dite «satisfaite» de la réponse de Philippe Couillard.

«Au Québec, les cégeps font consensus. La société civile est unanime. Il est déplorable que la jeunesse libérale ait encore profité de leur congrès pour mettre de l'avant une idée nuisible à l'accessibilité financière et géographique aux études. Monsieur Couillard a fait ce qu'il fallait», a affirmé par voie de communiqué Alexis Tremblay, président de la FECQ.

Le PQ s'est également réjoui de la position du premier ministre. «Les cégeps permettent aux jeunes Québécois, notamment à ceux vivant à l'extérieur des grands centres urbains, d'avoir accès à une éducation postsecondaire de qualité, et ce, à faible coût», a fait valoir par communiqué la critique de l'Enseignement supérieur, Véronique Hivon.

Les jeunes iront de l'avant

En entrevue en début de journée, l'initiateur de la résolution, Alexandre Meterissian, ne se laissait pas décourager par les nombreuses réactions négatives à sa proposition. Seul le Conseil du patronat a appuyé l'idée publiquement.

Le coordonnateur de la thématique affirme que la proposition vient combler une lacune importante dans la formation actuelle. La résolution a été proposée au congrès après une tournée de trois mois auprès des citoyens et des entreprises.

Constat, malgré une pénurie de main-d'oeuvre dans les entreprises, le taux de chômage chez les jeunes demeure plus élevé que la moyenne. «Nous, on s'est dit, il y a clairement un problème ici. Les entreprises ont besoin de la main d'oeuvre et les jeunes ne trouvent pas de travail», explique Alexandre Meterissian.

La commission-jeunesse a donc opté pour un modèle de formation allemand qui allie études et formation en entreprise. Selon Alexandre Meterissian, il faut redonner leurs lettres de noblesse aux métiers, trop souvent dévalorisés.

Peu importe que le gouvernement rejette l'abolition des cégeps, les jeunes libéraux ont l'intention de ramener l'idée dans le débat, notamment au congrès national, où ils bénéficient du tiers des votes. «Nous, on va pousser ces idées-là pendant la prochaine année», dit Alexandre Meterissian.

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